La Ville de Sherbrooke procède au débranchement des chauffe-eau des citoyens qui participaient au programme de délestage

Le privé prend le relais du délestage des chauffe-eau

Alors que la Ville de Sherbrooke procède au débranchement des chauffe-eau des citoyens qui participaient au programme de délestage pour réduire la consommation d'énergie en période de pointe, une entreprise privée s'apprête à procéder à un projet-pilote sur des chauffe-eau sherbrookois... pour du délestage.
Rappelons que le Ville a choisi de renoncer à son programme de délestage après que l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) eut soulevé les risques de contamination à la légionellose associés à cette pratique. La réalisation d'études jugée trop longue, la Ville a choisi de donner la priorité à la santé de ses citoyens.
Ironiquement, c'est précisément au même moment qu'aboutissent deux ans de travail de l'entreprise CaSA, qui a pignon sur rue à Saint-Mathieu-de-Beloeil et qui collabore avec CanmetÉNERGIE. « Notre projet n'est pas lié à Hydro-Sherbrooke. C'est un hasard que nous utilisions le même territoire », assure Martin Fassier, président et directeur général de CaSA.
« Nous avons développé une technologie pour nous assurer que l'eau du chauffe-eau demeure toujours à la bonne température, d'abord pour une question de confort. Notre équipement surveille la température de l'eau et ne fait pas du délestage à l'aveugle. »
En théorie, si la température demeure assez élevée, les risques de légionellose pourraient être éliminés. « Le lien entre cette maladie et les chauffe-eau ne fait pas l'unanimité, même chez les scientifiques. Personne n'a démontré de lien direct. Nous travaillons avec des comités de scientifiques. La compagnie de chauffe-eau Giant, avec qui nous sommes partenaires, travaille avec un laboratoire américain sur la question de la légionellose. Au Québec, il n'y a que l'INSPQ qui voit un risque. Elle ne dit pas qu'il y a un réel danger. Elle dit qu'elle ne sait pas. Nous, nous nous sommes tournés vers des gens qui savent. Nous n'avons pas la preuve infaillible que ce n'est pas dangereux, mais nous avons des tonnes de données. »
La technologie utilisée par CaSA, développée par un chercheur issu de l'Université de Sherbrooke, calcule « à quel point on peut transformer le chauffe-eau en batterie pour conserver la chaleur sans exiger davantage d'énergie. Les gens ne devraient pas être punis et prendre une douche froide parce qu'ils participent à un programme de délestage ».
CaSA espère mener un projet-pilote touchant 400 propriétaires volontaires à Sherbrooke à partir de l'automne. L'étude durerait 52 semaines. « Nous voulons toucher les quatre saisons pour étoffer la science et mesurer la consommation de l'eau chaude selon les saisons. »
« Toute la légitimité »
À Hydro-Sherbrooke, le directeur général Christian Laprise confirme ne pas être impliqué dans le projet-pilote. « Leur analyse n'a pas de rapport avec la gestion de pointe comme nous souhaitions le faire. C'est certain que nous nous intéresserons à leurs résultats, mais ce n'est pas une technologie que nous connaissons. Nous ne pouvons donc pas en mesurer le potentiel. »
M. Laprise confirme également que CaSA a toute la légitimité pour mener son projet-pilote. Il indique qu'Hydro-Sherbrooke est intéressée à un projet de chauffe-eau sans légionellose. « C'est très embryonnaire. Nous n'avons rien présenté au conseil encore. »
La direction de la Santé publique de l'Estrie a été approchée pour accompagner CaSA dans l'évaluation de son projet mais a référé l'entreprise à l'Institut national de santé publique du Québec, parce que c'est cette organisation qui avait émis les recommandations de santé concernant les risques associés au délestage des chauffe-eau.