Après 33 ans, l’École de bilinguisme de Sherbrooke fermera ses portes le 22 décembre. Ci-dessus, le propriétaire, Jacques Danis.
Après 33 ans, l’École de bilinguisme de Sherbrooke fermera ses portes le 22 décembre. Ci-dessus, le propriétaire, Jacques Danis.

L’École de bilinguisme de Sherbrooke fermera ses portes

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Après 33 ans, l’École de bilinguisme de Sherbrooke fermera ses portes le 22 décembre. La nouvelle a créé une onde de choc chez les parents. Selon le propriétaire, Jacques Danis, l’établissement a toujours fonctionné sans problème jusqu’à ce que le ministère de la Famille réclame un permis. 

L’obtention de celui-ci demanderait des investissements trop importants, selon M. Danis. Le ministère de la Famille soutient pour sa part qu’une plainte a été reçue « pour un service de garde potentiellement illégal » le 27 octobre.

Anick Lagrange est demeurée sans mots lorsque le propriétaire l’a contactée, il y a trois jours, pour lui annoncer la difficile décision. Sa fillette de 4 ans fréquente l’établissement depuis septembre dernier. L’École de bilinguisme accueille 13 enfants de 4-5 ans et offre un programme d’apprentissage de langue seconde depuis 1987 pour la prématernelle et la maternelle.  

Avant la COVID, elle accueillait également des adolescents et des adultes, le soir et les fins de semaine, avec une offre de formation ciblée pour tous les âges.

« Ça fait deux jours qu’on n’arrête pas de pleurer. Ma fille était là pour la prématernelle, elle devait être là deux ans », lance Anick Lagrange, qui n’arrive toujours pas à comprendre la situation. « Ça fait des années que ça roule. »

À moins d’un revirement, la mère devra trouver un plan B pour janvier, en sachant très bien qu’il est très difficile de dénicher des places en ce moment pour les enfants de cet âge. 

« Je devrai penser à ça, mais j’ai envie de concentrer mes énergies pour faire en sorte que ça reste ouvert. » 

Le propriétaire, Jacques Danis, explique que l’école se serait retrouvée sous la gouverne du ministère de la Famille, alors qu’elle était initialement sous le giron du ministère de l’Éducation. 

Aux yeux du propriétaire et fondateur, il s’agit d’un problème bureaucratique.

Dans une missive envoyée aux parents, la direction explique que l’établissement avait un permis d’enseignement délivré par le ministère de l’Éducation avant 1991. 

L’école, sise rue Caron à Sherbrooke, a ensuite été catégorisée comme établissement d’enseignement de culture personnelle. 

« En 1993, le ministère de l’Éducation cesse de délivrer des permis d’opérations pour les établissements d’enseignement de culture personnelle. Nos activités sont acceptées par Revenu Québec, comme elles l’étaient par le ministère de l’Éducation, en ce qui concerne le Relevé 24 – Frais de garde d’enfants », écrit également le propriétaire.

L’École de bilinguisme de Sherbrooke accueille 13 enfants de 4 et 5 ans.

Un vide administratif?

Le ministère de la Famille a contacté M. Danis à la fin novembre. Le Ministère soutient que l’inspection a permis de constater que « les services de garde étaient fournis, sans permis ». 

L’école est catégorisée comme un service de garde puisque les enfants fréquentent les lieux plus de quatre heures par jour. Le ministère de la Famille exige du même coup un permis de de garderie ou d’exploiter un service de garde en milieu familial, ce qui impliquerait de réduire le nombre d’enfants à 6. Or, un tel nombre ne permettrait pas de couvrir les frais d’exploitation, selon M. Danis. En outre, l’obtenir demanderait des aménagements et des travaux importants.

Aux yeux du fondateur, l’établissement n’est clairement pas un service de garde, mais bel et bien une école privée de culture personnelle. 

Il aimerait obtenir un droit acquis pour poursuivre les activités, ou à tout le moins une dérogation afin de terminer l’année scolaire. En 33 ans, aucun incident n’est survenu, fait-il valoir, en ajoutant que la sécurité ne peut être invoquée dans la décision de Québec.

Le fondateur n’a pas beaucoup dormi ces derniers jours. « Je suis comme un petit David (contre Goliath). Ils (les ministères) ne peuvent pas comprendre que c’est un trou administratif qui s’est créé (...) » lance-t-il en racontant avoir vu quatre mères en pleurs. L’établissement a parfois vu passer deux générations d’élèves d’une même famille.

Le ministère de la Famille a répondu à la demande d’entrevue de La Tribune par courriel en fin de journée. Le Ministère note que l’expoitant a reçu l’accompagnement du MFA, mais qu’il a pris lui-même la décision de fermer.

Il soutient du même coup que l’école n’est pas sous l’égide du ministère de l’Éducation et n’a pas de permis de ce Ministère.