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Le sociologue Charles-Antoine Barbeau-Meunier a fait sa maîtrise sur le rôle de l’empathie face aux crises sociales.
Le sociologue Charles-Antoine Barbeau-Meunier a fait sa maîtrise sur le rôle de l’empathie face aux crises sociales.

L’empathie pour survivre à la pandémie

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
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« La pandémie nécessite des comportements et, en même temps, elle les compromet. Autant on a besoin d’empathie, de compassion, de bienveillance actuellement, autant la crise rend les gens stressés et anxieux, deux facteurs qui sont peu compatibles avec la qualité de présence, l’écoute et le souci de l’autre », explique le sociologue Charles-Antoine Barbeau-Meunier, qui a fait sa maîtrise sur le rôle de l’empathie face aux crises sociales.

« Quand on est en détresse émotionnelle, on a tendance à se replier sur soi-même. C’est la réponse innée au stress. Alors que l’empathie demande une qualité d’attention vers l’extérieur et une flexibilité mentale permettant d’imaginer les choses en dehors de ce qui nous est familier », ajoute celui qui est présentement candidat au double doctorat en médecine et en neuroimagerie à l’Université de Sherbrooke.

Les êtres humains s’harmonisent les uns aux autres depuis le début des temps, rappelle-t-il. « Ce qui est fondamental à notre bien-être et ce qui a même dirigé le développement de l’être humain, c’est la qualité des rapports sociaux. L’avantage de l’humain a toujours été de pouvoir collaborer. Individuellement, on est peu de choses. Mais collectivement, on est vraiment capable de grandes choses. On a donc développé cette habileté à s’harmoniser avec l’autre et ça, c’est de l’empathie. »

La pandémie a fait réaliser à plusieurs que la qualité de présence faisait une différence. « On se rend compte que ce n’est pas pareil d’être sur Zoom et d’être en face à face. Aussi, l’isolement et les effets de la distanciation sociale sont très difficiles pour le moral. On est coupé de relations que l’on tenait pour acquises. »

Ne pas se réunir, c’est aussi de l’empathie

L’interdiction des rassemblements pendant le temps des Fêtes, par exemple, est un coup dur. « Ne pas pouvoir se voir à un moment qui est normalement dédié à la réunion et à la célébration, c’est difficile. Mais finalement, c’est faire preuve d’une grande empathie de ne pas se réunir actuellement parce qu’au bout du compte, ça va, collectivement, sauver des vies », souligne l’étudiant en doctorat, spécifiant que dans un contexte où les hôpitaux sont à pleine capacité, certaines personnes en attente d’opérations chirurgicales subiront des conséquences funestes liées à la sémination du virus.

L’empathie est la capacité de s’identifier à autrui dans ce qu’il ressent. « Il faut qu’on trouve collectivement une manière de se soutenir et de se faire sentir mutuellement soutenus et écoutés. Finalement on doit soulager le fardeau de stress émotionnel des gens afin qu’on puisse, comme un cercle vertueux, être davantage là les uns pour les autres. »

Respecter l’interdiction de se rassembler pour les Fêtes, c’est aussi faire preuve d’emphathie, selon le sociologue Charles-Antoine Barbeau-Meunier.

C’est aussi un rôle important pour le gouvernement, croit le sociologue. « C’est facile de dire qu’il y a des sommes investies ou des services en place, mais il faut s’assurer que ces ressources soient accessibles. Il faut aussi s’assurer que les acteurs qui prodiguent ces services ne sont pas eux-mêmes au bord du gouffre, car sinon, ils ne seront plus en mesure de soigner. »

Une mentalité empathique plutôt que guerrière

Il y a une mentalité associée à l’empathie. « Une mentalité qui n’est pas seulement individuelle, mais collective et même politique. Par exemple, la première ministre de la Nouvelle-Zélande a toujours utilisé un langage transparent, empathique, axé sur la solidarité. Son gouvernement est humble et à l’écoute des communautés. Elle évite d’utiliser un langage martial », explique M. Barbeau-Meunier.

Plusieurs politiciens parlent d’une guerre contre un ennemi invisible et invitent la population à aller au front contre la COVID-19. « Il y a aussi une mentalité associée à la guerre et un bagage qui vient avec. À la guerre, il y a des sacrifices et des gens sacrifiés. Il y a des gagnants et des perdants. C’est un temps où on prend des mesures drastiques, exceptionnelles et agressives. On est davantage paternaliste. On dit aux gens quoi faire sans les consulter en temps de guerre », illustre-t-il, ajoutant qu’à l’inverse, un leadership empathique invite à la collaboration et aux compromis.

Pour le sociologue et étudiant en médecine, il est important de rétablir le contrat social en écoutant les communautés. « La popularité des théories complotistes est, quelque part, une traduction du contrat social. C’est une démonstration qu’une portion de la population ne sent pas une appartenance envers nos institutions et notre gouvernement. On doit rétablir la confiance et, pour ça, on n’a pas le choix d’être à l’écoute, humble et axé sur le soutien et non le sacrifice de soi. »

Dans un contexte de crise, il y a une nécessité de prendre en compte la vulnérabilité des gens qui nous entourent. M. Barbeau-Meunier a observé au cours des derniers mois une forme d’expansion de l’empathie envers certains groupes d’individus. « Étant donné que la pandémie a mis en lumière certaines vulnérabilités, on a été invité à être empathique, par exemple, par rapport à la situation des aînés en CHSLD et des gens racisés qui ont souvent moins accès aux soins et qui subissent une stigmatisation dans le réseau de la santé comme on l’a vu, notamment, avec Joyce Echaquan », conclut-il, ajoutant que la COVID-19 aura démontré que l’ensemble des humains peut être vulnérable.