Les impacts de la pandémie sont grands sur la jeunesse québécoise. Les adolescents de la province sont en détresse, montrent les résultats préliminaires d’une étude menée à l’Université de Sherbrooke.
Les impacts de la pandémie sont grands sur la jeunesse québécoise. Les adolescents de la province sont en détresse, montrent les résultats préliminaires d’une étude menée à l’Université de Sherbrooke.

Les ados du Québec en détresse, montrent les résultats préliminaires d’une étude

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
SHERBROOKE — Les impacts de la pandémie sont grands sur la jeunesse québécoise. Les adolescents de la province sont en détresse, montrent les résultats préliminaires d’une étude menée à l’Université de Sherbrooke. 

« Les taux qu’on observe ressemblent à celle des populations vulnérables », commente Katherine Pascuzzo, professeure au département de psychoéducation de l’UdeS.

Mme Pascuzzo et sa collègue Catherine Laurier ont lancé cet été une étude s’intéressant à la résilience des familles et comment elles vivent cette pandémie.

« Le pourcentage de jeunes qui se retrouvent en détresse élevée, on dirait que c’est au moins le double de ce qu’on pourrait retrouver normalement. Les taux se rapprochent à ceux que l’on pourrait retrouver chez des populations plus vulnérables. Ce n’est pas ce qu’on observe habituellement dans la population en général. Mais justement, on est dans une situation sans précédent, on peut être considéré comme un tout vulnérable qui traverse ça ensemble », analyse Mme Pascuzzo.

Zone rouge et grande détresse?

Pour mener l’enquête, les deux chercheuses ont sondé des familles en ligne, des parents et des jeunes, qu’elles avaient ciblés entre 12 et 17 ans. Ce sont finalement principalement des adolescents âgés de 14 à 17 ans qui ont répondu. 

« Il y a une très grande détresse. On parle de symptômes d’anxiété, de dépression, de difficulté à se concentrer. C’est vraiment une détresse extrême. Quand on parle du double, c’est lorsqu’on compare les taux aux études de Santé Québec, qui ont lieu de façon périodique à travers les années. On a pris le même questionnaire », avance Mme Laurier.  

Dans la dernière enquête de Santé Québec, 29 % des jeunes au secondaire disaient avoir un niveau de détresse élevé. Nous, on peut dire avec certitude que c’est plus du double. » 

« Ce sont les jeunes qui nous ont dit que c’est de la détresse qu’ils sont en train de vivre », renchérit Mme Pascuzzo.

Il est encore trop tôt pour dire si la détresse des jeunes se trouvant en zone rouge (et parallèlement, avec beaucoup plus de contraintes) est plus grande. Mais il y a tout lieu de croire qu’elle sera plus grande, avance Mme Laurier. « On comprend clairement que c’est quand il y a une coupure avec ce qui se fait habituellement que la détresse est grande. » 

On apprenait un peu plus tard lundi que les élèves de troisième secondaire qui habitent en zone rouge devront aussi passer à l’enseignement en ligne une journée sur deux. 

Les jeunes ont été très éloquents dans leurs réponses, racontent les responsables de l’étude. Certains affirment s’être sentis abandonnés. 

Elles ont lu des réponses structurées, écrites par des jeunes allumés qui avaient réfléchi à la question, soulignent-elles.

Des points encourageants

Les analyses montrent à quel point les jeunes qui peuvent avoir une relation de confiance et une bonne communication avec leurs parents — une relation d’attachement sécurisante — sont ceux qui ont les scores les moins élevés de détresse. 

« Ça va vraiment en lien avec les hypothèses que l’on avait », note Mme Pascuzzo. 

« Il faut voir qui sont les adultes significatifs dans la vie du jeune qui vont pouvoir l’encourager, le soutenir, être une figure stable (...) Ça existe même à l’adolescence, ce besoin d’être rassuré. On pense à nos tout-petits, mais nos adolescents aussi ont besoin de se sentir rassurés », commente-t-elle.

Il n’y a pas d’ingrédient qui sera une panacée, renchérit Mme Laurier. Il faut s’assurer qu’autour du jeune, il y a le plus de facteurs possibles qui vont le protéger de la situation exceptionnelle, qui s’apparente à une situation, quasiment un trauma général de santé publique. 

« On est bien conscient que les adultes aussi vivent la COVID, qu’ils sont en souffrance. On ne veut pas mettre le poids seulement sur un seul ingrédient, un seul adulte. C’est une responsabilité partagée dans la société : on a à prendre soin des adolescents. » 

Les deux professeures se sont d’abord intéressées aux réponses des plus jeunes; elles doivent maintenant analyser celles des parents. 

Comme la situation évolue, une deuxième collecte d’information se déroulera à compter de la fin novembre. Une troisième collecte pourrait aussi avoir lieu. « Ce n’est pas une question ponctuelle, ce sera une question à long terme », note Mme Laurier.