Lynda Dion est de celles qui croient que l’écriture n’est pas suffisamment enseignée.—

Le plaisir d’enseigner l’écriture

Le concours littéraire Sors de ta bulle s’approche de ses 15 ans d’existence. Depuis sa création, des centaines d’élèves ont plongé dans leur imaginaire pour coucher des histoires sur papier. Certains ont depuis fait leur marque avec leur plume ou la feront certainement. L’enseignante en français Lynda Dion, de l’école secondaire Montcalm, est celle qui a mis au monde cette activité qui déborde largement d’un simple concours et qui en est à sa 14e édition.

« Sors de ta bulle », ce n’est pas qu’un nom : c’est aussi ce qui permet à des jeunes de s’extraire de leur cocon d’écriture, voire de leur isolement, pour partager avec leurs camarades. D’abord ouvert aux jeunes de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS), le concours est maintenant ouvert aux élèves de La Ruche de Magog.
« Les jeunes qui aiment écrire et lire, ce sont souvent ceux qui rasent les murs », pense Lynda Dion, qui a déjà publié trois romans tout en poursuivant sa carrière d’enseignante.
À cet âge, les jeunes n’ont pas encore d’ego littéraire : on peut tout leur apprendre, tout est encore possible.
Le concours littéraire a remporté le prestigieux prix Robert-Bourassa récemment, un prix remis par le ministère de l’Éducation.
L’anniversaire de Sors de ta bulle coïncide aussi avec la naissance du cours de création littéraire donné par Lynda Dion.
« Les cours de création littéraire se donnent au cégep, à l’université, mais il n’y en a pas au secondaire. Au moment où j’ai fait ma recherche, j’ai fouillé partout au Québec, voir s’il y avait des options spécifiques consacrées à cela, nulle part. Souvent, il y a des professeurs qui ont des projets de création avec des étudiants dans le cadre des cours de français. Mais pour moi, ce qui est vraiment intéressant, c’est de ne pas être dans un contexte d’enseignement du français — on s’entend, on fait du français quand même — mais c’est pas l’objectif. L’objectif est vraiment de les emmener à découvrir une voie littéraire et de monter la barre le plus haut possible, pour qu’ils soient face à des auteurs contemporains. Je ne me substitue pas aux professeurs de littérature qu’ils vont rencontrer au cégep ensuite... mais je les dévergonde complètement », note l’enseignante. Elle entend par là que le cours est pour les élèves un moment d’exploration.
Lynda Dion est de celles qui croient que l’écriture n’est pas suffisamment enseignée.
Il y a maintenant près de 30 ans que Lynda Dion gravite dans l’univers de l’école secondaire Montcalm. Cette native de Québec a d’abord été animatrice socio-culturelle à La Frontalière de Coaticook, avant d’atterrir à Sherbrooke.
« C’est fou parce que je me suis mariée quatre fois, j’ai déménagé cinquante fois, image-t-elle. Je ne suis pas à première vue très stable, mais l’élément stable de ma vie, c’est l’école Montcalm. Si tu m’avais dit à l’époque que j’allais rester aussi longtemps, je n’aurais jamais pensé ça. Je m’y suis trouvée tellement bien... »
Au fil des ans, Lynda Dion a tâté différentes formes d’art : la chanson, le théâtre, l’écriture... Il faut dire qu’elle baigne dans cet univers. Son père, Eddy Dion, peint et vend ses toiles dans le magnifique décor de Charlevoix. Ariane Deslions et sa quincaillerie musicale, ça vous dit quelque chose? C’est la (grande) fille de Lynda Dion. L’enseignante qui transmet sa passion aux élèves a toutefois décidé de se consacrer plus particulièrement à l’écriture. « Je m’étais promis qu’à 40 ans, j’aurais publié. C’est là où j’ai décidé d’arrêter de faire du théâtre. »
Un quatrième roman
Lynda Dion publiera cet hiver un quatrième roman, Grosse, où elle abordera la question de l’image corporelle.
« J’en ai parlé un peu avec la Déferlante, mais là, j’y vais à fond de train. J’ai eu une période d’anorexie-boulimie intense. J’étais sur le point de me trancher le ventre. J’ai réalisé huit dessins, à l’époque... Je n’arrivais plus à écrire ni à chanter. C’est en dessinant que j’ai vu que ça n’allait pas. » Ses dessins se retrouveront dans son livre.
Déjà bardée de plusieurs diplômes, elle a entrepris un doctorat en création littéraire avec l’Université du Québec à Rimouski. « C’est un projet de retraite en création. »  Ce grand tournant viendra d’ici deux ou trois ans. Dans le cadre de son doctorat, l’enseignante planche sur un autre manuscrit, l’Ahouffouë, qui traite notamment de l’Afrique, où elle séjourné à plusieurs reprises.

Repères
Originaire de Québec;
Maman d’une fille;
Auteure de trois romans;
Elle publiera un quatrième roman cet hiveré