Charles-Antoine Barbeau-Meunier s’intéresse à la question des rapports empathiques.

L’effritement de l’empathie

« Si l'on assiste à un effritement de l’empathie, c’est qu’il y a un élément qui le module vers le bas, qui l’inhibe et nous empêche de l’exprimer. » Tels sont les propos de Charles-Antoine Barbeau-Meunier, étudiant à la Faculté de médecine et des sciences de la santé et détenteur d’une maîtrise en sociologie.

Charles-Antoine Barbeau-Meunier est un étudiant remarquable. En plus d’avoir entrepris une maîtrise en sociologie où il s’est interrogé à savoir si l’empathie pouvait changer le monde, il est maintenant étudiant à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. Charles-Antoine tente donc aujourd’hui de démystifier le phénomène de l’empathie dans le milieu de santé. Il revient justement de livrer ses réflexions au 86e congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS) qui se tenait du 7 au 11 mai à l’Université du Québec à Chicoutimi. 

Un contexte difficile

Si l’on se demande si le modèle actuel du réseau de la santé est propice à la mise en pratique de l’empathie, on arrive avec une réponse plutôt évidente selon Charles-Antoine. Dans un contexte dans lequel les conditions de travail sont éprouvantes, où faire des heures supplémentaires est une réalité communément vécue, et dans lequel on priorise une grande performance quantifiée sur le volume de clients à soigner, l’application de l’empathie devient difficile. « S’il n’y a pas de temps pour les émotions et pour les gérer, le contexte des soins peut avoir le dessus sur les professionnels », affirme-t-il. C’est aussi que dans le réseau de santé, il y règne une culture de performance qui forcément en écrase une autre qui admettrait la vulnérabilité et les limites des soignants. Cette situation a des répercussions très sérieuses sur la qualité de vie des médecins. C’est aussi les conclusions qu’on pouvait tirer dans La Santé des Médecins, la synthèse publiée par le Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ), et dans lequel les docteurs Sandra Roman et Claude Prévost ont mis en évidence les taux alarmants d’épuisement professionnel, d’abus de substance et d’automédicamentation chez les médecins spécialisés. 

Idées préconçues 

On entend parfois dire que les médecins ne sont pas empathiques. Pour Charles-Antoine, ce serait tout à fait l’inverse. « À leur sortie du programme d’étude, les médecins sont plus empathiques au niveau de leur capacité et habileté, parce que l’écoute a été pratiquée. Cette capacité est un potentiel qu’il faut cependant actualiser », nuance-t-il. Bien que les fondements de l’empathie soient acquis par les futurs médecins durant leur cheminement, on les met aussi en garde contre une trop grande forme d’implication émotionnelle auprès des patients. Cette double contrainte pourrait être à l’origine du tabou dans lequel baignent les professionnels de la santé envers le fait d’admettre sa propre vulnérabilité et de parler de ses propres émotions avec ses pairs. Lorsque la formation des médecins misera davantage sur l’ensemble des dimensions de l’empathie, il y a fort à parier que les relations entre soignants et patients s’amélioreront.

Évidemment qu’on ne peut pas simplement réduire un phénomène de société à un seul milieu de travail. « L’effritement de l’empathie, c’est dans l’ensemble de la société. On pourra critiquer le système néolibéraliste qui carbure à une atomisation des individus, où tous sont responsables de tout, mais laisser à eux-mêmes », clarifie Charles-Antoine. Il ne faut pas se surprendre de constater un affaiblissement dans les rapports sociaux. Les critères de performances sont partout, et la santé mentale en est affectée. Il faut prendre le temps, tous ensemble, de briser l’isolement et d’en parler haut et fort. Une fois le tabou levé pour de bon, nous pourrons nous concentrer à humaniser nos liens sociaux. « C’est un non-sens de dire qu’on doit humaniser les soins aujourd’hui, alors que c’est la base même des soins », conclut-il. Une piste de réflexion cruciale pour ceux qui travaillent à construire le système de santé de demain.