Après plus de 10 ans aux commandes de leur établissement de la rue Peel, Stéphane Lo Ré et Sybille Blachier accrochent leur tablier. Ils fermeront le Restaurant Lo Ré le 24 décembre prochain. D’ici là, ils continuent d’offrir leur service de plats pour emporter.
Après plus de 10 ans aux commandes de leur établissement de la rue Peel, Stéphane Lo Ré et Sybille Blachier accrochent leur tablier. Ils fermeront le Restaurant Lo Ré le 24 décembre prochain. D’ici là, ils continuent d’offrir leur service de plats pour emporter.

Le restaurant Lo Ré fermera ses portes

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
Après plus de 10 ans aux commandes du restaurant Lo Ré, Stéphane Lo Ré et Sybille Blachier accrochent leur tablier. L’institution de la rue Peel fermera définitivement ses portes le 24 décembre prochain.

« Ce sera l’un des rares Noëls qu’on passera en famille depuis très longtemps », résume le chef restaurateur sherbrookois. 

La décision est mûrie. Pleinement assumée, aussi. 

« Quand on a lancé le restaurant, en 2009, on s’était dit qu’on s’engageait pour dix ans. La décennie est passée. En janvier dernier, on a pris trois semaines de vacances. C’était la première fois en 25 ans. Entre Paris, Londres et l’Espagne, on a eu le temps de prendre du recul. De réfléchir. J’ai toujours dit que la restauration, ce n’est pas des sacrifices tant qu’il y a du plaisir. »

Et là, il y avait moins de plaisir. 

« En étant au loin, en dehors du rythme quotidien, on a réalisé, Sybille et moi, qu’on était devenus prisonniers de notre propre entreprise. »

Le couple réfléchissait donc déjà à la possibilité de passer le flambeau quand la Covid est venue bousculer le monde de la restauration. 

« La pandémie n’est pas l’élément déclencheur de notre virage, mais elle est venue confirmer ce qu’on envisageait. Pour nous, il est temps de passer à autre chose. On a fait le tour de ce qu’on pouvait faire ici en région. On a réussi à mener le projet qu’on avait de créer un restaurant qui aurait une certaine notoriété. On avait de bons commentaires de la clientèle, on faisait partie du top trois de Trip Advisor. On ferme donc avec le sentiment du devoir accompli. Sans regret et sans amertume. » 

Mais tout de même avec une petite inquiétude pour le monde de la restauration, qui subit les contrecoups des mesures qu’impose la pandémie. 

« Je pense que les gens oublient parfois à quel point c’est un métier exigeant, la restauration... Là, le problème avec la Covid, c’est que les mesures permettent aux plus grosses chaînes de s’enrichir, mais elles risquent appauvrir les plus petits établissements », souligne le chef originaire d’Aix-en-Provence.

À plus large échelle, c’est la signature culinaire du Québec qui risque d’en pâtir, selon lui. 

« Nous, on est arrivés au Québec il y a 22 ans. Il n’y avait pas autant de belles tables que maintenant. Les Normand Laprise et Daniel Vézina ont contribué à créer une identité culinaire québécoise. J’ai peur que ce qui se passe avec les restos fragilise ce bel élan qu’on avait. »

Le chef ne sait pas encore ce qu’il fera en janvier. Et à vrai dire, ça ne l’inquiète pas un iota. 

« Je n’ai jamais eu peur de prendre des risques, de faire des virages. La vie est trop courte pour ne pas oser plonger dans l’inconnu. On a vendu la bâtisse à un investisseur, alors pour nous, la fin du restaurant, c’est comme une séparation heureuse. Il faut qu’on savoure le nouveau rythme qui se dessine devant nous, qu’on prenne un peu de temps. À moins qu’une opportunité insoupçonnée arrive, on va en profiter pour sortir un peu du tourbillon où tout va toujours très vite, surtout qu’on sera grands-parents pour la première fois en début d’année. »

Celui qui a toujours privilégié la fraîcheur et les aliments du marché dans sa cuisine (qu’il qualifie d’instinctive) insiste aussi sur l’importance de son équipe et de son chef, Martin Fortier. 

Parmi les beaux souvenirs, il gardera en tête la dernière soirée du restaurant avant le passage de l’Estrie en zone rouge, il y a quelques jours. 

« Le resto était plein à l’intérieur et sur la terrasse à l’extérieur, dans les limites de ce que nous permettaient les consignes de la santé publique, bien sûr. Nos deux filles étaient là, l’une à une table avec des amis, l’autre au travail en salle avec nous. C’était une soirée magnifique, comme lors de l’ouverture. Si on doit garder cette image comme étant la dernière du restaurant, elle est heureuse. »

La seule ombre au tableau, c’est de ne pas pouvoir dire au revoir à la clientèle comme il l’aurait souhaité. Celle-ci ne peut pas venir s’attabler au Lo Ré mais, pour quelques semaines encore, elle peut profiter des délices qui sortent de sa cuisine. Les plats pour emporter continueront d’être offerts par l’établissement du centre-ville jusqu’à la veille de Noël.