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Voilà plusieurs mois que John Ofrias, confiné à sa résidence de New York avec sa mère nonagénaire, craint qu’une guerre civile n’éclate dans son pays, divisé plus que jamais depuis les dernières années.
Voilà plusieurs mois que John Ofrias, confiné à sa résidence de New York avec sa mère nonagénaire, craint qu’une guerre civile n’éclate dans son pays, divisé plus que jamais depuis les dernières années.

«Le jour le plus sombre de l’histoire américaine»

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
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« C’est fou, c’est absolument fou, c’est incroyable ! » Il avait beau craindre le pire depuis plusieurs mois déjà, John Ofrias est incrédule face à l’escalade de violence qui a mené à l’assaut sur le Capitole dans la capitale américaine, mercredi après-midi.

« Je l’ai vu venir, je l’ai prédit, mais même en regardant tout ça se dérouler devant mes yeux, je n’y croyais pas. Je suis encore sous le choc, et je suis dégoûté. C’est aussi très triste, renchérit l’Américain qui possède également un domicile à Sutton et auquel il n’a pas pu se rendre depuis près d’un an. On marque un tournant dans l’histoire des États-Unis, ce sont des journées importantes dont on va se rappeler très longtemps... et pas nécessairement pour les bonnes raisons. »

Voilà plusieurs mois que M. Ofrias, confiné à sa résidence de New York avec sa mère nonagénaire, craint qu’une guerre civile n’éclate dans son pays, divisé plus que jamais depuis les dernières années. « Je ne suis pas surpris de voir la violence que je vois à Washington. Je vois la violence dans la banlieue de New York. De la façon dont les gens conduisent leur voiture et de la façon dont les gens poussent leurs chariots dans les épiceries... » illustre-t-il.


« J’ai suffisamment de connaissances sur l’histoire des États-Unis pour savoir qu’aujourd’hui était peut-être le jour le plus sombre de l’histoire américaine. »
John Ofrias

« Ce qui s’est passé aujourd’hui est l’apogée de la période la plus violente que j’ai vécue de toute ma vie, renchérit-il. On sous-estime actuellement l’impact que ce qu’on vit va avoir sur notre futur. »

« En fait, j’ai suffisamment de connaissances sur l’histoire des États-Unis pour savoir qu’aujourd’hui était peut-être le jour le plus sombre de l’histoire américaine. Une foule de personnes les plus ignorantes et les plus préjugées des États-Unis a été incitée par le président des États-Unis à se livrer à un coup d’État faible pour le maintenir au pouvoir », ajoute le psychologue et enseignant en sciences sociales.

Même si l’élection présidentielle s’est conclue il y a tout juste deux mois par la victoire du démocrate Joe Biden, les partisans du président sortant Donald Trump continuent de soutenir ce dernier et de crier à la fraude électorale. « Encore aujourd’hui, il y a des gens qui se promènent avec des affiches pro-Trump sur leur voiture ou qui les ont laissées sur leur terrain après l’élection. Les gens brandissent aussi des drapeaux américains, mais ce qui s’est produit aujourd’hui, c’est tout sauf américain », lâche M. Ofrias qui, citant le défunt auteur russe Isaac Asimov, rappelle que « la violence est le dernier refuge de l’incompétence ».

« J’ai peur de ce qui peut se passer d’ici le 20 janvier [ndlr: date de l’assermentation du président Biden], poursuit-il, souhaitant que l’émeute mène à une prise de conscience au sein de la population. J’espère que c’est aujourd’hui qu’on a touché le fond et qu’on va apprendre de ce qui s’est passé. »

John Ofrias attribue la responsabilité des tristes événements à M. Trump, qui selon lui a tout fait pour mobiliser ses partisans et qui a attisé leur mécontentement pour les inciter à passer à l’acte. « Il essaie de s’en laver les mains, mais même si ce n’est pas lui qui a allumé le feu, il y ajoute constamment de l’huile », souligne l’Américain pour qui une presse libre et forte est le meilleur rempart à ces attaques sur la démocratie.

« Ce n’est pas Donald Trump en soi qui est inquiétant. Il est un produit de notre société, il est un produit des États-Unis d’Amérique, poursuit-il. Ce qui me perturbe le plus, ce sont les gens de mon entourage et de ma famille, certains qui me sont très proches, qui le soutiennent encore et qui ne voient pas tout ce qu’il incarne. C’est ce qu’ont dû ressentir certaines personnes en Italie à l’époque de Mussolini ou en Allemagne à l’époque d’Hitler. »