Depuis le début de la pandémie, les milieux de l’agriculture et de la transformation alimentaire estriens ont vu naître 12 éclosions de COVID-19, dont 8 sont toujours considérées actives par la Santé publique.
Depuis le début de la pandémie, les milieux de l’agriculture et de la transformation alimentaire estriens ont vu naître 12 éclosions de COVID-19, dont 8 sont toujours considérées actives par la Santé publique.

Le secteur alimentaire, casse-tête pour la Santé publique

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Depuis le début de la pandémie, les milieux de l’agriculture et de la transformation alimentaire estriens ont vu naître 12 éclosions de COVID-19, dont 8 sont toujours considérées actives. Parmi celles-ci, l’éclosion de l’entreprise d’attrapage de volaille Équipe Sarrazin, à Granby est même grimpée jusqu’à 53 personnes contaminées. Est-ce un secteur sous-estimé, ou simplement trop complexe à adapter?

La comparaison en termes de risques est difficile, répond le Dr Alain Poirier, directeur de la Santé publique de l’Estrie. D’abord parce que plusieurs éclosions sont de petite taille, mais surtout en raison de la particularité de ce milieu, où les travailleurs sont parfois portés à cohabiter et voyager ensemble, dit celui qui attribue le cas d’Équipe Sarrazin à cet aspect en particulier.   

« Une ferme, ce n’est pas une usine classique où on a quelqu’un à l’entrée pour demander si les gens ont des symptômes. Travailler sur une ferme, c’est faire 42 métiers. Ils doivent être électriciens, vétérinaires, techniciens, agronomes... tout! Ce ne sont pas des entreprises avec un bureau de santé et sécurité au travail qui veille à ce que tout le monde porte le masque. »

Et les agriculteurs, qui travaillent d’arrache-pied, ne sont pas toujours à l’écoute complète de leur corps et de leurs maux non plus, estime le Dr Poirier par expérience. 

Comme dans tous les milieux, il faut s’adapter, conclut-il, ajoutant que ses collègues entretiennent des discussions avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation ainsi que l’Union des producteurs agricoles pour bien comprendre la réalité agricole. Mais dans les fermes, les défis sont sans l’ombre d’un doute nombreux quand vient le moment de contenir une éclosion. 

« C’est un des premiers dossiers qui ont été analysés par l’Institut national de la santé publique, en mars, établit le Dr Poirier. Pour toutes les entreprises, on se demande si les gens malades peuvent s’isoler des autres. C’est toujours une question d’enquête pour voir le degré de contacts qu’il y a eu. Dans une ferme, il y a d’autres problèmes qui arrivent : les travailleurs ne sont pas si rapidement remplaçables. Ça prend une main-d’œuvre formée et fonctionnelle. Ensuite, ils sont essentiels, on ne veut pas que les gens, pour prévenir la covid, meurent de faim. Et évidemment, élever des animaux, ce n’est pas comme construire une radio. C’est des êtres vivants qui ont besoin de soins. Finalement, il faut être certains qu’on a la collaboration du propriétaire. » 

Aucune ferme ou usine agroalimentaire n’a jusqu’à maintenant été fermée complètement en Estrie, affirme cependant le Dr Poirier. La gestion des risques se fait, comme partout, au cas par cas et avec des ajustements en cours de route. 

Toute éclosion est considérée comme active si un cas a été déclaré il y a moins de 28 jours. 

Le Dr Alain Poirier est directeur de la Santé publique de l’Estrie.

Mesures adaptées 

Entre le 13 mars et le 2 novembre 2020, la CNESST (Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail) a émis 74 avis de correction à l’endroit d’exploitations agricoles dans la province, notamment pour le non-respect des mesures de prévention dans les milieux de travail comme le port des équipements de protection. Aucun d’entre eux n’a été émis en Estrie. 

Pour le secteur de la transformation alimentaire, pour les mêmes dates, la CNESST a émis 334 avis de correction pour les mêmes motifs, dont 7 étaient en Estrie. 

Parmi les éclosions qui attirent l’attention à travers la province, on compte par exemple l’usine Olymel de Princeville, qui comptait 58 personnes infectées lundi. Le modèle adopté pour assurer la continuité des activités, soit le dépistage systématique des employés restants aux frais de l’employeur, pourrait-il être appliqué à plus grande échelle? 

À ce sujet, le ministère de la Santé et des Services sociaux répond que « le dépistage systématique des travailleurs ne constitue pas une mesure de prévention recommandée par les équipes de santé publique, mais peut être considéré de façon exceptionnelle avec un ensemble d’autres mesures dans le cas d’une éclosion. »

Il tient cependant à rassurer la population : « il n’y a pas d’évidence que le virus peut se transmettre par l’ingestion d’aliments. De plus, le coronavirus ne peut pas se multiplier dans les aliments. »