Marco Lemieux, qui tient le commerce Importation Batavia depuis bientôt 19 ans, devra fermer boutique dans quelques mois. Frappé par une perte d’audition subite, le grand voyageur voit ses communications devenir difficiles, tant avec les clients qu’avec les partenaires d’affaires.

Le silence n’est pas que d’or

Après près de 19 ans à faire le pont entre les artisans indonésiens et les acheteurs estriens, Marco Lemieux devra se résigner à fermer son commerce du 151, rue Wellington Nord, Importation Batavia. La vie du grand voyageur et entrepreneur a été chamboulée le mois dernier, alors qu’il a subitement perdu l’audition de manière irréversible. Une condition souvent méconnue dont personne n’est pourtant à l’abri.

Cette même affection avait déjà endommagé l’oreille droite de M. Lemieux en 2011. « Mais j’arrivais à fonctionner quand même. Parfois, je faisais répéter les gens, mais ce n’était rien de dramatique », explique le Sherbrookois de 56 ans. Jusqu’à ce que, le 9 octobre dernier, ce soit son oreille gauche qui fut soudainement touchée. 

« J’étais à la boutique, je faisais un téléphone avec un client. Je suis allé m’asseoir dans mon bureau. Je me sentais congestionné, parce que j’avais un rhume alors j’essayais de déboucher, mais ça ne changeait pas. Puis, une cliente est entrée et j’ai vu que ça n’allait pas du tout. Je suis rentré chez moi à la fermeture du magasin, j’ai ouvert la télé, et même avec le volume à 50, j’étais incapable de savoir si c’était en français ou en anglais. » 

Après une nuit à l’urgence, suivie de plusieurs tests et rendez-vous, le diagnostic est tombé : pour des raisons incertaines, M. Lemieux n’a plus que 32 % d’audition dans l’oreille gauche et 64 % dans l’oreille droite, un chiffre qui pourrait continuer de diminuer dans les prochaines semaines, dans les prochains mois ou même les prochaines années.

Les communications sont ainsi devenues un réel défi pour le commerçant, malgré des appareils auditifs et une capacité à lire sur les lèvres qu’il aurait tranquillement développée à son insu depuis 2011. Les conversations au téléphone sont presque impossibles et les discussions en personne nécessitent proximité et prononciation clémente. 

Plus qu’un commerce

« Je ne veux pas m’apitoyer sur mon sort. C’est ce qui m’arrive en ce moment, c’est tout. Puis, mon chien Loki me donne un bon coup de main! », explique M. Lemieux, plutôt serein derrière le comptoir de la boutique qu’il exploitera encore trois ou quatre mois.  

« C’est certain que les deux premières semaines ont été difficiles. J’ai beaucoup réfléchi, et quand j’ai pris la décision de fermer la boutique, la pression est retombée un peu. Mais j’aime beaucoup ce que je fais. J’ai des clients qui viennent me voir très émus depuis que je l’ai annoncé. J’en ai qui me visitent depuis 2003. Il y en a qui venaient de Trois-Rivières, Granby, Montréal! » partage celui qui se rendait deux fois par année en Indonésie pour refaire le plein de meubles et d’autres éléments décoratifs. 

« Ce qui va le plus me manquer, c’est la relation avec les gens à Bali. Ce ne sont plus des relations d’affaires, ce sont des amis. J’ai même appris à parler la langue locale », dit-il, n’abandonnant pas la possibilité d’y retourner, ne serait-ce qu’en visite. 

M. Lemieux a étudié la possibilité d’embaucher un remplaçant, mais l’a rapidement écartée. « Le centre-ville, ce n’est pas le Pérou pour les entrepreneurs. Dans mon domaine, les frais augmentent de plus en plus. Les frais d’importation, les examens de la douane... » partage-t-il.

Afin de liquider son inventaire, qui sera bientôt complémenté d’un conteneur qui avait déjà été commandé avant les événements, M. Lemieux offre 50 % de réduction sur ses meubles et 60 % sur les objets de décoration.  

Il ignore pour l’instant ce qui suivra pour lui, mais il envisage de trouver un nouveau travail qui sera adapté à son handicap. Il amorcera bientôt un programme offert par le Centre de réadaptation de l’Estrie, où il apprendra à composer avec son nouveau quotidien.

« Je suis allé voir l’Association des sourds de l’Estrie pour me renseigner, partage-t-il. On m’a dit que le plus difficile est au niveau psychologique. Les gens perdent patience, et ils éprouvent une certaine frustration quand ils essaient de te parler. Ce n’est pas écrit dans mon front, alors je dois souvent l’expliquer. »

Aucune façon de prévenir

L’otologiste et neurotologue Tamara Mijovic, du Centre universitaire de santé McGill, indique que la surdité subite touche entre 5 et 20 personnes par 100 000. 

« On suppose qu’elle est de nature virale (comme un rhume de l’oreille), note-t-elle. Il n’y a pas de facteurs de risque ni de façon de la prévenir. » 

De 30 à 60 % des patients verraient leur audition revenir de façon spontanée une fois l’inflammation partie. 

La Dre Mijovic soutient également qu’il est particulièrement rare que la surdité subite touche les deux oreilles d’un individu. 

« Lorsque cela se produit, on s’interroge sur des causes alternatives, notamment un problème auto-immun qui ferait en sorte que l’immunité du patient s’attaque à ses oreilles. » 

Lorsqu’une personne présente les symptômes de la surdité subite, les médecins ont 72 h pour débuter le traitement afin d’avoir les meilleures chances de renverser la perte d’audition, précise-t-elle également. 

« Le traitement implique la prise de cortisone (prednisone) par la bouche et dans bien des cas, des injections de dexamethasone à travers le tympan. »