À travers de toutes les anecdotes positives de l’Opération Nez rouge, la mésaventure de la Sherbrookoise Catherine Bilodeau détonne.

Le souvenir sombre d'un raccompagnement Nez rouge qui a mal tourné

SHERBROOKE — À travers les anecdotes positives de l’Opération Nez rouge au fil des années, la mésaventure dont a été victime Catherine Bilodeau de Sherbrooke l’an dernier détonne.

Sans vouloir décourager qui que ce soit à faire du bénévolat auprès de l’organisme, elle souhaite lancer un message de prévention.

La jeune femme de 24 ans ramenait à bon port un individu dans le secteur du Carrefour de l’Estrie dans la nuit du 23 au 24 décembre 2017, lorsque ce dernier lui a enroulé la ceinture de sécurité autour du cou pour l’étrangler alors qu’elle se trouvait sur l’autoroute 410.

«C’était comme dans un cauchemar. Je n’ai jamais pensé qu’une telle chose pouvait m’arriver», signale Catherine Bilodeau.

Lorsqu’elle est allée chercher l’usager avec ses deux coéquipiers de Nez rouge, ils ont rapidement constaté l’état d‘ébriété avancé dans lequel il se trouvait. 

«Il était trop saoul pour nous dire à quelle adresse le ramener. Nous connaissions seulement la rue. Il s’est assis sur la banquette derrière moi qui conduisait. Mon amie s’est assise à côté de lui. Il était un peu désagréable, mais pas agressif. Le véhicule de poursuite qui m’accompagnait nous a dépassés parce qu’il savait où l’on allait. Rendu à la hauteur du Plateau Saint-Joseph, l’homme que l’on conduisait a tiré sur la ceinture de sécurité et me l’a enroulée autour du cou pour tenter de m’étrangler. Il tirait fort. Je ne sais pas comment j’ai fait pour m’arrêter sans avoir d’accident», se remémore Catherine Bilodeau en entrevue à La Tribune

Les deux jeunes femmes ont réussi à sortir du véhicule et à contacter les secours.

«Je ne me rappelle pas d’avoir suffoqué, mais il m’a écrasé le cou avec la ceinture. J’ai eu une extinction de voix pendant quatre jours. Je pense que le collet de mon manteau m’a protégée», indique Catherine Bilodeau.

Ce n’est que le lendemain qu’elle a porté plainte à la Sûreté du Québec. 

«J’avais tellement peur. Le client était dans un état de folie. J’étais en état de choc. Après la plainte à la police, la nièce de l’homme m’a contactée. Personne ne comprenait ce qui s’était passé», se rappelle la jeune femme, qui a reçu un dédommagement en argent de la part de son agresseur.

Accusations

Des accusations de voies de fait ont été autorisées contre l’individu. Il reviendra devant le tribunal en février 2019 au palais de justice de Sherbrooke.

«La dernière fois que j’ai parlé avec la procureure, il devait plaider coupable à une accusation réduite de voies de fait simple. J’ai reçu une convocation du tribunal pour m’y présenter», indique Catherine Bilodeau. 

Les assureurs d’Opération Nez rouge l’ont dédommagée pour ses traitements à la suite du trauma cervical et des deux vertèbres qui ont été déplacées dans son cou. Elle a manqué quelques jours de travail. 

«Les gens de Nez rouge m’ont dit que ce n’était jamais arrivé. Ils ont été très gentils. Ils ont pris des nouvelles de moi. Je pense encore souvent à cet événement. J’ai parfois de la difficulté à dormir», indique la jeune femme, qui a été reconnue par le programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels, qui assume d’autres frais en raison des séquelles psychologiques de cet événement. 

Elle souhaite que son exemple puisse servir de prévention pour tous ceux qui vont effectuer du bénévolat pour l’Opération Nez rouge.

«Ils nous donnent une petite formation. Si j’ai un conseil, c’est d’éviter que quelqu’un soit assis derrière le conducteur. Le véhicule de poursuite doit aussi rester derrière celui que l’on raccompagne. Il faut insister pour savoir exactement où l’on s’en va», indique la jeune femme.   

Elle garde encore de la rancœur envers son agresseur.

«Je rendais service en faisait du bénévolat. J’aimais ça. On redonnait aux autres en les raccompagnant. C’est certain que je lui en veux. Au début, je voulais retirer ma plainte. Mais je me rends compte que son geste était inacceptable. J’ai réussi à m’arrêter pour une raison que je ne connais pas. Je suis chanceuse qu’il n’y avait pas plus de gens sur l’autoroute. Je souhaite une peine à la hauteur de ce qu’il m’a fait», indique Catherine Bilodeau.