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André Marette et son équipe sont parvenus à faire la preuve que des bactéries (ou des parties de) peuvent bel et bien s’accumuler dans certains tissus.
André Marette et son équipe sont parvenus à faire la preuve que des bactéries (ou des parties de) peuvent bel et bien s’accumuler dans certains tissus.

Le top 5 des découvertes scientifiques: faire d’une bactérie, deux coups…

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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En principe, on n’est pas supposé trouver de bactéries dans les tissus d’une personne qui ne souffre d’aucune maladie infectieuse. Le corps dispose de multiples barrières qui les gardent dehors, en plus de défenses qui éliminent les microbes qui parviennent malgré tout à entrer. Si bien que quand une étude trouvait malgré tout des bactéries dans des tissus où elles n’avaient «pas d’affaire», comme on dit, la plupart des experts haussaient les épaules : les gens qui avaient manipulé les tissus devaient les avoir contaminés, se disait-on.

Mais une équipe dirigée par le spécialiste de l’obésité et du diabète de l’Université Laval André Marette est parvenue à faire la preuve que des bactéries (ou des parties de) peuvent bel et bien s’accumuler dans certains tissus, dans un article paru au printemps dernier dans Nature - Metabolism. Et au passage, elle a peut-être découvert une cause encore inconnue du diabète de type 2, faisant ainsi d’une pierre, deux coups.

M. Marette et ses collègues ont prélevé des échantillons de sang et de tissus (foie et graisses) chez 40 personnes souffrant d’obésité morbide qui subissaient une chirurgie bariatrique, soit une réduction de la taille de l’estomac afin de les aider à perdre du poids, à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Leur but était de voir si des bactéries peuvent passer à travers la paroi intestinale, qui doit laisser passer les nutriments vers le sang tout en bloquant les microbes, mais qui peut devenir plus perméable chez les gens qui font de l’inflammation des intestins — chose que les personnes obèses sont connues pour faire de façon chronique.

«L’idée que des bactéries puissent passer à travers la barrière intestinale, ça avait été proposé dans le passé, et on savait que ça pouvait exister dans des cas d’inflammation extrême de l’intestin. Mais autrement, ça n’avait jamais été démontré clairement», dit M. Marette.

C’est en plein ce que son étude du printemps dernier est parvenue à faire, tant dans le foie que dans les tissus adipeux des patients. «Le fait d’en trouver dans le foie, ça ne nous a pas surpris beaucoup parce qu’il y a une certaine logique à ça : c’est le premier endroit où le sang passe après l’intestin, explique-t-il. Mais que ça se rende jusqu’aux tissus adipeux, là ça signifiait que le système immunitaire du foie échappait des bactéries, et ça c’était plus étonnant pour nous, même si on savait déjà que le foie des personnes obèses ou diabétiques a des problèmes.»

Notons que les auteurs de cette étude ont pris des précautions extrêmes pour que les échantillons de tissus qu’ils prélevaient lors des chirurgies bariatriques ne soient pas contaminés lors des manipulations — un reproche que l’on faisait souvent aux travaux antérieurs sur cette question. Mais en plus, l’équipe de M. Marette a aussi observé des différences notables entre les patients diabétiques et ceux qui ne l’étaient pas, même à «obésité égale». Ce qui constituait une preuve supplémentaire du passage des bactéries dans le sang, puisque «il n’y avait pas de raison pour qu’on contamine les tissus des diabétiques différemment des autres», indique le chercheur, en plus d’ouvrir une nouvelle avenue fort intéressante pour mieux comprendre le diabète.

Essentiellement, cette étude n’a pas trouvé plus ou moins de bactéries chez les diabétiques, mais plutôt des espèces bactériennes différentes et, surtout, une moins grande diversité bactérienne, notamment dans certains dépôts adipeux près des viscères. «On savait déjà que les gens diabétiques avaient une flore intestinale moins diversifiée que la moyenne, et que certaines espèces de bactéries pathogènes en profitaient pour proliférer chez eux. Par contre, on se disait que les changements dans les intestins devaient envoyer des signaux immunitaires qui, eux, devaient avoir un effet sur le diabète par des mécanismes mal connus. Mais là, nos travaux montrent que les bactéries elles-mêmes peuvent jouer ce rôle de signal, puisqu'elles passent à travers la barrière intestinale», dit M. Marette.

Pour l’heure, il n’est pas clair si ces différences sont une cause ou un effet du diabète, ni si les bactéries qui sont plus rares chez les diabétiques ont eu un effet protecteur chez les non-diabétiques. En fait, on n’est pas certain non plus si les bactéries détectées — et qui restaient en quantité très faible par ailleurs — étaient vivantes ou mortes, ou même simplement sous la forme de fragments de bactéries qui s’accumulaient dans les tissus. «Il y a une étude allemande qui est parue un peu après la nôtre dans la revue Gut, et qui a reproduit quelques uns de nos résultats, en montrant la présence de bactéries dans le tissu adipeux des personnes obèses. (…) Et ils ont aussi démontré que ces bactéries étaient bel et bien vivantes, ils ont été capables de prouver ça. Donc on se doute maintenant qu’au moins une partie des bactéries que nous avons trouvées chez nos patients étaient entières, et possiblement vivantes, mais on ne sait toujours pas ce qu’elles font là. De toute manière, qu’elles soient vivantes, mortes ou partielles, ces bactéries-là peuvent déclencher une réaction immunitaire» qui, elle, peut avoir un effet sur le diabète ou sur l’obésité, explique M. Marette.

Cependant, toutes les réactions immunitaires n’ont pas le même effet — et du point de vue de l’obésité et du diabète, certaines peuvent avoir un effet protecteur et d’autres s’avérer délétères. Cela fait partie des choses qu’il faudra maintenant élucider.

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