Le porc importé sera taxé au profit de la promotion et de la recherche

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Le porc importé contribuera désormais à financer la promotion et la recherche dans le secteur du porc canadien. En plein suspense électoral de l’autre côté de la frontière, la ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire Marie-Claude Bibeau a annoncé jeudi la création de l’Office canadien de promotion et de recherche sur le porc (OCPRC), qui pourra compter en majorité sur le porc américain pour cette nouvelle source financement.

Le nouvel organisme, l’OCPRC, collectera également les prélèvements d’importation interprovinciale déjà en vigueur afin de centraliser le financement. Les taux fixés par les provinces ne changeront cependant pas. L’ampleur du prélèvement sur les importations sera d’ailleurs fixée en fonction du taux de prélèvement provincial le plus bas, soit celui du Manitoba, qui est de 0,75 $ par porc. Au Québec, le taux est de 1,17 $ par porc. 

« J’aurais mieux aimé une moyenne, quelque chose de plus substantiel, mais les règles sont là et on va vivre avec », commente David Duval, président des Éleveurs de porc du Québec. 

La nouvelle, qu’il juge très positive, était tout de même attendue depuis « très longtemps », affirme celui qui avait lui-même plaidé en sa faveur en 2015 lorsque le Conseil canadien du porc en avait formulé la demande. « On voyait que ça existait du côté du bovin mais il n’y avait rien pour nous. De l’autre côté de la frontière, on avait un prélevé qui était pris de la part des Américains sur chaque porc qu’on exportait alors on se disait : pourquoi pas nous aussi ? Surtout qu’avec le gouvernement conservateur à l’époque, et ça n’a pas changé depuis un certain temps, il y avait une certaine diminution de l’aide qui était donnée, que ce soit au niveau du marketing ou de la recherche. Ça va nous aider substantiellement à aller encore plus loin. » 


« On comprend qu’on avait toujours des enjeux parce que les États-Unis, c’est quand même un compétiteur. »
David Duval

L’équivalent existe effectivement déjà du côté du bœuf, via l’Agence canadienne de prélèvement du bœuf. Celle-ci génère environ 7,5 M$ chaque année. 

En 2017, on estimait que 5 % de la viande de porc consommée par les Québécois était importée de l'international, et 16 % importé des autres provinces canadiennes. Les États-Unis sont de loin les plus grands fournisseurs de porc importé au pays, à raison de 500 millions de lb par année. Il s’agit d’une première en ce qui concerne la taxation de cette viande. 

« On comprend qu’on avait toujours des enjeux parce que les États-Unis, c’est quand même un compétiteur pour nous, et on comprend qu’avec le gouvernement en place, on avait toujours peur des représailles. Même chose du côté de la Chine, où nous n’étions pas en bonne position du point de vue des éleveurs. Mais à un moment donné si on a toujours peur d’avoir peur, on n’avance pas », conclut M. Duval.  

Marie-Claude Bibeau

22 M$ par année

On estime que l’OCPRC récoltera et redistribuera 22 M$ par année, dont 2 M$ provenant des importations. Celui-ci devrait débuter ses activités dans les prochains mois, indique le cabinet de la ministre Bibeau. 

Selon la ministre Bibeau, l’Office canadien de promotion et de recherche sur le porc répondra finalement aux besoins exprimés par les producteurs, notamment la solidification des marchés et la création de conditions gagnantes pour attirer les investissements dans le secteur. « En faisant valoir la grande qualité du porc québécois et canadien, l’Office va rendre possibles plus d’activités de mise en marché ici et à l’étranger. Il va aussi mener des activités de recherche pour aider [les] entreprises à devenir plus compétitives », a-t-elle prononcé lors de l’Assemblée générale annuelle virtuelle des éleveurs de porc du Québec, jeudi avant-midi. 

L’organisme contribuera également à atténuer et à gérer les risques de la peste porcine africaine en investissant dans des activités de recherche qui pourraient renforcer la biosécurité et la surveillance dans les exploitations agricoles, ajoute-t-elle également. 

Au Canada, ce sont 2,5 milliards de lb qui sont exportés par année, dont la moitié aux États-Unis. 

Le volume des exportations canadiennes de viande de porc aurait augmenté de 17 % cette année en comparaison avec 2019, selon les statistiques du Ministère. 

Rappelons que le Québec est la plus importante province exportatrice de porc au pays et qu’en 2017, elle détenait 6 % des parts du marché mondial. Environ 70 % de sa production porcine est vendue à l’étranger.