Contenu commandité
Le retour des braves
actualités
Le retour des braves
Le territoire ancestral des Abénaquis, le N’dakinna, s’étend d’est en ouest de la rivière Etchemin, près de Québec, jusqu’à la rivière Richelieu, près de Montréal. Il s’arrête au nord au fleuve Saint-Laurent et descend jusqu’à la ville de Boston aux États-Unis. L’Estrie est donc en plein centre du territoire jadis occupé par la nation abénaquise et recèle bon nombre d’artefacts et de signes de leur présence. La Tribune vous présente plusieurs initiatives ou projets pour mettre en valeur ou redécouvrir la culture autochtone dans la région.
Partager
Au cœur de la nation abénaquise

Actualités

Au cœur de la nation abénaquise

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Les visiteurs du Parc régional du Mont-Ham dans la municipalité d’Ham-Sud en Estrie ont l’embarras du choix pour découvrir l’histoire et la culture des Premières Nations qui ont parcouru le territoire pendant des milliers d’années. Ils peuvent visiter l’Espace Abénakis, parcourir le Sentier des légendes, admirer la statue Awdowinno au sommet de la montagne ou même louer un tipi pour y passer la nuit dans le secteur Waban-Aki. Ce partenariat entre le Parc et le Grand Conseil de la Nation Waban-Aki (GCNWA) est unique au Québec.

« C’est un bel échange, ça nous fait des infrastructures intéressantes et ça attire les touristes, explique Frédéric Therrien, coordonnateur du Parc régional du Mont-Ham. Pour les Abénaquis, ça fait connaître leur histoire. Tout le monde est content. C’est un partenariat ben le fun. »

Pour Denys Bernard, directeur général du GCNWA situé à Wôlinak près de Trois-Rivières, ce projet est un exemple de belles relations avec les Premières Nations.

« C’est un statement qu’on fait en disant que c’est notre territoire ancestral, mais qu’on le partage avec nos amis, mentionne-t-il. C’est unique ce qu’on fait. Il y a certaines communautés qui vont investir autour d’eux, mais on est à une heure d’auto et on a réussi à convaincre tout le monde. »

Une montagne d’importance

Le mont Ham avait une importance significative pour la nation abénaquise, selon Suzie O’Bomsawin, directrice du département des consultations territoriales au GCNWA.

« La région du mont Ham possède des vestiges archéologiques qui remontent à des milliers d’années, explique-t-elle. Il y a donc une présence autochtone. Et encore aujourd’hui, c’est un secteur utilisé par nos membres pour des activités traditionnelles comme la chasse et la pêche. On est vraiment capable de tracer une continuité d’utilisation par les membres de la nation. »

« Par contre, contrairement à d’autres monts dans les environs, on n’a pas trouvé son toponyme en langue abénaquise, ajoute-t-elle. Il s’est perdu au cours des années. Le mont Orford était un mont d’importance aussi et on n’a pas trouvé son toponyme non plus. »

Un sentier illuminé

Un grand projet se dessine peu à peu au Parc régional du Mont-Ham, celui de réaliser un sentier illuminé avec des hologrammes pour faire revivre l’histoire des Premières Nations.

« C’est embryonnaire, mais on veut faire un genre de Foresta Lumina complètement différent », explique Frédéric Therrien.

Pour Denys Bernard, qui est également membre du conseil d’administration du Parc régional du Mont-Ham, il est primordial que ce genre d’attraction parle aussi de la réalité d’aujourd’hui.

« Je ne veux pas juste voir des plumes dans ce projet-là, lance-t-il. Il faut faire quelque chose qui va parler du passé, mais aussi des Autochtones d’aujourd’hui. Les traditions, on peut les créer et ce qu’on crée aujourd’hui va faire partie du passé et de l’histoire un jour. » 

Ce serait une attraction disponible l’hiver aussi pour attirer des touristes durant la saison morte. Car il est possible de monter au sommet de la montagne en plein hiver, mais avec des crampons.

« On a moins de monde l’hiver, mais ça augmente, admet M. Therrien. En janvier et février derniers, on a eu environ 1500 personnes chaque mois. »

Un sentier de ski de fond qui fait le tour de la montagne est également dans les plans.

L’Espace Abénakis est un centre d’interprétation au Parc régional du Mont-Ham mettant en valeur de la culture abénaquise.

40 000 visiteurs

L’an dernier le Parc régional du Mont-Ham a franchi pour la première fois le cap des 40 000 visiteurs. À titre comparatif, il y a six ans, le parc attirait environ 18 000 touristes par année.

Et malgré ou à cause de la COVID, l’année 2020 risque d’être la meilleure de l’histoire du parc.

« On a fini juillet avec plus de 20 000 visiteurs alors qu’on en avait eu 15 000 l’an dernier, mentionne Frédéric Therrien. Je pense qu’on va terminer l’année avec plus de visiteurs que l’an dernier. Il y a une fois et demie le nombre habituel de visiteurs sur le site. On a l’impression qu’on est toujours durant les couleurs à l’automne. »

Le projet Camping au sommet est déjà complet pour toute l’année 2020.

« À un moment donné, on va être rendu à limiter les gens, admet M. Therrien. Avec l’achalandage qu’on a en ce moment, je commence à réfléchir, parce qu’on ne veut pas avoir 4000 personnes par jour. On a mis en place la billetterie en ligne et notre but, c’est qu’on ne puisse plus acheter à l’accueil. Il y a des billets en ligne et s’il n’y en a plus, c’est terminé et tu ne viens pas au Mont-Ham. »

Un tourisme plus «authentique»

actualités

Un tourisme plus «authentique»

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Le tourisme autochtone est en plein essor et la COVID pourrait bien lui avoir donné l’erre d’aller nécessaire pour s’envoler. De nombreuses communautés utilisent maintenant le tourisme comme activité économique principale.

« Le tourisme autochtone est de plus en plus intéressant et recherché, lance d’emblée Suzie O’Bomsawin, directrice du département des consultations territoriales au Grand Conseil de la Nation Waban-Aki. À mon avis, ce qui est surtout motivant pour nous, c’est de véhiculer une image authentique et de reprendre le contrôle sur ce qu’est le tourisme autochtone. C’est de véhiculer une image réaliste et non ce que les touristes veulent bien voir de nous. »

Mme O’Bomsawin indique que le tourisme autochtone permet aussi d’ouvrir un dialogue et de répondre aux questions des visiteurs qui sont toujours très nombreuses. Elle donne le statut Awdowinno au sommet du mont Ham en exemple.

« Les gens nous demandent pourquoi la statue n’a pas de coiffe avec des plumes et porte un chapeau, souligne-t-elle. On leur mentionne que ça ne faisait pas partie de notre héritage et d’autres discussions en découlent. »

Le musée des Abénakis à Odanak, qui existe depuis plus de 50 ans, est d’ailleurs en train de renouveler son exposition permanente.

« Les touristes pourront avoir un regard renouvelé sur nous-mêmes, souligne Mme O’Bomsawin. On est en train de faire tout le travail d’introspection. Il y a plusieurs communautés qui prennent cette tangente en proposant des séjours en forêt ou de rencontres avec des aînés pour apprendre à faire des objets traditionnels. C’est hyper emballant et les touristes sont vraiment intéressés. »

Habituellement, sur les 15 000 visiteurs annuels du musée, on compte principalement des touristes européens ou des gens qui viennent d’autres régions. Ce que Suzie O’Bomsawin observe en ce moment avec les impacts de la COVID, ce sont des gens de la région qui viennent visiter le musée.

« Ça fait du bien d’avoir des discussions avec des touristes européens qui ont énormément de clichés sur les peuples autochtones, mais d’avoir ce dialogue-là avec les gens de la région, c’est aussi intéressant. »

Une pointe de flèche polie de 5000 ans retrouvée à Weedon [VIDÉO]

actualités

Une pointe de flèche polie de 5000 ans retrouvée à Weedon [VIDÉO]

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
 Des archéologues fouillant un champ à Weedon la semaine dernière ont découvert un bel artéfact : une pointe de flèche polie pouvant dater de 5000 ou 6000 ans, qui appartenait aux Premières Nations. « C’est exceptionnel pour nous, ça ne faisait même pas partie de mes rêves! » lance Claude Chapdelaine, professeur au département d’anthropologie à l’Université de Montréal.

En Estrie, seule une quinzaine de pointes comme celle-ci ont été découvertes. Et c’est l’une des régions où il y en a le plus dans tout le Nord-Est américain. « La quasi-totalité des flèches pour aller à la chasse sont taillées. On taille une matière qui se transforme facilement. Donc 99 % des pointes sont taillées. Un artisan peut en faire une en deux heures, tandis qu’une pointe polie, avec de la patience, peut prendre une journée entière », explique le professeur, ajoutant que ces pointes polies avec un pédoncule pour faciliter l’emmanchement sont très rares.

Les professionnels peuvent s’estimer chanceux d’avoir trouvé cet artéfact. « On ne voit pas ce qui est dans le sol. À l’aveugle, la seule solution est de multiplier les sondages. Et la flèche a été retrouvée dans le mur du sondage. Si on avait creusé trois ou quatre centimètres plus à l’est, on ne l’aurait pas trouvée. Ça prend de la chance, mais aussi de la persévérance », pense celui qui compte quatre décennies d’expérience dans ce domaine.

Beatrice Fletcher, une étudiante au doctorat à l’Université McMaster, a découvert cette pièce unique. « C’était la base qui était dans le mur, je ne savais pas ce que c’était. J’ai donc tiré. Je me suis dit wow, c’est quelque chose de vraiment spécial! » dit celle qui, lors d’une fouille en Oregon, avait trouvé des outils taillés dans des os, une autre découverte très spéciale. 

Avant que la pointe prenne le chemin d’une exposition, elle sera envoyée à l’UdeM pour être cataloguée. 

À gauche, une pointe de flèche taillée et à droite, une pointe de flèche polie. La première prenait environ deux heures à faire, tandis que la deuxième prenait une journée. Le professeur Chapdelaine estime que 99 % des pointes trouvées sont taillées.

Autre découverte

Un peu plus loin sur un site adjacent, un vase a également été découvert. « Par sa forme et sa décoration, il peut dater de l’an 1400, indique le professeur. Ça nous donne un âge, donc une période. Il servait à cuire des aliments. On savait qu’il y avait des Amérindiens jusqu’à l’arrivée des Européens, donc c’est un autre indice qui nous permet de documenter toute la nature humaine en Estrie. »

« Les femmes ont presque toujours été les patronnes de l’univers domestique, analyse le passionné d’archéologie. C’est encore plus vrai à cette époque. C’étaient des groupes nomades qui se sédentarisaient très peu. Mais ils avaient un grand circuit et prenaient ce qui était bon d’ailleurs. La poterie a probablement été faite en Estrie. Mais si je l’avais trouvée dans la vallée du Saint-Laurent, là où l’agriculture était rentable, ç’aurait été le vase d’une agricultrice. Ici, c’est le vase d’une femme qui est à la mode, qui a peut-être fait ça en imitant ce qu’elle a vu dans la vallée du Saint-Laurent. »

Malgré ces découvertes, le site Fortier de Weedon n’est pas aussi riche que ce que les archéologues espéraient. « Ici, on a trouvé des artéfacts dans presque tous les sondages. Mais pas en quantités qui nous inciteraient à revenir. Notre objectif serait de trouver un endroit qui nous inciterait à revenir. Pour l’instant, le rendement est modeste », convient le professeur. 

+

L’archéologue-animateur au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke Éric Graillon et le professeur au département d’anthropologie à l’Université de Montréal Claude Chapdelaine ont conclu le 14 aout leurs fouilles sur le site Fortier de Weedon.

L’Estrie, un territoire fertile pour les fouilles archéologiques

Les archéologues considèrent que l’Estrie est un territoire fertile pour les découvertes d’artéfacts autochtones.

« À cause de son réseau hydrogra-

phique, l’Estrie est un endroit de choix. Ça permettait de passer du bassin versant de l’Atlantique au Saint-Laurent, via la rivière au Saumon, la rivière Eaton, etc. », dit Éric Graillon, archéologue-animateur au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke. 

À l’époque, l’Estrie était occupée par des peuples nomades. « Ils ne passaient pas l’année ici, explique M. Graillon. Selon les endroits, ils arrêtaient quelques jours, une soirée ou quelques semaines. Mais ils étaient en mouvement. Ils pouvaient parcourir de grandes distances. » 

« Les matières premières vont nous informer sur les réseaux d’échange et sur les déplacements, renchérit M. Graillon. Si on a beaucoup de matériaux locaux, on voit qu’ils connaissent bien les ressources d’ici. S’il y a beaucoup de matériaux d’ailleurs, c’étaient peut-être des gens de passage ici. Tranquillement, ça nous permet de documenter tout ça. »

Saisons chaudes

Par exemple, le site Fortier de Weedon était visité par les Premières Nations lors des saisons chaudes, car il est près de l’eau. « On ne le saura jamais de façon précise, mais ils peuvent rester plus longtemps au même endroit, grâce aux ressources aquatiques. L’été, ils peuvent vivre confortablement de la pêche. Et quand arrive la fin de l’été, c’est le temps de la chasse. Mais s’ils restent ici, combien ont-ils de chances de voir un chevreuil se promener? Donc ils vont à l’intérieur des terres, et là, les archéologues perdent leurs traces », indique le professeur au département d’anthropologie à l’Université de Montréal Claude Chapdelaine.

Lors des fouilles qui ont été effectuées sur le site de Kruger il y a quelques années, les archéologues ont trouvé des matériaux venant du Maine et du lac Champlain. « C’est ce qui est intéressant ici en Estrie, c’est qu’on peut trouver de l’originalité des Amérindiens qui s’étaient adaptés aux ressources locales, mais en tout temps, font partie de grands réseaux. Et ça change d’une période à l’autre. Ici, c’est clair qu’ils sont connectés avec la vallée du Saint-Laurent », pense le professeur, qui a également travaillé sur le site Cliche-Rancourt à Lac-Mégantic, où son équipe et lui ont trouvé les premières pointes à cannelure au Québec. 

Du popcorn à la dinde aux atocas

actualités

Du popcorn à la dinde aux atocas

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Il y a peut-être plus d’abénaquis dans votre alimentation que vous ne le croyez. Si l’agriculture d’aujourd’hui n’a que très peu de similitudes avec celle de ce peuple autochtone, il n’en demeure pas moins que les Abénaquis ont inspiré de nombreuses collations toujours populaires auprès des Québécois.

Le maïs soufflé, les pâtes de fruits séchées et les graines de tournesol ou de citrouille sont des exemples que nomme Lysanne O’Bomsawin, vulgarisatrice historique autochtone et chef du traiteur Québénakis, pour en fournir la preuve. 

« La particularité des Abénaquis, c’est qu’ils étaient chasseurs-cueilleurs en plus de faire l’agriculture, avance-t-elle. Ça leur offrait une alimentation plus diversifiée, mais qui ne leur permettait pas de prendre trois repas par jour. On ne mangeait qu’un seul repas par jour, qui était le soir. Sinon, on mangeait des petites grignotines à gauche et à droite. Que ce soit du maïs fleuri, qui est en fait du maïs soufflé, sur lequel on ajoutait du sirop d’érable ou du sucre d’érable, ou que ce soit du pemmican, un mélange de viandes séchées avec de la graisse animale, des avelines et des petits fruits. On pouvait même déshydrater les petits fruits. »

Quoi d’autre? Ces fameux cornets au sucre d’érable qui ont la cote pendant le temps des sucres. « Nous, on mettait de l’écorce de bouleau enroulée autour du sucre d’érable. Quelques cabanes à sucre le font encore de cette manière-là. » 

Comme l’apport nutritionnel était plutôt léger au courant de la journée, celle-ci se terminait donc avec un gros mijoté, explique Mme O’Bomsawin. 

« La grosse couche de graisse qu’on retrouvait à la fin de la cuisson, on la mangeait à la cuillère. C’est un peu comme nos parents qui graissaient leurs toasts. Quand on parle d’héritage, je dirais qu’il y a beaucoup de choses qui se sont faites pendant plusieurs centaines d’années dans la culture canadienne-française, anglaise et européenne en raison des Autochtones. Ça, c’est clair. »

Elle n’hésite pas non plus à mentionner les combinaisons de viandes et de fruits dans une même assiette, comme la fameuse dinde aux atocas, qui était traditionnellement mangée lors du vrai été des Indiens. « Le vrai été des Indiens, c’est le redoux avant que l’hiver commence. Il faut qu’il y ait eu la première neige. C’était le moment de troc crucial où on pouvait échanger nos récoltes. 

« La dinde, qui était dans notre cas du dindon sauvage, est un peu l’héritage qu’ont laissé les Autochtones en lien avec l’Action de grâces ici et aux États-Unis. »  

Les cucurbitacées, lorsque plantées, aidaient les jardins abénakis à éloigner les pestes tout en préservant le sol de sécheresse ou de mauvaises herbes. En prime, leurs graines faisaient d’excellentes collations à consommer au courant de la journée pour ce peuple toujours en mouvement, ajoute la chef et vulgarisatrice historique.

Les trois sœurs 

Lorsqu’on parle d’agriculture autochtone, tant chez les Iroquoïens que les Abénaquis, on s’arrête nécessairement sur les trois sœurs, soit la culture en symbiose de la courge, du maïs et du haricot. 

« Le maïs sert de tuteur au haricot, qui va s’enrouler autour. Les feuilles de courge recouvrent le sol au complet, et gardent nos seulement la terre plus humide plus longtemps, mais elles ont en plus des petits piquants qui éloignent les prédateurs. On s’entend aussi que le maïs qu’on mange aujourd’hui, le maïs sucré, c’est une autre variété. À l’époque, c’était ce qu’on appelle le maïs blanc canadien, qui sert surtout à faire de la farine. »  

Ce type de jardin, presque oublié aujourd’hui, consistait à tout planter en cercle : le maïs au centre, entouré des haricots, puis des courges, qui serviront de barrières. « Au bout de ça, on met des tournesols, qui servaient non seulement à faire du lait de tournesol, mais aussi des graines qu’on mangeait en collation », note la cheffe, qui précise qu’à l’inverse des Iroquoïens, les Abénaquis n’accordaient aucun soin à leur jardin. 

Certaines îles de la rivière Saint-François ont ainsi sûrement accueilli des cultures des Abénaquis, puisque les nomades s’assuraient de planter là où les ravageurs se rendraient difficilement, avant de s’éloigner jusqu’au temps des récoltes.

L’UdeS cultive les savoirs autochtones

actualités

L’UdeS cultive les savoirs autochtones

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
La traditionnelle culture des trois sœurs, soit la symbiose de la courge, du maïs et du haricot, est en vedette depuis 2019 sur le campus de l’Université de Sherbrooke, où un jardin autochtone a été aménagé par le professeur d’histoire Tristan Landry et ses étudiants. Désirant immerger ses étudiants dans la culture autochtone, celui-ci invite maintenant pour une deuxième année un conférencier abénaquis afin d’approfondir leurs connaissances sur la culture de ce peuple. Cette année, la rencontre traitera principalement d’herboristerie, puisqu’il a fait l’ajout d’un bac de plantes médicinales aux abords du potager.

« Certaines des plantes que j’ai plantées sont typiques de la pharmaceutique des Autochtones, tandis que d’autres ont été amenées par les Européens, dit-il. C’est un héritage métissé. On a par exemple l’achillée millefeuilles, qui est indigène des deux continents, ou bien le tabac sacré, qui est propre aux Autochtones et qui est bien différent du tabac canadien. Il avait des usages médicinaux, mais était aussi fumé lors de cérémonies. On a voulu rendre hommage à ça. »

À la suggestion de Lysanne O’Bomsawin, qui était invitée l’an dernier, des tournesols et du tabac canadien ont aussi été plantés dans le jardin autochtone cet été, notamment pour leurs propriétés de pesticides naturels. Cet ajout s’est révélé être un fort succès, selon M. Landry.

Le jardin autochtone du campus de l’Université de Sherbrooke se porte à merveille cette année, particulièrement grâce à l’ajout de tournesols et de tabac canadiens, qui éloignent les pestes. Un bac de plantes médicinales a même été ajouté.
Métisser les discussions par la nourriture

Actualités

Métisser les discussions par la nourriture

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
À la fin de chaque repas qu’elle sert comme cheffe à domicile à travers la province, Lysanne O’Bomsawin troque les ustensiles pour sa voix. Dans un souci de communion des peuples autochtones et québécois, l’Abénaquise d’Odanak offre aux convives l’occasion de poser toutes les questions qui les démangent, qu’elles soient de nature politique, spirituelle ou culturelle.

« Les gens posent souvent les mêmes questions, établit-elle. Ce sont les mêmes questions qui m’ont été posées dans les années 1980 : si c’est vrai qu’on ne paie pas de taxes, pas d’impôt, qu’on peut chasser n’importe où, n’importe quoi, n’importe quand et sans ratio... Tout est bâti sur des préjugés, et mon but est de les déconstruire. Pour s’en sortir, il faut que les gens connaissent. Et pour que les gens connaissent, il faut qu’on en parle. »

La propriétaire du traiteur Québénakis, qui comporte aussi un volet corporatif, ne se considère pas militante, mais plutôt « comme quelqu’un d’impliqué et qui se doit d’avoir une mission de transmettre de l’information ».  

Elle bâtit donc des liens tout d’abord à travers une expérience culinaire métissée, pour ensuite ouvrir tout grands les esprits sur le passé, le présent et l’avenir des Premières Nations. La Loi sur les Indiens, qu’elle estime bien peu comprise, est souvent au cœur des discussions.  

« Pendant le souper, je donne aussi de l’information sur le type de nourriture qu’ils vont manger et sur le pourquoi j’ai choisi ce plat-là. Évidemment, c’est de l’inspiration autochtone, parce que si on mangeait réellement ce qu’ils mangeaient dans le temps, tout le monde mourrait d’une crise cardiaque à la fin de la soirée! La raison pour laquelle j’arrive à tisser des liens avec les gens, c’est justement parce que je métisse mes plats. Moi, je métisse tout. Pour qu’un peuple évolue, il faut qu’il y ait des mélanges de bagages. » 

Or, au lieu d’un malaise cardiaque, les gens arrivent bien souvent à une tout autre conclusion lors de la soirée, témoigne Mme O’Bomsawin : « les gens sont rendus à demander ce qu’ils peuvent faire pour essayer de nous aider. On part donc de “ vous autres, on sait bien ” à “ qu’est-ce qu’on peut faire pour t’aider? ” C’est là que je les amène à éduquer d’autres personnes de leur entourage. » 

Pour le moment, les services de chef à domicile de Mme O’Bomsawin sont sur pause en raison de la pandémie. L’entrepreneure occupe actuellement le poste de gérante au Moulin Michel de Gentilly. « J’y apporte ma touche historique! », dit-elle. 

Lysanne O’Bomsawin est chef propriétaire du traiteur Québénakis et vulgarisatrice historique autochtone.
Une présence millénaire

actualités

Une présence millénaire

Jean-François Gagnon
Jean-François Gagnon
La Tribune
Le site de la maison Merry, à Magog, est bien connu. Offrant une vue superbe vers la rivière Magog et le lac Memphrémagog, l’endroit permet à la fois de goûter la nature et la vie urbaine. Mais n’allez pas croire que la célèbre famille Merry a découvert le lieu avant tout le monde. Car les Autochtones ont fait escale sur place d’innombrables fois lors de leurs déplacements, et ce, durant des millénaires.

Selon des fouilles archéologiques récentes, des Autochtones séjournaient déjà sur les terrains de la maison Merry il y a 4000 ans de cela. Il faut dire que le lac Memphrémagog agissait un peu comme un aimant sur les Premières Nations. On retrouve en effet 20 sites archéologiques tout autour de ce plan d’eau long de plus de 40 kilomètres.

Un inventaire ayant pour objectif de déterminer le potentiel archéologique du terrain de la vieille résidence a d’abord été réalisé en 2013. Puis, en 2017-2018, on a procédé à des fouilles plus importantes quand on a restauré la demeure ancestrale, qui joue aujourd’hui un rôle de « lieu de mémoire citoyen ».

« L’objet le plus vieux qu’on a trouvé sur place remonte à 4000 ans et c’est un fragment d’outil. Ce qu’on sait maintenant, entre autres, c’est que le lieu était un site de taille de pierres. On a ainsi retrouvé beaucoup d’éclats de pierre, en quelque sorte des déchets résultant de l’activité qui se pratiquait sur place », explique Geneviève Dorion-Bélisle, chargée de projets à la maison Merry.

Les fouilles sur le terrain ont également permis de découvrir des pointes de projectiles et des morceaux de poteries. Chacun de ces objets raconte une partie de l’histoire de l’endroit.

Mme Dorion-Bélisle ne peut dire quelles étaient la ou les nations qui fréquentaient le site il y a 4000 ans. « On se limite donc à parler d’une présence autochtone pour cette époque », reconnaît-elle, ajoutant qu’un vaste territoire d’échanges entre nations a existé en Amérique dans les siècles suivants.

Cela dit, elle désigne clairement les Abénaquis lorsqu’on l’invite à nommer un ou des peuples qui ont foulé le site de la maison Merry au cours des derniers siècles. « Ils habitaient beaucoup au Nouveau-Brunswick et sur la Côte Est. Et ils avaient des territoires de chasse dans la région. »

La légende de Memphré

Si le terrain de la maison Merry attirait les peuples autochtones bien avant l’arrivée des colons, ce serait notamment parce qu’il est situé à l’extrémité nord du lac Memphrémagog, à l’endroit même où la rivière Magog prend naissance.

« Le terrain sur lequel la maison prend place est surélevé par rapport à l’eau. Mais l’eau n’est pas trop loin malgré tout. Les sites d’occupation étaient toujours un peu en hauteur parce qu’ils ne voulaient pas subir d’inondation », fait valoir Geneviève Dorion-Bélisle.

Et le monstre du lac Memphrémagog dans tout ça, les Autochtones le connaissaient-ils? Le craignaient-ils? Ce n’est pas parfaitement clair. Mais il semble que la légende de Memphré a pu naître à cette époque.

« Dans les carnets de Ralph Merry IV, il est noté que les Autochtones ne se baignent pas. Pourquoi? À cause d’un serpent qui se promènerait dans le lac. Ce n’est pas surprenant parce que toutes les légendes ont un certain lien avec le passé », affirme Mme Dorion-Bélisle.

Historien amateur et plongeur sous-marin émérite, le regretté Jacques Boisvert soutenait pour sa part que les peuples autochtones avaient inventé la légende de Memphré pour faire peur aux enfants et éviter qu’ils soient emportés par les flots tumultueux de la rivière Magog.

Une exposition

Afin d’attirer l’attention sur le passé autochtone de la région, la maison Merry avait planifié présenter une nouvelle exposition d’importance à compter du 21 juin dernier. Mais finalement son inauguration a été reportée au printemps 2021.

« On s’approchait des étapes majeures de la production et on était en pleine pandémie. On a donc décidé de reporter d’une année l’inauguration, par prudence. On a annoncé ça en avril avec un gros pincement au cœur. »

Dans le but d’offrir une exposition qui soit la plus complète et éducative possible, l’équipe de la maison Merry travaille en collaboration avec le Grand conseil de la nation Waban-Aki ainsi que le Musée des Abénakis. « Notre objectif n’est pas seulement de parler de ce peuple au passé, mais aussi au présent parce qu’il continue de contribuer à notre société encore aujourd’hui », insiste Geneviève Dorion-Bélisle.

On peut contempler une vue superbe vers la rivière Magog et le lac Memphrémagog depuis la maison Merry.

+

Une exposition virtuelle sur les Premières Nations

Après trois ans de travail, le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke a lancé sa nouvelle exposition virtuelle intitulée Archéo-Saga, l’origine du peuplement des Cantons-de-l’Est. L’exposition offre du matériel éducatif pour les écoles et des activités virtuelles. On y présente également les résultats des fouilles de trois sites : Gaudreau de Weedon, Kruger 2 de Sherbrooke et Cliche-Rancourt de Lac-Mégantic. L’exposition peut-être consultée dans la section « expositions virtuelles » au www.mns2.ca. Tommy Brochu


+

Rappel d’une importante découverte

L’École de fouilles du département d’anthropologie de l’Université de Montréal a relevé de 2002 à 2012 les traces des premiers humains à occuper le Québec, il y a plus de 12 000 ans. Des pointes à cannelures avaient été découvertes par l’équipe de Claude Chapdelaine, preuve d’une occupation du territoire très ancienne. 

« Ç’a dépassé tous nos espoirs, car en 2003, en une semaine d’intervention, on a trouvé les deux premières pointes à cannelure au Québec. Cette pointe, liée à une technologie développée dans l’Ouest américain. Les Clovis, les premiers qui sont partis de l’Est vers l’Ouest, auraient pu coloniser le Québec. Mais en 2003, il n’y avait que le Québec où il n’y avait pas de sites avec pointes à cannelure », explique le professeur. Tommy Brochu