David Morin, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent et professeur à l’Université de Sherbrooke

L’équipe de prévention contre la radicalisation a suivi six personnes depuis sa création

Une équipe de prévention contre la radicalisation est en place à Sherbrooke depuis deux ans. Si l’équipe a plutôt travaillé dans l’ombre jusqu’ici, elle est maintenant prête à mieux se faire connaître et elle attend avec impatience l’aide et l’implication formelles du CIUSSS de l’Estrie-CHUS pour stabiliser une équipe qui doit développer une expertise nouvelle, celle d’évaluer des gens qui sont à risque de poser des gestes violences en raison de leur radicalisation.

L’Équipe clinique polarisation Estrie est née d’une initiative du CIUSSS Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal qui a lancé sa Clinique de polarisation après avoir reçu un mandat provincial du gouvernement du Québec. L’équipe montréalaise a toutefois tenu à développer une approche décentralisée en mettant sur pied des bureaux dans quatre autres villes du Québec, soit Laval, Gatineau et Sherbrooke.

En Estrie comme ailleurs, les besoins sont là pour veiller sur des gens à risque de devenir violents à cause de leur radicalisation. Et pour continuer le travail, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS doit s’engager en ce sens auprès de l’équipe. « Dans les quatre autres régions du Québec, les équipes polarisation sont portées par les CIUSSS, et cette implication est nécessaire pour assurer la pérennité du service, mais aussi pour la constitution d’une équipe solide et capable de répondre aux demandes. À Sherbrooke, les effectifs sont encore très restreints et l’équipe demeure précaire », souligne Maryse Benoit, professeure à l’Université de Sherbrooke, psychologue et directrice de cette équipe régionale.

La radicalisation existe bel et bien dans la région. Une radicalisation qui peut prendre plusieurs formes.

« Nous avons eu quelques cas à Sherbrooke avant ces deux dernières années. Entre autres, nous avons vu quatre ou cinq jeunes se radicaliser et partir en Syrie. Aujourd’hui, au moins deux sont décédés. Il y a eu d’autres phénomènes aussi, comme des cas en lien avec l’extrême droite. Alors oui, en région, nous avons des cas de radicalisation qui peuvent mener à la violence », souligne David Morin, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent et professeur à l’Université de Sherbrooke.


« Au Québec et au Canada, ce n’est pas interdit d’avoir des idées radicales, ce n’est pas mal. Ici, on parle bien de gens avec des idées radicales qui risquent de basculer dans la violence. »
David Morin, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent et professeur à l’Université de Sherbrooke

Il y a la radicalisation religieuse ou idéologique, d’extrême-droite ou islamique, mais il y a aussi ceux qui développent des discours misogynes comme ce fut déjà le cas lors de la tragédie de la Polytechnique par exemple.

« Au Québec et au Canada, ce n’est pas interdit d’avoir des idées radicales, ce n’est pas mal. Ici, on parle bien de gens avec des idées radicales qui risquent de basculer dans la violence », souligne David Morin.

« Les gens ne font pas toujours partie de groupes radicaux. Parfois, ce sont des seuls qui vont se radicaliser sur des groupes ou des forums sur internet », ajoute-t-il.

Depuis sa mise sur pied il y a deux ans, l’Équipe clinique polarisation Estrie a reçu six signalements, dont quatre ont nécessité des suivis qui se poursuivent d’ailleurs encore.

« J’assume moi-même certains des suivis », soutient Maryse Benoit, qui est psychologue.

Or pour développer cette expertise nouvelle d’évaluation des risques de violence, les membres de l’équipe doivent suivre des formations et ils doivent intervenir sur des cas. 

« Pour le moment, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS dégage des ressources, mais ce n’est rien de permanent, il faut renégocier chaque année. D’où l’importance de nos négociations avec le CIUSSS en ce moment pour rendre notre équipe assez restreinte plus permanente », précise Mme Benoit.