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La détresse psychologique liée à la pandémie devient aussi inquiétante que le virus, suggèrent les ambulanciers de la province. 
La détresse psychologique liée à la pandémie devient aussi inquiétante que le virus, suggèrent les ambulanciers de la province. 

Les ambulanciers face à une «éclosion» de cas de santé mentale

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
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La détresse psychologique liée à la pandémie devient aussi inquiétante que le virus, suggèrent les ambulanciers. À l’approche des Fêtes, ils se disent prêts à répondre à tout type d’appels, mais espèrent que les ressources adéquates seront libérées, pour les patients, et pour eux-mêmes.

Quand on demande de l’aide, pour soi ou pour quelqu’un d’autre, les ambulanciers sont les premiers sur place, peu importe la demande. Ils doivent traiter les problèmes physiques, comme ceux psychologiques. 

Sans fournir de chiffre précis, le président de l’Association des travailleurs du préhospitalier de Québec, Frédéric Maheux, est en mesure de remarquer la hausse d’appels liés à des problèmes de santé mentale depuis la pandémie. Ce qui ne devrait surprendre personne. 

Le gouvernement a débloqué 10 millions $ tout juste la semaine dernière pour venir en aide aux travailleurs licenciés qui vivent de la détresse psychologique. Québec prévoit injecter jusqu’à 100 millions $ supplémentaires dans la prochaine année et demie, seulement en santé mentale. 

Le problème est connu, mais à court terme, les ambulanciers sont de ceux qui doivent composer avec ces appels, ils doivent apporter une aide immédiate. 

«C’est encore plus différent pour les gens seuls cette année avec les consignes, on ne s’attend à rien, mais on va avoir les ressources sur le terrain. C’est dur de prévoir ces comportements-là, ce sont souvent des gestes soudains et imprévus, mais on est prêts», dit-il.

L’Association des travailleurs du préhospitalier de Québec est en mesure de remarquer la hausse d’appels liés à des problèmes de santé mentale depuis la pandémie. Ce qui ne devrait surprendre personne.

Les ambulanciers suivent des formations afin de savoir quel comportement adopter lorsqu’ils sont confrontés à un patient qui présente de la détresse psychologique. 

«On est formés, on a la base, mais pas comme un psychologue ou un médecin, et on ne reste pas longtemps avec les patients, on est formés pour désamorcer les situations, on a souvent des policiers avec nous pour nous aider. Sur le terrain, on le ressent. Sauf que nous, nous sommes avec ces patients pendant une heure ou deux, c’est différent. Les vrais problèmes sont dans les hôpitaux. Avec les congés des Fêtes, on espère qu’il y aura assez de professionnels pour s’occuper de ces patients-là», estime M. Maheux. 

Les ambulanciers mettent donc en lumière l’importance d’éviter les débordements dans les hôpitaux. Le nombre d’hospitalisations indiqué tous les jours avec le nombre de nouveaux cas, il y prend toute son importance. 

«Ça nous touche, c’est certain, on en voit beaucoup de pauvreté et de santé mentale, ça nous touche surtout quand on est supposés être dans un temps de réjouissances. On rentre dans des appartements vides, c’est dur dans ces temps-là, de ne voir personne pour les aider convenablement et d’être témoin du manque de services, souvent ils sont diminués pendant les Fêtes. De notre côté aussi, on a les ressources pour les appels qui secouent plus que d’autres, ils doivent aussi être disponibles», ajoute Frédéric Maheux. 

Les travailleurs aussi touchés 

Déjà, il y a plus d’ambulances sur les routes pendant le temps des Fêtes. Des effectifs sont déployés étant donné le plus grand nombre d’appels reçus. 

Un autre point qui a été ramené dans les médias de nombreuses fois : la détresse psychologique des travailleurs de la santé. 

«Dans une semaine, je traite plus des gens qui font face à des détresses psychologiques que des gens qui font des infarctus, ce sont des appels qui prennent de plus en plus de place dans nos vies et c’est la réalité», illustre David Gagnon, vice-président de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec. 


« Dans une semaine, je traite plus des gens qui font face à des détresses psychologiques que des gens qui font des infarctus, ce sont des appels qui prennent de plus en plus de place dans nos vies et c’est la réalité »
David Gagnon, vice-président de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec

Les ambulanciers ne sont pas insensibles à cette nouvelle réalité. «Ce qui est important de rappeler, c’est qu’on n’est pas en vase clos de la société, on fait partie de la société, on la vit cette détresse-là nous aussi.» 

«On la vit nous aussi la pandémie. Le stress par rapport à la situation, c’est vraiment parmi tous les professionnels de la santé. On est habitués de travailler pendant les Fêtes, mais on est aussi habitués de voir nos proches et ça n’arrivera pas cette année. La plupart de nous s’isolent déjà de notre famille pour ne pas l’infecter», ajoute David Gagnon. 

Les employeurs mettent à disposition des ressources pour les employés, mais les syndicats en offrent encore plus. David Gagnon juge que ce n’est pas suffisant. 

«Il y a peu d’entreprises ou d’organismes qui ont des programmes d’aide aux employés spécifique à notre réalité, des endroits disponibles pour se confier. On a les défauts de nos qualités, on est habitués d’agir vite et de produire des résultats dans l’urgence. Quand nous, on a besoin de services, on doit l’avoir maintenant. Pas besoin d’un service de secrétariat ou d’une boîte vocale.» 

David Gagnon aussi a remarqué une hausse des appels liés à la santé mentale. Il en voit personnellement plus qu’avant. Sans s’avancer lui non plus sur le genre de période des Fêtes que ses équipes traverseront, il sait que cette année, ce sera «spécial». 

La détresse qui découle de la COVID-19 est aussi inquiétante que le virus lui-même. Les bonnes ressources se doivent donc d’être disponibles, conclut-il. 

«Ce sont des appels que l’on voit dans notre quotidien. C’est ce que je dis toujours aux patients pour les rassurer, ils se sentent seuls, mais ils ne le sont pas.»