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Le séisme d'Haïti... 10 ans plus tard
Le séisme d'Haïti... 10 ans plus tard
La ville de Port-au-Price le lendemain du séisme
La ville de Port-au-Price le lendemain du séisme

Sherbrooke en première ligne

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Le puissant tremblement de terre du 12 janvier 2010 en Haïti a causé de lourds dommages partout dans le pays dont la capitale Port-au-Prince. Des Sherbrookois y sont allés en urgence, mais continuent aussi une décennie plus tard à travailler aux côtés des Haïtiens à améliorer leurs conditions de vie.

« Le Québec tout entier s’est mobilisé pour venir en aide à Haïti. »

Originaire de Jérémie en Haïti, le Sherbrookois Wilson Saint-Jean a été touché par l’aide rapide apportée à la suite du séisme dévastateur du 12 janvier 2010.

« La région de l’Estrie s’est jointe à cette aide. Nous avons constaté les liens très forts entre le Québec et Haïti notamment parce que nous partageons les mêmes origines françaises et la même langue », signale Wilson Saint-Jean.

La mobilisation estrienne s’est aussi manifestée à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke (FMSSUS) qui a rapidement mis sur pied une équipe chirurgicale d’urgence.

Sans avoir obtenu l’autorisation des autorités gouvernementales du Québec et du Canada, le doyen de la FMSS de l’UdeS le Dr Réjean Hébert a organisé cette mission.

« Nous n’avions pas d’autorisation, mais il n’y avait pas non plus d’interdiction. Le lendemain du séisme, j’avais ouvert une cellule de crise dans mon bureau afin de mettre en place une mission d’urgence. Nous avons amassé du matériel et une équipe de chirurgiens, d’anesthésistes et d’infirmières pour aller répondre aux besoins immédiats de chirurgie et d’orthopédie », se rappelle le Dr Réjean Hébert. 

C’est par la République dominicaine, une semaine après le séisme, que le groupe dirigé par le Dr Vincent Échavé a atteint Haïti. L’équipe s’est rendue à l’hôpital Albert-Schweitzer pour soigner des survivants du tremblement de terre transportée par une camionette qui passait au hasard près d’elle après avoir été laissée en bordure de route par leur premier transport. Elle avait même dû cacher les médicaments par mesure de précaution dans ce contexte de crise humanitaire.

« L’équipe a multiplié les chirurgies pendant deux semaines à raison de dix à douze heures par jour pour opérer les fractures et éviter les amputations », signale le Dr Hébert.

Une deuxième équipe a suivi, cette fois à bord d’un vol d’aide du gouvernement canadien, pour travailler en réadaptation et en aide posttraumatique. Psychiatres, travailleurs sociaux et physiothérapeutes se sont rendus à Pétionville, en banlieue de Port-au-Prince, pour poursuivre le travail. Une mission pédagogique d’urgence a suivi par la suite en mars 2010 (voir autre texte en page 5).

« Nous avons pris un risque calculé qui a permis de faire une différence et de sauver des vies. Ces missions ont permis de jeter les bases au développement du bureau international de la FMSSUS », signale le Dr Réjean Hébert. 

Auprès de sa famille

Un mois après le sinistre, Wilson Saint-Jean s’était rendu auprès de sa famille dans son pays d’origine pour les aider dans les efforts de survie puis de reconstruction.

Wilson Saint-Jean : « Nous avons constaté les liens très forts entre le Québec et Haïti notamment parce que nous partageons les mêmes origines françaises et la même langue. »

« J’ai constaté cette dévastation notamment à Port-au-Prince. Jérémie avait été un peu plus épargné », indique Wilson Saint-Jean.

Il a cependant constaté cette pauvreté dans son village natal à laquelle il continue de s’attaquer encore dix ans plus tard en travaillant sur un projet de Maison des jeunes.

« Je travaille à ce que les jeunes puissent aller à l’école afin qu’ils développent un métier. Je mets des efforts dans une coopérative où les parents élèvent des chèvres et peuvent obtenir des rendements avec les portées. Je vise beaucoup à travailler avec les femmes dans les villages qui s’avèrent en être les piliers », estime Wilson Saint-Jean.

Ce dernier espère pouvoir donner des outils aux jeunes de son village natal afin qu’ils puissent se sortir de la pauvreté. « Les gens sont mécontents parce qu’ils constatent que la progression est lente. Il y a des choses que le gouvernement fait bien et d’autres choses moins bien dans un contexte où il n’a pas d’argent », indique Wilson Saint-Jean sans vouloir préciser davantage sa pensée sur le côté politique de son pays d’origine.