Vaccins, rumeurs et désinformation

CHRONIQUE / Il faut que je vous raconte l’histoire d’Emmanuel Bilodeau, ce père de famille au cœur d’une épidémie de rougeole en Colombie-Britannique. C’est une histoire somme toute banale, mais néanmoins représentative du climat de suspicion et de paranoïa qui règne sur Internet au sujet des vaccins, et plus largement à l’égard de la science et des autorités médicales et gouvernementales. Mais l’histoire de M. Bilodeau, c’est aussi et surtout celle d’un homme victime d’une campagne de désinformation, et je suis convaincu que de nombreux parents s’y reconnaîtront.

À vue d’œil, je dirais que M. Bilodeau est un homme tout ce qu’il y a de plus normal. Un bon père de famille qui, comme n’importe quel parent, souhaite offrir ce qu’il y a de mieux à ses enfants. Et c’est parce qu’il est prudent et consciencieux au sujet de la santé de ses enfants qu’il a décidé de ne pas les faire vacciner contre la rougeole. Vous avez bien lu, c’est parce que la santé de ses enfants était pour lui une source de préoccupations que M. Bilodeau n’a pas fait vacciner ses enfants, et ce, en dépit des recommandations du bureau de santé publique et des nombreuses études qui démontrent l’efficacité des vaccins.

Mais comment expliquer le choix irrationnel de M. Bilodeau ? La réponse tient en un mot : la peur. Il faut savoir que, sur Internet, plusieurs « rumeurs » (car je n’ose pas dire « informations ») circulent à l’effet que les vaccins seraient dangereux et que les autorités médicales et gouvernementales ne seraient pas fiables. Selon ces mêmes sources, on nous cacherait « la vérité ». N’ayons pas peur des mots, nous nageons ici en plein délire conspirationniste et négationniste.

Et parmi les nombreux mythes qui circulent sur Internet, il y en a un qui est particulièrement tenace et qui concerne le lien présumé entre la vaccination et l’autisme. Cette rumeur, pourtant démentie à de nombreuses reprises, n’en demeure pas moins très populaire chez les «antivax» qui font la pluie et le beau temps sur les réseaux sociaux. De son propre aveu, c’est justement parce qu’il craignait que ses enfants « attrapent » l’autisme que M. Bilodeau s’est abstenu de les faire vacciner.

Et il n’est pas le seul. En effet, bien que l’efficacité des vaccins fasse largement consensus dans la communauté scientifique et dans le corps médical, le mouvement «antivax» ne cesse de gagner en popularité, au point où l’OMS le considère comme l’une des dix plus grandes menaces pour la santé en 2019. Et c’est parce que les gens préfèrent se fier à des rumeurs sur Internet plutôt qu’à la littérature scientifique que nous assistons actuellement à un retour en force de certaines maladies comme la rubéole, les oreillons et la rougeole.

Mais quel est donc l’essentiel de l’argumentaire des «antivax», et pourquoi est-il si attrayant ? Selon eux, les vaccins seraient non seulement inefficaces, mais dangereux. Aussi, il vaudrait mieux miser sur les défenses immunitaires naturelles de l’enfant plutôt que sur des solutions « chimiques ». Tout cela est bien joli, mais faux. Certes, les vaccins ne sont pas efficaces à 100 %, mais ils limitent tout de même grandement les risques de contracter certaines maladies. Il est vrai aussi que les vaccins ne sont pas sans dangers, mais ces derniers sont marginaux, pour ne pas dire ridicules, en regard des bénéfices de la vaccination. Bref, il n’existe aucune bonne raison de ne pas faire vacciner ses enfants.

Et qu’est-il advenu de M. Bilodeau, me demanderez-vous ? Tous ses enfants ont attrapé la rougeole, contribuant ainsi à l’épidémie qui sévit actuellement dans la région de Vancouver. Mais M. Bilodeau est un homme raisonnable et il reconnaît maintenant qu’il a fait une erreur en ne faisant pas vacciner ses enfants.

Qui plus est, il ne faut pas trop en vouloir aux parents comme M. Bilodeau, qui ne sont finalement que les victimes d’une vaste campagne de désinformation. Ceux à qui il faut en vouloir, c’est à ces gens qui propagent ces rumeurs fausses et dangereuses au sujet des vaccins. Qu’on se le dise, propager des idées «antivax» est non seulement irresponsable, mais potentiellement criminel.