Contenu commandité
L'effet de la pandémie sur l'orientation de carrière
Actualités
L'effet de la pandémie sur l'orientation de carrière
Si les perspectives d’emploi ont jadis été un facteur d’orientation de carrière important, voilà qu’elles ne font plus le poids contre les perspectives reliées au « bonheur ». C’est ce qu’ont remarqué, au fil du temps, les conseillères en orientation Geneviève Phaneuf et Caroline Letellier dans leurs bureaux de consultation à Sherbrooke.
Partager
Perspectives « bonheur »

Actualités

Perspectives « bonheur »

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Si les perspectives d’emploi ont jadis été un facteur d’orientation de carrière important, voilà qu’elles ne font plus le poids contre les perspectives reliées au « bonheur ». C’est ce qu’ont remarqué, au fil du temps, les conseillères en orientation Geneviève Phaneuf et Caroline Letellier dans leurs bureaux de consultation à Sherbrooke.

La pandémie de COVID-19 et le confinement auraient d’ailleurs accentué ce phénomène en plongeant une grande proportion de Québécois dans le « mitan de la vie », soit un « temps d’écoute et de reconstruction de soi », explique Caroline Letellier.

Active dans le milieu de l’orientation depuis 2007, la spécialiste en problématiques reliées au travail affirme avoir reçu un nombre « record » d’appels dans la dernière année. « En travaillant à la maison et en étant moins sur la route, les gens ont pris conscience de l’impact du télétravail sur leurs conditions de vie. Flexibilité d’horaire, diminution du stress, conciliation travail-famille, productivité; ils ont aussi envie d’apprendre à se prioriser davantage », raconte-t-elle.

Plusieurs travailleurs ont ainsi fait un bilan de compétences à ses côtés. « J’ai observé une recrudescence chez mes clients en ce qui concerne la quête de sens », ajoute Caroline Letellier. « En pleine crise planétaire, comment je peux donner plus de sens à ma carrière? Et à ma vie? Ces questions reviennent souvent. »

Spécialisée en coaching professionnel et en empowerment, Geneviève Phaneuf abonde dans le même sens. « J’observe ce désir d’être heureux avant tout au travail depuis plusieurs années, mais je constate aujourd’hui que l’élastique est étiré au maximum. Les gens veulent vraiment trouver le bonheur. »

Selon Geneviève Phaneuf, la pandémie aurait aussi réveillé des valeurs qui étaient peut-être moins considérées ou simplement endormies chez certaines personnes. « Il y a un désir d’aller vers ce qui nous ressemble. On s’oriente davantage en fonction de soi, de sa personnalité et de ses valeurs. On regarde moins les perspectives d’emploi, les formations nécessaires. On ne s’oriente plus en fonction de ce que la société attend de nous. »

Caroline Letellier, conseillère en orientation

Épuisement professionnel

Avec près de la moitié de ses clients issus du milieu de l’enseignement, Geneviève Phaneuf constate aussi qu’une majorité d’entre eux souffrent d’épuisement professionnel. « Ils ont le profil parfait pour leur métier et ils aiment ce qu’ils font, mais ils ne peuvent plus supporter leurs conditions de travail », se désole-t-elle.

Même constat dans le milieu de la santé. « La pandémie a créé une surcharge de travail en plus de modifier parfois considérablement les tâches à effectuer quotidiennement. Certains travailleurs ont dû faire du délestage et se sont retrouvés dans un environnement moins familier. Ils réagissent énormément à cette imprévisibilité », indique à son tour Caroline Letellier.

« Ce n’est d’ailleurs pas rare de voir des jeunes avec un profil “santé” renoncer à différents métiers qui répondent à leur intérêt. Ce milieu est en souffrance et les conditions de travail ne sont pas intéressantes. »

La conseillère en orientation ajoute que si certains de ses clients ont décidé par eux-mêmes de changer de métier, d’autres y ont malheureusement été forcés. « C’est particulièrement difficile d’accompagner les gens dans ce processus, car ils vivent en quelque sorte un deuil. Il y a une notion d’espoir lié à ce que la vie revienne à la normale, mais on ne peut prédire ce que sera l’avenir. »

Dans la dernière année, Caroline Letellier admet par ailleurs avoir dû rediriger plus de clients qu’à l’habitude vers un suivi en psychologie. « On doit parfois tenter de retrouver un certain équilibre de vie avant d’entamer des démarches professionnelles. C’est dommage toutefois que l’attente pour avoir un tel service soit aussi longue », déplore-t-elle.

+

Êtes-vous un « éveilleur » ?

Saviez-vous qu’une nouvelle dimension a été introduite dans le Guide de recherche d’une orientation professionnelle? Il s’agit du type Z, ou « éveilleur », qui fait référence aux traits « humanistes, idéalistes et environnementalistes » d’un individu. 

Le modèle RIASEC, aussi appelé code Holland, mis au point par le psychologue John L. Holland présentait jusqu’à tout récemment six personnalités en milieu de travail : le réaliste (R), l’investigateur (I), l’artistique (A), le social (S), l’entreprenant (E) et le conventionnel (C). Voilà qu’une septième dimension, soit l’éveilleur (Z), s’ajoute au modèle existant afin de mieux cerner l’emploi idéal de ceux qui ont un intérêt pour l’économie sociale, l’environnement et l’équité, notamment. « L’éveilleur se démarque par son implication dans la communauté. Il s’oriente vers de grandes causes », commente Geneviève Phaneuf, conseillère en orientation.


L’appel de la nature

Actualités

L’appel de la nature

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Les mesures de confinement associées à la pandémie de coronavirus ont suscité chez les Québécois un intérêt marqué pour la nature. Après la ruée vers les parcs nationaux et la pénurie de semences, voilà que plusieurs personnes envisagent une réorientation de carrière pour s’en rapprocher davantage

Cet engouement pour la nature se fait ressentir au Centre de formation professionnelle de Coaticook (CRIFA) où l’on observe un record d’inscriptions dans divers programmes dont ceux d’horticulture et jardinerie, de mécanique agricole, de production horticole et d’aménagement paysager.

« Décidément, les gens veulent retourner aux sources, être en contact avec la terre et tendre vers l’autosuffisance. Nous avions remarqué un fort intérêt pour certains programmes l’année dernière, mais voilà qu’à pareille date, cette année, nous avons reçu le double des inscriptions », indique Tina Desmarais, la directrice du Centre de formation professionnelle de Coaticook.

Elle précise que parmi les personnes inscrites, certaines proviennent directement du milieu universitaire. « C’est un phénomène que l’on observait depuis quelques années, mais ça s’est accentué. Certains étudiants arrivent de Montréal et même de la Gaspésie avec un baccalauréat déjà en poche. C’est intéressant de voir ces réorientations de carrière autant chez les jeunes que chez les personnes de 50 ans et plus. »

Afin de répondre à la demande grandissante, le CRIFA a notamment dû réaménager ses serres qu’ils partagent avec le Centre d’initiatives en agriculture de la région de Coaticook (CIARC). Deux cohortes déjà complètes entreprendront par ailleurs les cours sur cette ferme école en horticulture et jardinerie dès le mois d’août prochain.

Tina Desmarais, directrice du Centre de formation professionnelle de Coaticook (CRIFA)

Prédisposition

Devant ces données, la conseillère en orientation Geneviève Phaneuf se dit peu surprise. Au contraire, elle affirme elle aussi être témoin de cet appel de la nature lors de ses consultations.

« La majorité du temps, les clients se rendent compte que cet intérêt pour l’environnement et la nature était présent depuis longtemps, mais enfoui. Il y a prédisposition. C’est souvent ancré en soi depuis l’enfance. On ne fait pas face à des changements de personnalité. Les gens sont simplement plus à l’écoute d’eux-mêmes », mentionne-t-elle.

« C’est d’autant plus cohérent avec notre modèle de société qui prône de plus en plus la consommation responsable. »

Intérêts à géométrie variable

Actualités

Intérêts à géométrie variable

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Au Centre de formation professionnelle 24-Juin et au Centre de formation professionnelle de Memphrémagog, on ne peut se réjouir d’avoir autant d’inscriptions qu’au CRIFA. En situation de plein-emploi, on se dit toutefois satisfait des stratégies déployées cette année pour attirer de futurs étudiants en contexte de pandémie.

De manière générale, le Centre de formation professionnelle de Memphrémagog admet observer un léger ralentissement dans son taux d’inscriptions.

Si la formation en secrétariat et en comptabilité est en plein essor, on ne peut en dire autant pour la formation en usinage. « Ça varie d’un diplôme d’études à l’autre, du marché de l’emploi et des montants injectés dans la formation par le gouvernement », explique Hugues Gendron, directeur adjoint au CFP Memphrémagog.

« Nous dépendons aussi toujours du taux de chômage. Quand celui-ci est bas, nous avons naturellement moins d’élèves », rappelle-t-il.

Sans surprise, le milieu de l’alimentation et du tourisme ont été moins populaires cette année du côté du CFP 24-Juin. D’autres, comme celui de la coiffure et de la santé, ont toutefois eu un regain d’intérêt.

« La pandémie a mis en lumière l’importance et le caractère essentiel de tous les métiers de la formation professionnelle. C’est ce qui nous a permis de remonter nos inscriptions dans plusieurs domaines », se réjouit Annick Carrière, conseillère en orientation et responsable de la promotion au CFP 24-Juin.

« Il faut travailler en équipe »

Pour tenter de répondre à la pénurie de main-d’œuvre, plusieurs stratégies ont par ailleurs été mises en place au cours des derniers mois. Rappelons qu’au printemps dernier, le gouvernement du Québec avait lancé une formation professionnelle de trois mois pour devenir préposé aux bénéficiaires (PAB).

En complément à cette formation, 40 élèves sont notamment inscrits en ce moment pour effectuer une « passerelle » de jour ou de soir vers le diplôme d’études professionnel en Assistance à la personne en établissement et à domicile (APED).

« Nous avons adapté la formation à l’horaire de travail avec laquelle doivent jongler les travailleurs de la santé. C’est de plus en plus fréquent. Nos élèves ont soit besoin de travailler en allant à l’école, soit d’une formation rémunérée », précise Annick Carrière.

Le Programme d’aide à la relance par l’augmentation de la formation (PARAF), offert par le gouvernement jusqu’au 30 avril, permet par ailleurs à plusieurs élèves de se retrouver sur les bancs d’école en cette période de pandémie. Impossible toutefois de savoir si cette aide financière sera renouvelée ou réajustée.
« C’est notre souhait, confie Annick Carrière. On doit faire partie de la solution en ce qui concerne la pénurie de main-d’œuvre, car c’est principalement chez nous que ça se passe. Il faut travailler en équipe. »

Plusieurs partenariats ont aussi été établis avec des entreprises de la région pour faciliter le recrutement et l’intégration des futurs travailleurs. « Ce n’est pas parce que c’est payé que ça devient nécessairement plus intéressant aux yeux des jeunes. Le contexte de l’emploi a des incidents sur la formation professionnelle depuis plusieurs années. Nous devons travailler de concert avec des entreprises pour aller chercher des formations payées », ajoute à son tour Hugues Gendron.

Au CFP 24-Juin, par exemple, la formation en boucherie de détail (DEP) a été adaptée en formule travail-étude en plus d’être rémunérée à 100 % grâce à l’Association des détaillants en alimentation du Québec.