Trois soirs par semaine, entre 16 h et minuit, un policier de l’équipe ÉMIP patrouille avec un travailleur social. Ils interviennent notamment lorsqu’un appel de détresse est acheminé au 9-1-1 ou lorsque d’autres patrouilleurs font appel à eux pour des appels liés à la détresse humaine.

L'Équipe d’intervention psychosociale devient permanente

L’Équipe mobile d’intervention psychosociale (ÉMIP) est maintenant là de façon permanente — il ne s’agit plus d’un projet-pilote. Ses impacts positifs sont tellement grands qu’elle passe maintenant de trois à quatre soirs par semaine... et un cinquième pourrait éventuellement s’ajouter.

L’Institut universitaire de première ligne en santé et services sociaux (IUPLSSS) du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a dévoilé jeudi son rapport de recherche présentant les grandes conclusions sur l’ÉMIP.

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Une paire patrouilleur-travailleur social efficace

Les résultats sont probants.

Depuis la mise en place de cette équipe, le nombre de transports vers l’hôpital a chuté de près de 50 % chez les personnes ayant reçu les services de l’ÉMIP; la prise en charge par le milieu communautaire ou par le réseau social a augmenté de 51 %; l’emploi de la force par les policiers a diminué de 11 %.

Le succès de l’implantation de l’ÉMIP s’explique entre autres par la capacité qu’ont les membres de l’ÉMIP à offrir des services de façon adéquate aux patients et à mieux comprendre leur réalité telle qu’ils la vivent.

« Quand un patient reçoit finalement des services psychosociaux après avoir été amené à l’urgence, il y a souvent eu beaucoup de filtres avant d’arriver aux intervenants, et le patient peut être tanné de raconter son histoire. Le lien de confiance est plus difficile à créer. Alors que lorsque j’interviens directement chez un usager, c’est beaucoup plus facile de bien comprendre la réalité qu’il vit », soutient Sylvie Desautels, travailleuse sociale au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et membre de l’ÉMIP.

Une équipe mobile?

Avant d’aller plus loin, il faut expliquer comment fonctionnent les équipes de l’ÉMIP. Trois soirs par semaine, entre 16 h et minuit, un policier de l’équipe ÉMIP patrouille avec un travailleur social. Ils interviennent notamment lorsqu’un appel de détresse est acheminé au 9-1-1 ou lorsque d’autres patrouilleurs font appel à eux pour des appels liés à la détresse humaine.

Marjolaine Landry, chercheuse principale qui a dirigé l’étude à l’IUPLSSS, a dévoilé jeudi quelques-unes des statistiques éloquentes à la suite des interventions de l’ÉMIP, notamment que le nombre de transports vers l’hôpital a chuté de près de 50 % chez les personnes ayant reçu les services de l’ÉMIP.

Les membres de l’ÉMIP interviennent pour évaluer sur place les personnes en détresse afin de les orienter rapidement vers la ressource appropriée (CLSC, hôpital ou organisme communautaire). L’objectif de départ de ce projet-pilote était d’améliorer l’accessibilité aux soins et services en première ligne, tout en permettant une meilleure utilisation des services d’urgence en plus d’éviter la judiciarisation.

Ces interventions permettent donc d’éviter de nombreux transports vers les salles d’urgence surchargées.

« Et bien souvent, l’hôpital n’est de toute façon pas le lieu approprié pour ce genre d’intervention. Ce n’est pas ça dont les gens ont besoin », soutient Sylvie Desautels.

Les interventions sont d’ailleurs efficaces et sécuritaires, car l’étude menée par Marjolaine Landry, la chercheuse qui a dirigé l’étude à l’IUPLSSS, a notamment démontré qu’aucun suicide ne s’est produit à la suite d’une intervention de l’ÉMIP parce que les gens n’auraient pas été hospitalisés.

Reconnaissance des usagers

Mis en place depuis trois ans, le programme est de mieux en mieux connu et utilisé par les policiers.

« Je remarque que mes collègues ont développé le réflexe d’appeler l’ÉMIP lorsqu’une situation le requiert. Tout le monde reconnaît la valeur ajoutée de cette équipe », explique la policière Geneviève Duford.

Celle-ci adore son nouveau poste. « Je n’ai jamais reçu autant de remerciements et de reconnaissance que depuis que j’occupe cette fonction! Ça me permet d’aider vraiment les gens. Un soir par exemple, nous sommes intervenus auprès d’un jeune homme dont le risque suicidaire était faible, mais il avait tout de même besoin d’aide. Il ne savait pas quand il pourrait avoir un suivi psychologique. Le lendemain en rentrant au travail, j’ai fait un suivi. J’ai réussi à avoir la confirmation qu’il aurait une rencontre avec un intervenant dès le lundi matin. Imaginez-vous comment ce jeune homme était content quand je l’ai rappelé pour lui dire qu’il recevrait rapidement de l’aide appropriée! » cite en exemple Mme Duford.

Un centre de jour

Et maintenant, que faudrait-il pour aller plus loin dans l’aide apportée aux Sherbrookois souffrant de détresse? Un centre de jour qui viendrait s’implanter au centre-ville est aussi une volonté bien ancrée dans le milieu communautaire sherbrookois. Mais pour arriver à implanter ce centre de jour qui ne serait pas géré par le CIUSSS de l’Estrie, il reste encore des défis à relever.

« Nous continuons de travailler sur ce projet. C’est une volonté du milieu. Encore la semaine dernière, nous avions une rencontre sur le sujet », assure Lyne Cardinal, directrice des services généraux au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.