Maxim Beauregard Dionne, un commissaire de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS), a fait le choix, avec sa conjointe, de déménager au Nouveau-Brunswick afin de donner de meilleures chances à leur fillette présentant une déficience intellectuelle légère.

Le Québec doit s’inspirer du Nouveau-Brunswick

Le Québec a des leçons à tirer du Nouveau-Brunswick en matière d’intégration des élèves handicapés. « Le Québec a beaucoup à apprendre de leur structure, de leur mode de fonctionnement », commente Nadia Rousseau, professeure titulaire à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

« Au Nouveau-Brunswick, c’est probablement la première ou la deuxième province où il y a le plus d’expérience en matière d’inclusion », commente celle qui a écrit plusieurs livres sur le sujet, dont La pédagogie de l’inclusion scolaire.

La Tribune racontait mercredi l’histoire de Maxim Beauregard Dionne, un commissaire de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) qui a fait le choix, avec sa conjointe, de déménager au Nouveau-Brunswick afin de donner de meilleures chances à leur fillette présentant une déficience intellectuelle légère. 

M. Beauregard Dionne a annoncé mardi qu’il démissionne de son titre de commissaire. Il a du même coup remis en question les façons de faire de l’organisation en matière d’intégration des élèves HDAA (en situation de handicap, en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage) et les lacunes du système scolaire québécois. Il estime que le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx, qu’il a rencontré en mai dernier, ne propose rien de concret en termes d’inclusion.

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En dépit de leur déménagement prochain, l’élu démissionnaire et sa conjointe ont demandé une révision de décision à la CSRS dans le dossier de leur enfant. Le couple souhaitait que leur fille de bientôt six ans soit intégrée en classe régulière, plutôt que dans une classe spécialisée de l’école LaRocque. Ils réclamaient aussi la mise en place d’un plan d’intervention avant la rentrée scolaire. Les élus scolaires ont maintenu à l’unanimité la décision de placer l’enfant dans la classe de retard de développement. La résolution adoptée mardi soir prévoyait toutefois d’entamer la démarche menant à l’élaboration du plan d’intervention dès l’automne.

Majoritairement, lorsqu’on s’intéresse à cette question, la classe spécialisée doit constituer le dernier choix, et non le premier, fait remarquer Mme Rousseau. Celle-ci dit comprendre le choix des parents de vouloir une classe régulière. « Les enfants gagnent beaucoup, au plan social et au niveau du développement de langage en fréquentant les classes ordinaires. Mais ça ne veut pas dire que dans le parcours, la classe spécialisée ou programme individualisé ne se mettra pas en place; on parle souvent du secondaire, je dirais même au deuxième cycle. » Mme Rousseau est directrice du réseau REVERBERE, qui s’intéresse aux meilleures pratiques à travers le pays.

Elle note que le Québec est très ancré dans une structure médicale. « Dans les approches plus inclusives, on valorise beaucoup le vivre ensemble, apprendre ensemble, respecter les forces de l’un et les limites de l’autre... Davantage que l’approche plus médicale où à partir d’un diagnostic, on va prendre une décision. »

« Le cri d’alarme, c’est bien qu’il l’ait fait. On a beau dire que oui, on veut intégrer davantage, il faut se mettre en action. La politique de réussite éducative (déposée par Québec), elle nomme l’inclusion scolaire pour la première fois. Il y a un peu plus de leadership; c’est un pas dans la bonne direction. » 

Afin de mettre en place les conditions favorisant l’inclusion, un mécanisme devrait être mis en place pour valoriser les commissions scolaires qui vont vers cette voie, croit Mme Rousseau. Elle rappelle que ce sont les commissions scolaires qui organisent les services, et leurs façons de faire ne sont pas toujours en ligne droite avec les politiques de Québec. Celles-ci devraient pouvoir garder leurs couleurs locales tout en étant cohérentes avec les approches ministérielles. 

En entrevue avec La Tribune, M. Beauregard Dionne faisait remarquer que la politique d’adaptation scolaire québécoise comporte plusieurs anachronismes. Celle-ci a été dévoilée en 1999. « C’est une politique qui date. Ce qu’on trouve souvent, c’est que les élèves HDAA peuvent être en classe régulière si ça ne dérange pas les autres », image Mme Rousseau, en notant qu’une telle approche ne rejoint pas la philosophie plus inclusive. 

Des plaintes en hausse à la Commission des droits de la personne 

Le nombre de plaintes pour discrimination d’élèves HDAA a augmenté depuis près de 20 ans à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ). Dans un rapport dévoilé en juin, la CDPDJ recommande notamment d’avoir un seuil de ressources spécialisées afin de s’assurer de répondre adéquatement aux besoins des élèves ayant des besoins particuliers.

La commission a lancé un cri d’alarme à l’ensemble du réseau scolaire québécois, dont au ministère de l’Éducation, « qui devra assumer un leadership plus vigoureux ». 

L’étude dévoilée montre une « situation alarmante » aux yeux de la CDPDJ. Un rapport contenant 22 recommandations s’adressant au ministère de l’Éducation a été déposé, dont la proposition d’avoir un seuil de ressources spécialisées.

« Le personnel spécialisé consacre son temps à émettre des diagnostics, qui servent à aller chercher du financement. Ça ne laisse pas beaucoup de temps aux professionnels pour faire les suivis », commente le président par intérim de la commission, Philippe-André Tessier. La CDPDJ s’est engagée publiquement à faire le suivi de ces recommandations auprès du gouvernement. 

Entre 2000 et 2014, la commission ouvrait en moyenne 27 dossiers d’enquête en intégration scolaire annuellement, comparativement à une moyenne de 21 dossiers par année entre 1979 et 1999.  La commission note toutefois que le nombre de plaintes liées à l’inclusion scolaire a diminué en 2017-2018.

« Les 200 000 élèves HDAA du Québec méritent nettement mieux que de quitter le secondaire, sans diplôme ni qualification pour 40 % d’entre eux, une situation qui ne s’est pas améliorée dans les 20 dernières années. Nous devons collectivement assumer nos responsabilités pour que ces jeunes puissent prendre la place qui leur revient au sein de l’école québécoise, afin d’assurer leur participation sociale, ainsi que leur intégration en emploi par la suite », avait commenté M. Tessier en juin. 

Le commissaire démissionnaire de la CSRS Maxim Beauregard Dionne et sa conjointe Martine Locas Beauchesne ont déposé une plainte en lien avec le dossier de leur fille à la CDPDJ. M. Tessier précise qu’il ne peut avancer si celle-ci est jugée recevable ou non.