Julien Roussin Côté, le fondateur du magazine-boutique en ligne Go-Van, grimpant sur son campeur.
Julien Roussin Côté, le fondateur du magazine-boutique en ligne Go-Van, grimpant sur son campeur.

Van life, la vie sur la route [PHOTOS]

DOSSIER / De la van life, Julien Roussin Côté est sans doute la figure de proue — ou de calandre — au Québec. Ce Montréalais bientôt quadragénaire est à la tête du magazine-boutique en ligne Go-Van, qui l’a conduit jusqu’au petit écran dans la série La belle vie avec Go-Van, diffusée sur Unis TV. Pendant un arrêt aux puits dans sa métropole native, il a accepté de laisser Le Mag jeter un coup d’œil sous le capot de son style de vie unique.

Comment avez-vous découvert la van life?

«En 2013, j’ai acheté ma première van dans le but de partir. Je suis un surfeur. Comme c’est assez difficile à faire au Québec, je devais me rendre sur la côte est américaine, au New Hampshire et dans le Maine. Alors je voulais une voiture plus confortable. Ç’a changé ma vie quand je me suis retrouvé au volant de mon premier véhicule adapté, plus flexible, qui permettait d’arrêter partout, sur le bord de la route, pour manger un sandwich et faire une sieste avant de repartir. Ç’a m’a plus rapidement. Puis j’ai découvert la van life en rencontrant des gens et en fouillant sur les réseaux sociaux. C’est ce qui m’a inspiré à lancer Go-Van en 2015.»

Quel était ce premier véhicule?

«C’était un vieux Chevrolet Vandura 1989 que j’ai beaucoup aimé qui s'appelait Billy! Malheureusement, il ne satisfaisait plus mes besoins, notamment en production vidéo. Et je ne pouvais même pas me tenir debout dedans. Alors je l’ai vendu en 2016. Mais on reste toujours un peu nostalgique de son premier véhicule.»

Julien Roussin Côté et sa fiancée Karolina Krupa habitent dans leur <em>van</em> depuis un an et demi.

Que conduisez-vous maintenant?

«Un campeur Safari Condo, édition spéciale Go-Van. Safari Condo est une belle compagnie québécoise [née en Beauce]. Il y a quelques années, on a imaginé avec eux notre propre configuration de modèle avec tout ce dont on a besoin, à partir de notre expérience.» [NDLR : deux modèles Go-Van équipés dont les prix de base varient entre 107 000 $ pour la version ProMaster à l’essence et 131 000 $ pour la version Sprinter diesel.]

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Comment avez-vous lancé votre entreprise?

«Ç’a commencé par un long road trip qui m’a mené au Mexique en janvier 2015. J’y allais pour lancer la plateforme de mon site Web, tourner des vidéos et produire du contenu inspirant. J’ai créé mon brand et ç’a fait boule de neige. J’ai vite compris qu’on pouvait en faire quelque chose de bien pour en vivre, en collaborant avec des bureaux de tourisme et des marques de plein air. C’est notre pain et notre beurre depuis le début. Après se sont ajoutés notre livre et notre émission de télé, qui est un peu le coup de circuit dont on rêvait.»

Et depuis vous vous promenez?

«Je vis à temps plein dans mon véhicule depuis ce voyage en 2015. Je ne suis jamais retourné dans une maison traditionnelle. À ce jour, j’habite dans mon véhicule. À Montréal, je suis installé devant mon entreprise. Et ma fiancée est venue me rejoindre depuis un an et demi.»

Que vous apporte ce mode de vie?

«Tout le monde a le réflexe de répondre la liberté. Et c’est vrai. Mais la meilleure façon que j’ai trouvée pour l’expliquer, c’est de récupérer quelque chose qu’on ne peut pas s’acheter : le temps. Ce n’est pas un jugement contre ceux qui possèdent une maison. Moi-même, je ne passerai pas toute ma vie en voiture. Reste qu’en ayant limité mes possessions et en ayant tout ce dont j’ai besoin dans un véhicule, je suis beaucoup plus flexible. Et ce qui est merveilleux, c’est de rencontrer des gens trippants et de passer du temps avec eux. On maximise notre retour sur le bonheur en limitant les obstacles et les désagréments dans une journée pour passer plus de temps sur ce qui nous passionne.»

À qui s’adresse la van life?

«À tous ceux qui ont la débrouillardise et l’entregent pour partir à l’aventure. Entregent parce qu’il arrive souvent qu’on croise des voyageurs ou des gens de la place qui partagent leurs conseils pour découvrir les plus beaux endroits. C’est un échange, la van life. C’est là que l’aventure commence. C’est une manière de voyager très authentique. On n’aime pas trop les attractions touristiques. On préfère les endroits plus reculés, les secrets bien gardés, les petits spots au bord d’une rivière où passer la journée. Sur les réseaux sociaux, ceux qui nous suivent ont entre 25 et 35 ans. Mais dans nos événements publics, on voit une grande clientèle de 50 ans et plus, des retraités au cœur jeune. Et il y a beaucoup de jeunes familles.»

Quelle est la bonne manière de s’y initier?

«La meilleure chose à faire, c’est de commencer par louer une van une fois ou deux. Chaque van est différente. Il y a toujours un compromis à faire, alors ça permet de préciser nos besoins : douche, cuisine extérieure, etc. Veut-on camper dans son véhicule ou éventuellement traîner sa maison? La différence est importante. Et on peut faire un mix parfois : sur une semaine de vacances, on passe la moitié du temps dans un bel hôtel, puis on poursuit en van ensuite. On n’est pas obligé d’être en van tous les soirs.»

Les divers modèles de véhicules doivent faire une énorme différence.

«Tout à fait. Ils sont de mieux en mieux équipés. On peut explorer plus loin et plus longtemps sans arrêt aux puits. Et grâce aux technologies de communication, on peut gérer n’importe quoi à partir de n’importe où. La van life, c’est vraiment un mouvement pour les nomades numériques, les digital nomads. Même si on ne le fait pas à temps plein.»

Les gens semblent avoir mille questions sur le sujet…

«Ça en fait rêver plusieurs.»

… mais parmi ces questions, une est incontournable : comment on s’arrange pour la douche et la toilette?

«Je l’attendais, celle-là! Je m’explique mal la fascination des gens par rapport à ça. C’est pourtant assez simple. Il y a plusieurs options. Dans mon cas, c’est juste une toilette chimique portative qu’on peut ranger dans un cabinet. On la gère une fois par semaine, ça ne sent jamais rien. On crée ses propres règles : nous, on fait juste des numéros un dedans. Pour les numéros deux, on va au resto! Il y a des systèmes plus fancy. Sinon, le bon vieux bucket fait la job quand on est seul!»

«Pour la douche, on a un système extérieur. On traîne 100 litres d’eau. On ouvre les portes, on snap un rideau et on est caché. Dehors en forêt, ça se fait bien. On a même un chauffe-eau au propane. Si on n’a pas ça, on reste au bord de l’eau ou dans un lac avec du savon biodégradable. Dans un mode de vie comme le nôtre, la gestion de la douche est différente quand on n’a pas à rentrer au bureau avec les cheveux parfaits chaque matin. Les standards d’hygiène ne descendent pas, c’est juste une approche différente. La van life nous rapproche beaucoup des éléments.»

L’espace est quand même petit dans un campeur. Devient-on claustrophobe à la longue?

«Je l’ai souvent aussi cette question-là. Évidemment, la réponse est différente pour bien des gens. Dans mon cas, quand je me suis acheté un condo en 2013, c’est là je me suis senti claustrophobe. Je venais de mettre quatre murs autour de moi et je sentais que mon espace s’arrêtait là, sans plus. En van, il n’y a plus de portes autour. Et le dehors est différent tous les matins. C’est de ne pas voir de mur qui est trippant.»

Une certaine réputation peut accompagner les amateurs de van life : des hippies, des fumeurs de pot et des accros à Instagram. C’est mérité?

«[Éclats de rire] Première fois que j’entends parler de ça, c’est vraiment drôle! Non, c’est tout l’inverse. Nous, on est des entrepreneurs qui opérons une compagnie depuis notre van. Il y a des photographes, des réalisateurs, des journalistes et même des infirmiers qui vivent comme ça. Oui, aux États-Unis des gens ont été forcés d’adopter la van life ou la car life après la crise économique de 2008. Mais ces gens ne sont pas hippies à mon sens. C’est une drôle de perception! C’est plutôt une communauté de nomades numériques remplie d’une créativité incroyable.» [NLDR : M. Roussin Côté compte 115 000 abonnés sur Instagram et 36 000 amis sur Facebook.]

Comment la crise de la COVID-19 a-t-elle affecté votre style de vie?

«Les gens réalisent mieux maintenant que c’est possible de faire des rencontres virtuelles, autant dans la vie personnelle qu’au travail. Alors plus rien ne nous retient. Certains me disent qu’ils ont découvert le télétravail et ne veulent pas retourner au bureau après la pandémie. Nous, on était déjà prêt à ça. La van life rend simple l’application de la distanciation sociale. Mais pour notre compagnie, c’est sûr que tous nos projets ont été mis sur la glace. Mais ça recommence. Les gens revoient leurs plans de vacances et veulent une van pour rester au Québec. Mon téléphone et ma boîte de courriels ne dérougissent pas. C’est bon signe.»

«Toutefois, il y a beaucoup de paranoïa envers notre communauté. On a été vu par certains comme des étrangers qui propageaient le virus. On m’a raconté que des gens aux États-Unis avaient trouvé des notes sur leur pare-brise disant de retourner chez eux, qu’on ne voulait pas d’eux, qu’on avait craché sur leurs poignées de porte. Au Québec, on entend que des gens en région ne veulent pas voir les voyageurs des centres urbains. J’espère que l’industrie saura rassurer tout le monde, car je ne voudrais pas qu’on crève nos pneus quand on débarquera dans Charlevoix ou au Bas-Saint-Laurent.»

Côté environnement, la van life n’encourage-t-elle pas l’émission de polluants?

«Il faut être conscient de son impact. Mais il existe de beaux programmes pour compenser les émissions de carbone, comme Carbone boréal ou NatureLab.World. C’est de plus en plus commun. Si on a les moyens de louer ou d’acheter une van, on a sûrement les moyens de compenser ses émissions de carbone en fonction du kilométrage. Par exemple, un road trip d’un mois à travers le Canada, soit environ 5000 km à 6000 km, coûtera seulement entre 60 $ et 75 $ pour compenser par la plantation d’arbres. Pour le reste, on entend des rumeurs que des vans électriques s’en viennent. On n’en est pas loin.»

Votre mot de la fin?

«À chacun sa van life! Si ton but est de décrocher de la vie avec ta van la fin de semaine, tant mieux! Si tu veux en faire une compagnie, tant mieux aussi! Sortir de sa zone de confort fait toujours sortir le meilleur de nous-mêmes.»

Info :

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Note : des passages de cette entrevue ont été légèrement édités afin de mieux cadrer dans un format de texte questions-réponses.