Le Sherbrookois d’origine Philippe Longchamps a été nommé enseignant de l’année en Suède.
Le Sherbrookois d’origine Philippe Longchamps a été nommé enseignant de l’année en Suède.

L’enseignant suédois de l’année est sherbrookois

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Le Sherbrookois d’origine Philippe Longchamps vient de recevoir le prestigieux prix de l’enseignant de l’année en Suède, qui lui a été remis lors d’une cérémonie qui s’est tenue mercredi soir à Malmö.

« C’est incroyable! Je n’en reviens pas, il y a tellement d’enseignants exceptionnels dans tout le pays! Ça me touche d’autant plus que j’ai dû faire beaucoup de sacrifices pour me déraciner et venir vivre ici, en Suède. Que la société suédoise reconnaisse que je contribue de façon positive à la société, pour moi c’est incroyable et ça me touche beaucoup », indique-t-il, fort ému.

Philippe Longchamps s’est établi en Suède en l’an 2000 après avoir rencontré sa future épouse qui était venue étudier dans une université montréalaise pour quelques mois.

« Je suis venu pour un an, au départ, pour essayer. Mais j’ai aimé le pays, sa philosophie, sa manière de vivre. J’ai décidé de m’y établir. Mais ç’a été difficile au début. J’ai dû tout laisser derrière moi, tout ce que j’avais, ma famille, mes amis. Ma conjointe était étudiante, alors je devais travailler tout en suivant des cours du soir pour apprendre le suédois. Les premières années ont demandé beaucoup sacrifices. Alors aujourd’hui, de voir que moi, un immigrant, je suis récompensé par un prix aussi prestigieux, c’est complètement incroyable! » s’exclame-t-il.

Ce prix vient récompenser son travail de l’année 2019-2020, une année scolaire qui se poursuit d’ailleurs en Suède dans des circonstances bien particulières en raison de la pandémie du nouveau coronavirus. M. Longchamps est titulaire de deux classes de 9e année. Ses élèves ont 15 ans.

« La Suède est un des seuls pays dans le monde à ne pas avoir imposé de confinement. Les écoles sont restées ouvertes. Nous avons les mêmes conseils de santé publique qu’au Canada ou ailleurs dans le monde, mais elles sont volontaires. La Suède aime faire les choses autrement », indique-t-il en précisant que, là comme ailleurs dans le monde, il y a bien eu quelques ratés dans la gestion de la crise.

Philippe Longchamps travaille à l’École bilingue Montessori de Lund (BMSL). Il s’agit d’une école privée, mais en Suède, même les écoles privées sont entièrement financées par l’État au même titre que les écoles publiques. Le choix de l’école revient tout simplement aux familles. 

Dans cette école, les livres sont souvent en suédois, l’enseignement se fait en anglais, mais certains passages et certains cours, comme l’éducation physique, sont en français. « On passe d’une langue à l’autre plusieurs fois dans la journée », indique celui qui enseigne l’histoire, la technologie et la géographie.

La BMSL est l’école « faite sur mesure » pour l’enseignant qu’est Philippe Longchamps.

« C’est grâce à son profil d’immersion linguistique unique que j’ai réussi à réaliser autant d’accomplissements avec mes élèves et mes collègues », explique M. Longchamps.

Philippe Longchamps se trouve ici en compagnie d’un élève de 9e qui fabrique un prototype 4DFrame - Mechatronics dans son cours de robotique et programmation

C’est quand il est devenu chef d’équipe des enseignants des classes de 7e, 8e et 9e année que le Sherbrookois a pu mettre en place sa pédagogie basée sur un apprentissage multidisciplinaire, ce qui est d’ailleurs au cœur de la pédagogie suédoise.

« Dans ma génération, on apprenait beaucoup par cœur. Mais aujourd’hui, ce n’est plus utile d’apprendre par cœur. En deux-trois clics sur Google, on peut trouver toutes les dates, toutes les réponses. Aujourd’hui, c’est surtout l’esprit critique et la créativité qu’il faut apprendre à nos jeunes. On a besoin aujourd’hui de penseurs créatifs pour trouver des solutions aux problèmes qu’on a et ça, ça viendra toujours de façon collective, pas de façon individuelle », souligne Philippe Longchamps.

C’est pourquoi l’enseignant a décidé de s’asseoir avec ses collègues qui enseignent les autres matières et de voir tout ce qu’ils enseignaient de pareil, la climatologie par exemple, et de la mettre en commun pour plus d’efficacité.

« Si j’enseigne l’histoire militaire avec Alexandre Le Grand, les jeunes vont retenir 15 ou 30 % de ce que j’enseigne. Mais si on voit une image de catapulte et que finalement, les élèves en construisent une avec pour objectif de démolir un mur de carton, le tout fabriqué avec du matériel pédagogique, là les élèves conceptualisent. Ils acquièrent des compétences différentes et les apprentissages restent beaucoup plus », indique celui qui a notamment étudié à l’école La Maisonnée dans le secteur de Rock Forest et au Collège Notre-Dame des Servites d’Ayer’s Cliff.