On voit ressortir à travers la brique rouge du bâtiment patrimonial l’affiche du magasin général Bail Normandin de l’époque.
On voit ressortir à travers la brique rouge du bâtiment patrimonial l’affiche du magasin général Bail Normandin de l’époque.

Une seconde vie pour une enseigne patrimoniale

Bromont a récemment lancé un programme de subvention pour la réfection de bâtiments patrimoniaux. Quelques projets sont dans l’air. L’un d’eux consiste à donner une seconde vie à l’enseigne peinte sur le bâtiment commercial qui abritait autrefois un magasin général de West Shefford, Bail Normandin et Cie.

Alors que les achats en ligne progressent de façon exponentielle, il est difficile d’imaginer ce à quoi ressemblait le commerce à la fin des années 1800. Quelques traces du passé peuvent néanmoins en témoigner. C’est le cas du bâtiment sis au 837, rue Shefford à Bromont.

À travers la brique rouge de l’immeuble, une affiche peinte aux couleurs du magasin général s’accroche à l’épreuve du temps, prête à dévoiler son histoire. «C’est merveilleux de pouvoir mettre en relief notre patrimoine à Bromont. Et cette affiche en est un bel exemple. Tout un monde y est rattaché. Ce sont ni plus ni moins que nos racines. Et c’est tant mieux si on réussit à lui redonner vie», a confié en entrevue Michel Bilodeau, conseiller municipal responsable des dossiers culturels.

En fait, l’élu chapeaute cette initiative de longue date.

«J’avais approché en 2003 le propriétaire et gestionnaire du 837 rue Shefford au sujet de la vieille annonce défraîchie peinte sur le côté de cette bâtisse. Cette murale publicitaire est la seule existante sur la rue Shefford qui nous rappelle le passé commerçant de cette rue, a-t-il souligné. Il s’était montré intéressé [au projet]. Nous avions constaté que ce mur avait besoin de travaux de briquetage avant même de rafraichir cette affiche. Le coût estimé était à l’époque était 8 000 $. Il y a quelques années, le service de la culture de Bromont avait déposé une demande au Pacte Brome-Missisquoi pour réaliser ce projet, mais celui-ci n’a pas été retenu.»

Ce projet pourrait toutefois bénéficier du programme de subvention pour la réfection de bâtiments patrimoniaux de Bromont, lancé il y a quelques mois. La Ville y a consenti une enveloppe globale de 150 000 $. La date butoir est le 31 décembre 2022.

Au total, 104 résidences inventoriées par la firme Patri-Arch sont admissibles. La somme accordée concerne « la remise en état, la rénovation et la restauration d’un immeuble patrimonial », et représente 50 % du coût réel des travaux et des frais connexes, pour un maximum de 10 000 $.

Valérie Lebeau, conjointe du propriétaire de l’immeuble qui abritait le magasin général Bail Normandin, Tony Roberts, a confirmé que des pourparlers sont en cours avec la Ville pour une éventuelle restauration de l’enseigne. Le projet ne verrait toutefois pas le jour avant 2021, a-t-elle précisé.

On voit ici la devanture du commerce au coeur du village de West Shefford.

Un peu d’histoire

C’est en 1889 qu’Arthur Coutu, un sellier, fait construire le bâtiment. Près de cinq ans plus tard, il passe aux mains d’Ulysse Bail, qui s’associe à Osa Normandin pour lancer le magasin général au nom des deux partenaires. À l’époque, plusieurs commerçants peignaient directement leurs affiches publicitaires sur les immeubles.

Les associés ont choisi d’y inscrire McCready Shoes, une entreprise montréalaise fondée en 1867. «On trouvait de tout là-dedans, a mentionné l’historienne autodidacte Diane Potvin. C’était autant une quincaillerie qu’une épicerie. Il y avait aussi des vêtements.»

Ainsi, «de 1915 à 1945, le magasin Bail & Normandin du 837, rue Shefford, est un magasin général fort utile à toute la population de West Shefford. On y retrouve entre autres le comptoir postal. Le tailleur Clément St-Jean a loué un local de même que le marchand général Ruiter», relate l’inventaire du patrimoine bâti de Bromont.

L’affiche peinte sur l’immeuble était bien visible de l’artère principale, comme en témoigne cette photo d’époque.

Aujourd’hui, le bâtiment «témoigne du style Boomtown en architecture commerciale. L’immeuble conserve en autres une corniche à consoles, des fenêtres en bois et une ancienne publicité peinte», indique-t-on dans le répertoire.

Selon Diane Potvin, qui fait découvrir les bâtisseurs et les secrets de sa ville natale, la valeur patrimoniale de l’affiche publicitaire est indéniable.

«C’était vraiment le reflet de la vie du village. On venait tout juste d’avoir la voie ferrée en 1889. C’est ce qui a ramené la vie dans la communauté. C’est à ce moment qu’on a vu les commerces prendre de l’expansion et que les gens d’ailleurs ont commencé à venir à West Shefford. C’est un pan de l’histoire très importante et ce c’est une très bonne chose qu’on la mette en valeur. Qu’on lui redonne ses lettres de noblesse.»