Léa Clermont-Dion

Léa Clermont-Dion accuse Michel Venne de l’avoir agressée

L’écrivaine et militante Léa Clermont-Dion, qui avait révélé en 2014 avoir été agressée sexuellement à l’âge de 17 ans, a déposé une plainte à la police contre le fondateur de l’Institut du Nouveau Monde Michel Venne, qu’elle a accusé jeudi sur Facebook d’être celui qui l’avait agressée.

La jeune femme de 26 ans, qui dit avoir été motivée par l’émergence du mouvement #MoiAussi, a également déclaré dans le même commentaire avoir été incitée, par l’écrivaine et ex-ministre de la Condition féminine Lise Payette, à réfuter les faits et à ne pas porter plainte contre Venne, ex-directeur de l’information et éditorialiste au  journal Le Devoir. 

L’agression serait survenue alors que Léa Clermont-Dion occupait un emploi d’été à l’Institut du Nouveau Monde et qu’elle considérait Michel Venne, son patron d’alors, comme une idole, un être charismatique, intelligent et engagé.

 «La surprise, j’ai droit à une «promotion». Je dois accompagner le grand boss pendant quelques jours. Je déchante un peu quand je constate que mon idole est étrange et déplacée. Je déchante tout court quand je me fais agresser. Je ne comprends pas ce qui m’arrive, je suis sous le choc. Je quitte mon emploi, bouleversée et cynique. Mon idole est mon ennemi. Je le déteste et le méprise»,  raconte-t-elle.

Elle ne donne cependant aucun détail relatif à ce qui s’est passé quand elle a été agressée parce qu’elle a déposé une plainte formelle à la police pour agressions sexuelles et qu’elle ne veut pas nuire à l’éventuel procès.

Disant avoir vécu la honte, la désillusion, la colère et le déni, Léa Clermont-Dion affirme que c’est le mouvement Agressions non dénoncées qui l’a incitée à parler une première fois de son agression en 2014.

Elle n’avait alors pas nommé son agresseur, mais avait mentionné l’année de son agression, soit 2008, ce qui fait que l’identité de son agresseur est devenue un secret de polichinelle au fil des années.

C’est suite à ces premières déclarations qu’elle reçoit un appel d’une autre de ses idoles d’autrefois, Lise Payette, qui souhaite la rencontrer. L’ex-ministre lui aurait dit qu’elle avait fait du tort à un ami, Michel Venne, qui postulait alors pour la direction du Devoir.

«Par ma faute, il n’aura pas le poste me dit-elle. J’ai «brisé cet homme, sa famille». Elle me demande de me rétracter, car «après tout, je n’ai pas été violée». Elle me demande de signer une lettre réfutant les faits. Car, à ses dires, je pourrais être poursuivie. Poursuivie de quoi? Avec du recul, de rien du tout. Mais, à ce moment-là, je suis en mode panique et je ne vois plus clair», poursuit la jeune femme.

Elle a finalement signé le document, estimant aujourd’hui qu’elle avait alors réagi comme une proie devant un prédateur. «Je suis en état de choc. La première femme  à avoir été ministre de la Condition féminine du Québec qui agit de la sorte. C’est juste surréaliste. Je ne peux pas croire.»

Léa Clermont-Dion dit avoir rappelé Lise Payette il y a quelques jours, affirmant qu’elle souhaitait se rétracter et que la lettre n’avait pas été signée dans un état de consentement réel.  L’ex-ministre aurait alors reconnu son tort, mais aurait tenu un double discours, affirmant avoir fait ça «pour la protéger contre elle-même» et insistant en même temps sur la famille de Michel Venne. «La triste vérité, c’est qu’elle a fait taire une victime en usant de menaces à peine voilées», conclut la jeune écrivaine.