Geneviève Bouchard tient à dénoncer une pratique dont elle a été témoin à la succursale Walmart de Shawinigan.

Walmart: des produits neufs à la poubelle

SHAWINIGAN — Lorsque Geneviève Bouchard est allée rapporter un paquet de biberons encore parfaitement emballé à la succursale Walmart de Shawinigan, elle était certaine que le produit serait remis sur les tablettes. C’était avant qu’une employée l’informe de la politique de la multinationale qui stipule que tout produit pour bébés qui a été apporté hors magasin doit être jeté, même si l’emballage est intact.

«Le produit était enveloppé dans une boîte, et la boîte était enveloppée dans du plastique», indique Mme Bouchard. L’employée du Walmart lui a énuméré différents produits qui étaient automatiquement jetés lorsqu’ils étaient rapportés en magasin par des clients.

On ne parle pas seulement de biberons, mais également de paquets de couches et de suces encore emballés, et de boîtes de lait en poudre pour bébés, même si elles sont toujours scellées.

«On ne les redonne même pas»

«On ne les redonne même pas aux organismes à but non lucratif», explique l’employée en question lors d’une conversation enregistrée par Mme Bouchard. C’est dans le but de sensibiliser les clients que cette employée a informé Mme Bouchard de ce qui se passait avec les produits pour bébés rapportés en magasin.

«On est deux à le faire ici», dit-elle. «Plus les gens vont en parler, plus le gaspillage va diminuer», souligne l’employée.

Après avoir été informée de cette politique, Mme Bouchard a rappelé à la succursale Walmart de Shawinigan et a demandé à parler avec une gérante, qui a visiblement semblé contrariée de la propagation de cette information. «Elle a refusé de se nommer, elle était vraiment choquée d’apprendre qu’une employée m’avait dit ça», dit-elle. «Elle m’a demandé à deux reprises de lui dire c’était qui la personne à qui j’avais parlé».

Mme Bouchard, qui a déjà travaillé pour le service de distribution de denrées Partage, à Shawinigan, trouve inacceptable qu’une politique comme celle-là soit en place. «Ça me brise le cœur de savoir qu’on gaspille des choses que quelqu’un d’autre pourrait utiliser», souligne-t-elle.

Elle affirme que si elle avait su que les biberons qu’elle rapportait allaient être jetés, elle les aurait donnés elle-même à un organisme de charité. «Je préfère perdre 20 $ que de le ravoir et qu’ils finissent aux vidanges», dit-elle.

Une question environnementale

Le fait de jeter des produits qui sont comme neufs a non seulement un coût social, car ils ne sont pas utilisés par des gens dans le besoin, mais cela entraîne également un coût environnemental.

«Désolant et scandaleux sont les deux mots qui me viennent à la tête», affirme Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets. «On est en 2019 et c’est le genre de chose qu’on ne devrait plus voir, mais malheureusement il y a encore des magasins qui le font», dit-il.

M. Ménard explique en effet que cette pratique est plus courante qu’on pourrait le croire. «Ce n’est pas quelque chose qui est rendu public, parce que les compagnies n’en sont pas fières», explique-t-il. Ce dernier mentionne également que Walmart s’est dotée d’une politique environnementale pas plus tard qu’en janvier dernier. Le principal objectif de celle-ci est de réduire les déchets de plastique produits par l’entreprise.

«C’est bien beau d’avoir une politique environnementale, mais si de telles pratiques existent, ça donne peu de crédibilité aux prétentions environnementales de la compagnie», indique M. Ménard. «Les actes ne suivent pas les promesses», dit-il.

Il affirme, tout comme Mme Bouchard, que l’entreprise devrait à tout le moins redonner les produits de bébé rapportés en parfait état à des organismes de charité. M. Ménard explique que plusieurs entreprises refusent toutefois de le faire, par peur de perdre une partie de leur clientèle au profit de commerces de seconde main. «Si c’est vrai que ça se fait partout au Canada, je n’imagine pas la quantité de produits qui pourraient être utilisés et qui ne le sont pas», affirme Mme Bouchard.

De telles pratiques seraient-elles appelées à disparaître dans l’optique où la population est de plus en plus sensible aux enjeux environnementaux? «Les citoyens sont de plus en plus sensibilisés aux impacts environnementaux de leur consommation», commente Colleen Thorpe, directrice générale par intérim d’Équiterre. «Ils exigent une plus grande transparence et cohérence dans les pratiques des entreprises: de la production de produits durables et réparables, à la réduction des emballages jusqu’aux pratiques de gestion des matières résiduelles et des retours», dit-elle.

Walmart Canada a réagi à cette information par courriel: «La sécurité de nos produits est une priorité absolue pour Walmart Canada et nous prenons toutes les mesures raisonnables pour nous assurer que tout retour de produit est traité conformément aux lois en vigueur».