Il faut «donner un sérieux coup de barre en faveur de la protection des renseignements médicaux des Québécois», croit Alexandre Allard.

Usage commercial de données médicales: l'AGISQ n'est pas surprise

L'Association des gestionnaires de l'information en santé au Québec (AGISQ) ne se dit «aucunement surprise» de l'existence de pratiques troublantes entourant l'usage de renseignements de santé dans les dossiers médicaux électroniques des Québécois(ses).

Rappelons que vendredi dernier, La Presse révélait que plusieurs données de millions de dossiers médicaux avaient été ou pourraient éventuellement être utilisées à des fins commerciales. Cela signifie concrètement que ces données seraient vendues par les fournisseurs hébergeant les dossiers. 

L'article en question affirmait notamment que le risque d'usage des données était pleinement connu du ministère de la Santé, et par plusieurs acteurs dans le milieu, depuis 2015. Le ministère assurait toutefois faire face à une impossibilité d'agir dans le dossier.

«Nous avions pourtant prévenu le gouvernement il y a plusieurs mois de l’absence d’une journalisation systématique des accès aux dossiers médicaux des patients, notamment lors de la commission parlementaire sur l’accès à l’information», affirme le président de l'association, Alexandre Allard. 

Ce dernier ajoute que son groupe avait également prévenu le gouvernement, bien avant la révélation de ces pratiques, des risques liés à la création de banques de données biométriques et génétiques.

Le Collège des médecins a également demandé une intervention gouvernementale aussitôt que possible. 

Pas de garantie

Même si ces pratiques sont condamnables, elles ne sont pas nécessairement toujours repérables, prévient le leader de l'AGISQ. 

Le problème à l'heure actuelle, selon lui, est «qu'on ne peut pas garantir qu’un accès inapproprié aux dossiers sera repéré par les autorités, ce qui ouvre malheureusement la porte à des pratiques dommageables». 

Son équipe recommande à l'État québécois «de consacrer les ressources nécessaires, tout en s’appuyant sur l’expertise de ses partenaires» pour renverser la tendance et appliquer de nouveaux standards de vérification des données. 

Il faut «donner un sérieux coup de barre en faveur de la protection des renseignements médicaux des Québécois», illustre M. Allard. 

Commission d'accès

Le regroupement des archivistes médicaux du Québec rappelle qu'il offre encore et toujours sa collaboration à la Commission d'accès à l'information, l'enquête entourant l'usage des renseignement de santé dans des dossiers électroniques suivant son cours. 

«On espère que cette enquête-là va permettre de dresser un portrait complet des pratiques de journalisation des accès aux dossiers médicaux dans tout le réseau de la santé et des services sociaux», conclut celui qui travaille également au CIUSSS de la MCQ - Centre Saint-Joseph, dans la région de Trois-Rivières. 

Depuis les années 60, l’AGISQ représente les intérêts des archivistes médicaux dans tout le réseau de la santé, à l'échelle de la province. L'association compte près de 600 techniciens-membres spécialisés en information clinique qui veillent à la confidentialité et à la sécurité de l’information sur les patients.