Avec l’ouverture bientôt d’une nouvelle école primaire dans le quartier du Plateau à Gatineau, beaucoup de parents appréhendent un changement d’école pour leurs enfants.

Une maison, trois enfants, quatre écoles?

La famille de Karine Marion n’a jamais déménagé. Cela n’a pas empêché ses filles de fréquenter trois écoles primaires différentes au cours des dernières années. Une quatrième pourrait s’ajouter à la liste. « C’est complètement inacceptable », estime la mère, qui déplore la manière dont la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO) gère ses bassins dans le quartier du Plateau, à Gatineau.

L’ouverture de l’école 036, prévue pour la rentrée 2020, force la CSPO à revoir les bassins des quatre écoles actuelles du quartier du Plateau. En prenant connaissance du scénario proposé par la CSPO, Karine Marion a réalisé que sa rue — de Londres — est touchée. Si la proposition actuelle n’est pas modifiée à la suite d’une consultation publique qui aura lieu le 9 avril, la rue de Londres et quelques rues des environs passeront du bassin de l’école des Deux-Ruisseaux à celui de l’école 036.

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Les deux plus jeunes filles de Mme Marion seraient touchées. Celle qui est actuellement en 3e année en serait à rendue à une troisième école. C'est ce que son aînée a vécu, passant de l'école du Marais à celle de l'Amérique-Française, puis à celle des Deux-Ruisseaux, où elle est présentement en 5e année.

« Quand ils nous ont transférés à Deux-Ruisseaux, ils nous ont dit qu’on ne changerait plus, raconte-t-elle. On a fini par accepter, en se disant que ce serait le dernier changement. »

Les contrecoups des changements d’école ont été difficiles pour l’aînée de Mme Marion. Entre la maternelle à l’école du Marais et la 1re année à l’école de l’Amérique-Française, la transition s’est « relativement » bien faite, car plusieurs de ses amis la suivaient. « Quand on lui a annoncé le deuxième changement [vers l’école des Deux-Ruisseaux], elle s’est mise à pleurer. Elle était stressée. Elle n’avait pas d’amis qui la suivaient. Ça a été difficile pour elle. »

Comme rien n’est encore certain quant au redécoupage des bassins, Karine Marion n’a pas voulu alarmer ses filles. « Je leur ai dit qu’il allait y avoir une nouvelle école, qu’on ne savait pas encore ce qui va arriver, mais elles ont tout de suite dit qu’elles ne voulaient pas changer d’école. »

La politique de la CSPO prévoit qu’un élève déplacé pour cause de surplus ne peut plus être transféré s’il est ramené à son école de bassin. Cette mesure ne s’applique toutefois pas lorsqu’un bassin est redessiné.

En créant le bassin de l’école 036, la CSPO affirme qu’elle souhaite stabiliser les territoires des écoles du Plateau et des Deux-Ruisseaux, puisque les autres risquent encore de bouger en fonction de la construction de nouveaux domiciles. Les parents du secteur de la rue de Londres craignent donc d’autres transferts.

La politique de la CSPO stipule pourtant qu’elle vise à « assurer une plus grande stabilité et un traitement plus humaniste à la clientèle scolaire ». « C’est un échec, lance Mme Marion. […] Non seulement on nous annonce que nos enfants risquent de changer d’école, mais il y a aussi de bonnes chances qu’ils changent encore dans le futur, alors ça me fait doublement peur. »

Le voisin de Mme Marion, Danny Lepage, partage les mêmes craintes. Ancien commissaire parent et ancien membre de conseils d’établissement, le père de trois enfants de niveau primaire juge que la CSPO agit « sans scrupule » lorsque vient le temps de déplacer des élèves.

Mme Marion et M. Lepage s’inquiètent aussi pour la sécurité de leurs enfants s’ils sont envoyés à l’école 036. Ils devraient alors traverser le boulevard du Plateau en utilisant les passages pour piétons — sans feux de signalisation — situés près d’un carrefour giratoire. « C’est une artère assez dangereuse, note M. Lepage. Je n’enverrai pas mes enfants là à pied. »