Simon DuBois était heureux de s’arrêter à Sherbrooke, après avoir terminé la a Clipper Round the World Yacht Race.

Le grand retour de Simon DuBois

Quelques jours après avoir terminé la Clipper Round the World Yacht Race où son équipe et lui se sont classés deuxième, Simon DuBois dit ressentir un certain « stress » à l’idée de replonger dans la vie normale, celle où il n’aura pas de constantes poussées d’adrénaline. De l’adrénaline, il n’en a pas manqué pendant les huit étapes de la course qui ont fait franchir à lui et son équipe plus de 40 000 miles nautiques (75 000 km) depuis leur départ de Liverpool en août 2017.

N’empêche : celui qui a eu trente ans en mer était prêt pour le retour. Il est heureux de retrouver sa douce, qu’il a épousée quatre semaines avant le coup d’envoi de la course. Sa conjointe est allée à sa rencontre à quelques reprises pendant son périple, notamment à Sydney, à Seattle et à New York. 

« Elle m’a surpris en Irlande pour notre anniversaire de mariage. Elle s’était organisée avec les gars de l’équipe... On s’est vu aux quatre mois, ce qui n’a quand même pas été facile. » C’est toujours au moment de repartir que c’était plus difficile, raconte celui qui était chef de quart sur le voilier. La plus longue étape sans toucher terre a été de cinq semaines. 

La Clipper Race, décrit-il, est la seule course en équipage autour du monde pour amateur et se divise en huit grandes étapes. Celle-ci n’est pas sans risque : un compétiteur a perdu la vie et un bateau s’est échoué. Le taux d’abandon a d’ailleurs été élevé cette année.

Il est aussi très heureux de retrouver « le confort d’un lit », « une toilette qui ne bouge pas », la possibilité de se doucher tous les jours et une alimentation équilibrée.

À bord du Visit Seattle, l’équipage pouvait compter jusqu’à 24 participants, dont environ sept membres qui ont fait tout le parcours. Certains des participants ne font qu’une portion de la course.

« À l’intérieur, la vie a ses défis. C’est comme un gros autobus voyageur, avec deux toilettes, et tout le monde est là-dedans 24 h sur 24. Ça brasse! Tu vois le meilleur et le pire. Tu apprends sur la tolérance, tu choisis tes batailles, tu apprends à influencer les gens de différentes façons. »

Le Montréalais d’adoption, dont la famille est toujours à Sherbrooke, est aussi heureux de partager les 11 mois du périple qui a marqué son parcours. 

« L’aventure sur la mer est terminée, mais l’aventure sur la terre commence », lance celui qui a franchi le fil d’arrivée à Liverpool le 28 juillet dernier. La Clipper Race, souligne-t-il, amène des défis humains incroyables. 

Le Visit Seattle a terminé deuxième (sur 12 équipages), avec à son bord la plus jeune capitaine de l’histoire de la course, Nikki Henderson. 

« C’était inespéré. Plusieurs capitaines revenaient et avaient déjà vécu l’expérience (...)  On avait une équipe jeune. On avait trois leaders en bas de trente ans. »

Simon DuBois serait ainsi le premier Québécois à compléter une course à la voile en équipage autour du monde.

Un élément de fierté de cette équipe : celle-ci comptait « la plus grande mixité homme-femme ». 

« Un écosystème d’équilibre homme-femme est beaucoup plus performant et agile dans la plupart des situations, de ce que j’ai vu », commente l’aventurier. 

Dans les faits qui l’ont marqué, il cite une tempête dans le Pacifique et toute la beauté du décor qui l’entourait.

« Ça a été assez hallucinant. Les vagues mesuraient 20 ou 30 mètres, avec des vents de 200 km/h... C’était de voir la puissance et l’immensité de la mer, les spectacles de baleines et de dauphins, c’était à couper le souffle. Les nuits étoilées avec les étoiles filantes », énumère-t-il entre autres. Et puis, ajoute-t-il, de revoir tous ses proches à l’aéroport a été un des moments touchants, ceux-ci l’ayant tellement supporté.  

Comment est-il parvenu à ne pas se décourager dans les moments difficiles? « C’est de garder l’objectif final. La vie ce n’est pas facile. C’est de faire un pas, puis un deuxième... J’avais tellement de support à la maison. Les gens ont tellement embarqué dans l’aventure, je ne voulais pas les décevoir. Je ne voulais pas abandonner, je ne voulais pas me blesser. Je sentais toujours que j’avais quelque chose à apprendre. C’est un des apprentissages que j’ai faits : on a quelque chose à apprendre de chacun. C’est ce désir d’apprendre qui me donnait envie de continuer. C’est là-dessus que je mettais l’accent. »

Quelques jours après avoir terminé la Clipper Round the World Yacht Race où son équipe et lui se sont classés deuxième, Simon DuBois dit ressentir un certain « stress » à l’idée de replonger dans la vie normale, celle où il n’aura pas de constantes poussées d’adrénaline.

Des projets plein la tête

 Les pieds sur la terre ferme depuis peu, Simon DuBois planche déjà sur la série de conférences qu’il entend proposer dans les entreprises, les milieux de travail et les écoles. Il a lancé une campagne de financement sur la plateforme MAKEACHAMP pour mettre en branle ce projet.

Il raconte s’être questionné, en préparant la course, en se demandant s’il tentait de dénicher le financement avant de prendre le départ.

« J’étais prêt à mettre l’investissement, à emprunter l’argent pour réaliser cela. Ça reste un défi personnel. Mais je veux partager cela et c’est un défi (...)

Simon DuBois caresse l’idée d’écrire un livre afin de partager les leçons apprises à travers ce voyage-là. « Tout le monde a un bon livre en soi », a-t-il entendu comme message pendant son périple. 

« Une des choses qui m’a impressionnée dans le projet, c’est la portée qu’il a eue. L’intérêt des gens, les messages que j’ai reçus... C’est extraordinaire de voir comment les gens ont embarqué, même que ça les inspire à faire des changements dans leur propre vie... » 

Le marin souhaite faire rêver les jeunes et les encourager à persévérer. Leur rappeler, aussi, que vivre ses rêves nécessite de faire des sacrifices. Il raconte que bien des gens sourcillent devant le coût d’une telle aventure — il avance un montant autour de 100 000, 150 000 $. Le navigateur n’a pas de regret. « Aller faire un MBA aux États-Unis, c’est environ ça que ça coûte », lance-t-il en considérant que cette aventure est une forme d’école de la vie. En comparaison, le participant qui avait le moins de budget dans la dernière étape du Vendée Globe était d’un demi-million d’euros.

« C’était une expérience de développement professionnel, le leadership à bord », dit celui qui croit être un meilleur leader.

Simon DuBois est comptable agréé de formation. Avant de partir, il faisait du conseil en management auprès d’entreprises. 

Son prochain défi? Les enfants, lance-t-il en souriant.