Antonin-Xavier Fournier

Le leadership de Trudeau remis en cause, croit Antonin-Xavier Fournier

La crise dans laquelle s’est embourbé le Parti libéral du Canada affecte directement le premier ministre Justin Trudeau selon Antonin-Xavier Fournier, professeur de sciences politiques au Cégep de Sherbrooke.

« Ce qui est remis en cause dans cette histoire, c’est le leadership du premier ministre, et ça, c’est grave, indique-t-il. Si le premier ministre a des problèmes de leadership depuis deux ou trois ans et que cette crise est la goutte qui fait déborder le vase face à un premier ministre qui a de la difficulté à prendre de bonnes décisions et à donner des directives claires, c’est de très mauvais augure en prévision des élections. »

« Il y a deux avenues possibles pour cette crise, poursuit-il. Soit M. Trudeau fait preuve de leadership et sa position est renforcée ou soit, au contraire, il continue d’alimenter la crise avec des déclarations malhabiles. »

Les élections sont toutefois assez loin pour donner la chance au Parti libéral de retomber sur ses pieds, selon M. Fournier.

« Les élections sont dans huit mois, précise-t-il. On dit qu’une journée c’est long en politique et qu’une semaine c’est une éternité. Le budget Morneau arrive. Je crois qu’il y a une stratégie de la part des libéraux de tourner la page avec le prochain budget. »

Historique de chicanes

Antonin-Xavier Fournier tient à rappeler que le Parti libéral du Canada n’en est pas à ses premières escarmouches internes.

« Au Québec on a souvent tendance à parler des chicanes du Parti québécois, soulève-t-il. Mais il y a un autre grand parti politique qui a beaucoup tendance à avoir des divergences et des divisions au cours des 30 ou 40 dernières années et c’est le Parti libéral du Canada. Rappelons-nous la guerre entre les clans Chrétien et Martin. Il y a eu aussi beaucoup de rivalité dans les années 1980 pour savoir qui allait succéder à Pierre-Eliott Trudeau. Peut-être que toute cette affaire révèle en réalité des guerres entre plusieurs clans à l’intérieur du Parti libéral. Ça pourrait entre autres expliquer la démission de Jane Philpott. »

Séparation des pouvoirs

Selon M. Fournier, le bureau du premier ministre n’a pas non plus menacé l’indépendance du pouvoir judiciaire en appelant au bureau de l’ex-procureure générale Jody Wilson-Raybould.

« À l’évidence, personne ne nie qu’il y a eu des appels du bureau du premier ministre au bureau de l’ancienne ministre de la Justice, résume-t-il. Lorsque le premier ministre appelle un ministre pour discuter d’un dossier chaud, il a la pleine légitimité pour le faire. C’est lui le général en chef du conseil des ministres et Mme Wilson-Raybould est membre du conseil des ministres, elle n’est pas juge. Il n’y a pas eu de fautes en termes de séparation des pouvoirs. Jamais dans les interventions du bureau du premier ministre, on ne s’est attaqué à l’indépendance du pouvoir judiciaire. »