Manoushka Bien-Aimé et Riziki Mkandama ont un parcours différent. La première est née au Canada d’un père haïtien et d’une mère québécoise. La deuxième est née dans un camp de réfugiés tanzanien de parents originaires de la République du Congo. Elles ont en commun la conscience que le racisme existe encore, même quand il se manifeste subtilement. – Photo La Tribune,
Manoushka Bien-Aimé et Riziki Mkandama ont un parcours différent. La première est née au Canada d’un père haïtien et d’une mère québécoise. La deuxième est née dans un camp de réfugiés tanzanien de parents originaires de la République du Congo. Elles ont en commun la conscience que le racisme existe encore, même quand il se manifeste subtilement. – Photo La Tribune,

Le racisme vu par des jeunes en 2020

Quand une portion du peuple américain et de la planète s’est indignée de la mort de George Floyd, la Sherbrookoise Manoushka Bien-Aimé a reçu une vidéo d’une de ses amies d’enfance.

« C’était une vidéo d’excuse. Elle s’excusait parce qu’au primaire, elle m’avait dit qu’on ne pouvait pas jouer ensemble parce qu’on était différentes », raconte l’adolescente de 17 ans qui fréquente l’école Montcalm.

À LIRE AUSSI: De la honte à l’honneur d’être Noir

« Je ne m’en rappelais plus, mais ça m’a touchée », ajoute celle qui est née en Estrie d’un père haïtien et d’une mère québécoise.

Née dans un camp de réfugiés en Tanzanie de parents originaires de la République du Congo, Riziki Mkandama est arrivée au Québec à 6 ans et celle qui termine son secondaire 5 au Collège Mont Notre-Dame a déjà réfléchi longuement à son identité.

« C’est difficile de réaliser que chaque fois que je croise un Québécois blanc, il doit faire l’action de m’accepter comme je suis alors que moi, quand je croise un individu, je ne pense pas au fait que je doive l’accepter ou le tolérer », explique-t-elle.

« Les gens ne voient pas uniquement moi quand il me regarde. Ils voient toute l’histoire derrière moi. Je porte l’étiquette d’immigrante alors que tout le monde vient d’ailleurs quand on y pense. On est tous issus de l’immigration », ajoute Riziki.

Les deux adolescentes n’ont pas connu l’époque où le racisme s’écrivait noir sur blanc sur des affiches « Interdiction aux Noirs d’entrer » et n’ont pas vécu d’épisode de violence physique. Mais parfois, elles se questionnent.

« Maintenant, c’est tellement subtil que je n’ose souvent pas intervenir. Mais ça m’affecte quand même », note Manoushka

Des amis qui chantent des chansons qui utilisent le « N Word » comme si de rien n’était devant elles. Des gens qui présument qu’elles sont nées ailleurs ou ont été adoptées. Des questions bidons sur les Noirs comme si elles représentaient tous les Noirs de la planète.

Manoushka est allée porter un CV avec une de ses amies (blanches) dans une boutique. Les deux avaient une expérience de travail similaire et le magasin cherchait plusieurs employés, mais seule son amie a été embauchée. « Est-ce un hasard? Je ne sais pas. Mais c’est quand même un drôle de hasard », résume l’adolescente.

Quand Riziki est allée porter son CV dans un Subway, un client a riposté qu’il ne voudrait jamais se faire servir par une négresse. L’adolescente a quitté sans dire un mot.

« Il y a plusieurs microagressions. La semaine passée, une amie me montrait une vidéo Tik Tok où deux garçons étaient en vedette, et elle me dit : ils sont beaux pour des Noirs. C’est violent en tabarouette. Je me suis aussi déjà fait traiter de négresse en marchant dans la rue », témoigne Riziki.

« Mais ce qui me fâche le plus, ce sont ceux qui disent qu’il n’y a pas de racisme ici, car ils pensent que le racisme se limite à l’esclavage ou aux Noirs qui se font tuer pour rien », ajoute celle qui exprime aussi sa réalité en slamant.

La famille de Riziki a changé de quartier en juillet dernier. La plus jeune de la fratrie a quitté une école où il y avait de nombreux immigrants pour une école où elle est la seule Noire de son niveau, voire de l’école au complet. Elle s’est fait dire par des enfants de son âge que « c’était une école de Blancs et qu’elle n’avait pas d’affaire là ».

« Elle se replie sur elle-même et elle est triste. Et quand elle se choisit des personnages dans les jeux électroniques, elle est toujours une Blanche aux cheveux blonds », déplore Riziki.

« C’est difficile d’être différent. En même temps, je connais le Congo, la Tanzanie et le Québec alors je connais le monde dans lequel on vit et ça me rend plus empathique. Et c’est ce que je veux donner à mes enfants, une humanité », conclut Riziki qui invite la population à participer à la Marche de solidarité à George Floyd, le 7 juin.

Le départ aura lieu à 10 h au Marché de la Gare.