Edgard Gonzalez et Joannie Paquette produisent environ 1000 galons de sirop d'érable à toutes les années.
Edgard Gonzalez et Joannie Paquette produisent environ 1000 galons de sirop d'érable à toutes les années.

Le plus exotique des acériculteurs 

Lorsqu’ils se sont rencontrés, Joannie Paquette, de Cookshire-Eaton, et Edgard Gonzalez, qui a grandi à Miami, avaient deux choix : habiter sous le doux soleil de la Floride ou dans le froid de la campagne québécoise. Si le choix semblait facile, c’est finalement l’homme d’origine nicaraguayenne qui a immigré au Québec pour y devenir sans doute l’un des « sucriers » les plus exotiques de la région.

Cette décision permet à Joannie Paquette de réaliser son rêve : celui de reprendre le Chalet des Érables, l’érablière familiale que ses parents ont achetée en 2000. Son mari s’occupe des 5000 entailles, des produits transformés, de la tire et de la mise en conserve, tandis qu’elle s’occupe de la cuisine, de la salle de réception de 200 places et de la comptabilité.

« Ici, tu as le temps de profiter des moments avec ta famille, exprime M. Gonzalez, qui entame sa sixième saison à la cabane. La première fois que je suis venu, c’était l’été. Je voyais des gens faire du vélo avec leurs enfants, c’était différent de Miami, où tout est rapide. Les gens travaillent tout le temps, ils n’ont pas de temps à passer avec leur famille. Je me suis demandé où je voulais voir mes enfants grandir. On a choisi le Québec. »

Bec sucré

Edgard Gonzalez n’aurait jamais imaginé devenir propriétaire d’une érablière, lui qui ne connaissait même pas le sirop d’érable. Il se rappelle très bien la première fois qu’il a goûté au produit qui fait la fierté des Québécois. « C’était vraiment sucré! Depuis ce temps, je mets du sirop d’érable partout. Le goût est excellent. J’ai fait le test avec du sirop de table, du sirop de maïs et du sirop d’érable et j’ai dit : “wow, il y a une énorme différence” », raconte celui qui pensait que « le sirop d’érable était comme du sirop de poteau ».

Le Nicaraguayen rappelle qu’une cabane à sucre, c’est du travail 52 semaines par année. « On a toujours quelque chose à faire, quelque chose à réparer, couper du bois pour le feu, etc., confirme-t-il. Pour moi, travailler, c’était de faire ses huit heures, retourner à la maison, décrocher et recommencer. Ici, c’est tout au long de l’année. C’est différent, mais agréable. Tu le fais pour toi et pour ta famille, et tu y prends plaisir. »

Qu’est-ce que M. Gonzalez amène de sa culture à cette cabane à sucre? « Je ne pense rien amener, dit l’acériculteur. C’est la culture québécoise. J’apprends sur un sujet dont j’ignorais l’existence. C’est une belle chose pour moi. C’est vraiment important pour moi que tout soit parfait et que tout soit fait de la bonne façon. Et pour moi, la bonne façon, c’est celle que le père de ma femme a pratiquée durant presque 20 ans. J’ai beaucoup appris de lui. Sinon, je vais sur Internet et je fais des recherches pour essayer de comprendre certains trucs. »

Le couple, qui a deux jeunes enfants, travaille fort. Il se considère d’ailleurs chanceux de pouvoir compter sur les parents de Joannie Paquette. « La seule manière de garder une bonne santé psychologique, c’est de ne pas compter ses heures! rigole Mme Paquette. On n’est pas à plaindre. C’est comme ça pour toutes les érablières. »

Lorsque le temps des sucres se termine, Joannie Paquette occupe un emploi au Tassé, un café de quartier dans l’Est de Sherbrooke. Le latté à l’érable est d’ailleurs fait avec le sirop du Chalet de l’Érable. 

La saison arrive

Les cabanes à sucre se préparent actuellement pour le temps des sucres. « On a de beaux redoux qui s’annoncent, analyse Mme Paquette. On espère avoir une belle saison pour le sirop. Le téléphone sonne de plus en plus pour les repas. Les érables ont coulé en février, on a été chanceux. L’eau n’était pas très sucrée, mais on a pu faire notre premier baril de sirop. »