Le salaire minimum est insuffisant pour les personnes seules

Malgré la hausse du salaire minimum, qui passera à 11,25 $ lundi, les personnes seules ne disposeront toujours pas d'un salaire suffisant pour subvenir à leurs besoins et se sortir de la pauvreté, selon une note socioéconomique de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS). À Sherbrooke, une personne seule devrait compter sur un revenu de 13,32 $ de l'heure, avec un emploi à temps complet de 37,5 h, pour que son salaire soit viable.
L'IRIS définit le salaire viable comme le « salaire horaire qui permettrait à un salarié à temps complet de non seulement couvrir ses besoins de base, mais de se doter d'une marge de manoeuvre pour sortir de la pauvreté ». Après s'être intéressé à Montréal et Québec en 2015, l'IRIS a étendu ses calculs à trois nouvelles villes en 2016, et a ajouté Sherbrooke et Gatineau en 2017.
À l'échelle du Québec, le salaire viable moyen serait de 13,15 $. En retirant les personnes avec des enfants du calcul, il passe à 15,04 $. « Les couples avec enfants ont droit à des transferts généreux de la part des gouvernements. Ce n'est pas que c'est injuste qu'ils reçoivent ces transferts, mais une personne seule ne peut pas s'en sortir avec son simple revenu d'emploi si elle travaille au salaire minimum », explique Philippe Hurteau, chercheur à l'IRIS. La situation est préoccupante, selon lui, d'autant plus que les personnes seules comptent pour 57 % de la population échantillonnée.
À Sherbrooke, la directrice générale de Moisson Estrie, Geneviève Côté, rapporte que les personnes seules représentent la majorité des nouvelles demandes d'aide depuis un an. « Quand il y a une dépense imprévue, elles ne peuvent pas arriver. Elles ne peuvent pas diviser les coûts fixes comme celui du téléphone ou de l'électricité. En 2016, la hausse des demandes provenant de personnes seules ayant un salaire a été flagrante. »
Pour calculer ses statistiques, l'IRIS a créé trois paniers de dépenses types, soit pour une famille de quatre avec deux enfants, pour une personne seule et pour un ménage monoparental avec un enfant. On y inclut la nourriture, le loyer, l'électricité, le téléphone, les soins personnels, entre autres.
En tenant compte de tous ces besoins, un ménage sherbrookois de quatre personnes aurait besoin de 50 162 $. Il n'y a qu'à Trois-Rivières que les dépenses annuelles seraient moins élevées. Une personne seule aurait besoin de 22 266 $ alors qu'une personne monoparentale avec un enfant en CPE devrait disposer d'au moins 31 376 $. À la lumière de ces données, le salaire viable d'un couple avec deux enfants serait de 8,49 $ à Sherbrooke. Il grimpe à 9,48 $ pour le ménage monoparental.
Parmi les trois cas de figure, « le ménage de quatre personnes et la famille monoparentale ont des revenus disponibles plus élevés que leur revenu brut. Cela tient au fait que les ménages avec enfants à charge ont droit à des prestations gouvernementales », lit-on dans la note socioéconomique, notamment en référence à l'Allocation canadienne aux enfants (ACE). « Une famille de quatre à bas revenu peut recevoir près de 12 000 $ dans une année en ACE, ce qui aidera à stabiliser sa situation. »
Selon Philippe Hurteau, le gouvernement fait déjà sa part pour aider les travailleurs « au bas de l'échelle. Une certaine responsabilité doit être prise par les employeurs. Il y a un gain important d'autonomie, d'indépendance et de sécurité quand les revenus proviennent du marché plutôt que de transferts gouvernementaux, parce que les subventions sont toujours à la merci du prochain gouvernement ».
M. Hurteau lance l'idée d'une régionalisation du salaire minimum. « Il n'y a eu aucune étude sur le sujet, alors je ne peux pas dire si c'est une bonne ou une mauvaise idée, mais c'est peut-être une avenue qui pourrait être explorée. Il faudrait voir quel impact ça aurait sur la mobilité des travailleurs, mais il y a peut-être de l'espace pour y réfléchir. » À titre d'exemple, le salaire viable moyen pondéré de 13,15 $ serait suffisant pour un couple avec deux enfants dans toutes les villes étudiées, sauf Sept-Îles, alors qu'il serait insuffisant pour les personnes seules à Montréal, Québec, Sept-Îles, Gatineau et Sherbrooke.