Stéphane Bernier est accusé du meurtre au second degré de son frère Daniel, 57 ans.

Une victime affaiblie, des coups mortels

Lorsqu’il a été attaqué par son frère cadet, Daniel Bernier avait un cancer du poumon avancé et une infection au VIH en stade terminal. Mais ce sont les coups portés qui ont causé sa mort, conclut un pathologiste judiciaire.


Stéphane Bernier, 47 ans, est accusé du meurtre non prémédité de son frère Daniel, 57 ans. Les deux hommes vivaient dans un logement de la rue Saint-Charles à Neufchâtel.

Le 3 janvier 2019, une violente dispute aurait éclaté entre les deux frères. Selon la preuve policière, Stéphane Bernier aurait donné deux coups de couteau à son frère. Il l’aurait atteint au thorax, près du mamelon et au dos. Les médecins observeront deux plaies de 4 cm et 0,9 cm.

Daniel Bernier, ensanglanté, s’est réfugié chez un voisin, qui a appelé les secours.

La victime a été hospitalisée trois semaines à l’hôpital de l’Enfant-Jésus. Les soins médicaux ont stabilisé son état, mais il a souffert de plusieurs complications, notamment une pneumonie, et n’a jamais pu respirer à nouveau par lui-même. Durant les derniers jours, avec l'accord de la famille, des soins de confort lui ont été prodigués jusqu’à son décès, le 24 janvier.

L’accusation de tentative de meurtre, portée dès le départ contre Stéphane Bernier, s’est vu doublée d’une accusation de meurtre au second degré.


Blessures importantes

Selon ce qui a été présenté mardi à l’enquête préliminaire, les coups infligés ont entraîné des blessures importantes. Une artère a été sectionnée et Daniel Bernier a perdu 2,5 litres de sang, soit une quantité « considérable », commente le pathologiste judiciaire Yann Dazé. Mais les blessures n’étaient pas nécessairement mortelles, ajoute le pathologiste qui a réalisé l’autopsie.

La condition médicale de Daniel Bernier était fragile avant l’agression. L’homme souffrait depuis 2017 d’un cancer du poumon avancé, avec des métastases localisées dans la région de l’organe atteint.

Il était atteint du VIH depuis 1988. L’infection avait été contrôlée jusqu’à ce que Bernier cesse sa trithérapie en avril 2018. Ce traitement avait littéralement détruit ses reins, note le pathologiste, qui a eu accès au dossier médical complet, qui fait 1117 pages.

Des saignements à l’intérieur du crâne lui provoquaient des épisodes de convulsions et le patient était atteint d’hépatite chronique. Daniel Bernier consommait occasionnellement alcool et drogue et suivait ses traitements médicaux et pharmaceutiques de façon désordonnée.

Les deux conditions principales (cancer et VIH) ont contribué de façon importante au décès, indique le Dr Dazé. « Mais il n’y a aucun raison de croire que sans les coups, il serait décédé le 24 janvier, malgré son état de santé précaire », insiste le pathologiste.

Le dossier a été reporté au terme des assises criminelles du 3 février 2020.