Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
L’Union des producteurs agricole estime que la hausse de la taxe carbone devra prendre en compte la réalité des agriculteurs et l’absence de solutions de rechange au pétrole, sans quoi le secteur et le prix des aliment en souffriront.
L’Union des producteurs agricole estime que la hausse de la taxe carbone devra prendre en compte la réalité des agriculteurs et l’absence de solutions de rechange au pétrole, sans quoi le secteur et le prix des aliment en souffriront.

Le secteur agricole craint la hausse de la taxe carbone

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Article réservé aux abonnés
L’Union des producteurs agricoles s’inquiète devant la hausse de la taxe du carbone annoncée par le gouvernement Trudeau en décembre, elle qui clame disposer de peu de solutions de rechange au pétrole pour mener ses activités. Or, la ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, dit avoir « confiance » que le Québec saura prendre les devants et donner le congé approprié à ses producteurs, comme c’est le cas ailleurs au pays.

« J’ai assez confiance que le Québec ne va pas laisser le fédéral gérer ça et qu’ils vont faire preuve de leadership comme ils font très souvent dans le domaine de l’environnement, qu’ils vont mettre en place les mécanismes et qu’ils vont reconnaître aussi le rôle du secteur agricole et l’impact que ça aura sur eux, exprime la ministre en entrevue avec La Tribune. Parce que ce qu’on souhaite, c’est que les provinces prennent le leadership et mettent en place le mécanisme qui leur apparaît être le meilleur pour charger ce prix sur la pollution et redistribuer ses revenus. » 

Le 11 décembre dernier, le gouvernement fédéral a dévoilé son nouveau plan pour un Canada plus vert, lequel contient une hausse de la taxe sur le carbone jusqu’à atteindre 170 $ la tonne en 2030. Celle-ci s’élève actuellement à 30 $. « Au niveau du pays et dans plusieurs autres pays, tous les experts s’entendent pour dire que le prix sur la pollution, c’est une mesure incontournable », maintient Mme Bibeau. 

Rappelons que le Québec a toujours son propre mode d’application de prix sur la pollution via son marché du carbone avec la Californie, mais que celui doit être approuvé par le fédéral. Dans sa nouvelle stratégie pour le climat, le gouvernement Trudeau indique d’ailleurs vouloir « revoir les normes utilisées pour évaluer les systèmes provinciaux, également nommées “critères de référence” fédéraux, en collaboration, au cours des prochains mois, avec les provinces et les territoires ainsi qu’avec les peuples autochtones sur des propositions s’y rattachant. »

Marcel Groleau, le président de l’Union de producteurs agricoles, craint d’importants impacts sur les agriculteurs québécois avec une hausse aussi importante, alors que ceux-ci verseraient déjà 40 M$ par année au Fond vert par le biais du coût des crédits carbone facturés sur le pétrole. 

« L’agriculture est responsable de 9 % des GES au Canada. Cependant, les solutions pour réduire notre dépendance au pétrole en agriculture sont rares. L’accès au gaz naturel et au réseau électrique triphasé demeure limité à quelques localités. Étant donné que nous avons peu d’options de substitution vers des énergies vertes, la taxation du carbone dans le secteur agricole aura pour principal effet d’augmenter nos coûts et celui des aliments », a-t-il plaidé dans un éditorial publié mardi. 

Une taxe verte sur les importations ? 

Dans un même élan, M. Groleau, qui assure avoir à cœur l’environnement, déplore qu’aucune taxe ou mesure ne soit appliquée aux produits importés de pays qui ne respectent pas les accords internationaux de réduction de GES ou qui n’imposent pas à leurs agriculteurs les mêmes mesures environnementales que le Québec. « Si les coûts d’une taxe carbone, ou ceux des crédits reliés à la bourse carbone augmentent de 400 % dans les provinces canadiennes, mais que les produits alimentaires et agricoles des États-Unis et du Mexique en sont exemptés, ce sera catastrophique pour nous », dit-il. 

« C’est facile à dire, mais moins facile à faire », répond à cette critique la ministre Bibeau, qui mentionne avoir surtout un pouvoir sur la salubrité des aliments qui entrent au pays. « Quand on parle d’environnement ou du bien-être animal, c’est beaucoup plus dur à contrôler, et je pense que là, c’est le consommateur qui a le dernier mot. Nous on le voit, nos produits qui sont exportés, comment il y a de la pression pour qu’on démontre de plus en plus une agriculture durable. Heureusement, on est bien positionnés, mais il faut continuer, parce que ça va vite. 

Mais c’est le consommateur qui a le dernier mot et il parle assez fort en ce moment. »

350 M$ pour de l’agriculture plus verte

La ministre Bibeau assure que plusieurs programmes visant à aider les agriculteurs à rendre leurs pratiques plus durables sont en cours de création au sein de son ministère, notamment grâce à une enveloppe de 350 M$ reçue tout récemment. 

Une portion de 165,7 M$ sur 7 ans servira à augmenter l’adoption des technologies propres en agriculture, notamment en financement l’Initiative des laboratoires vivants, tandis que 185 M$ serviront à la création du Fonds des solutions climatiques naturelles pour l’agriculture. Des annonces sont à venir à ce sujet.