Plusieurs intervenants ont participé à l’importante annonce de mardi, au Collège Shawinigan. De gauche à droite: Éric Milette (directeur général du Collège Shawinigan), Stéphane Vincent (président du Collège Shawinigan), Sébastien Corbeil (président de PRIMA Québec), Nancy Déziel (directrice générale du CNETE), André Buisson (président de Société Laurentide), François-Philippe Champagne (ministre de l’Infrastructure et des Collectivités), Michel Angers (maire de Shawinigan), Marie-Louise Tardif (députée de Laviolette - Saint-Maurice), Pierre Fitzgibbon (ministre de l’Économie et de l’Innovation) et Simon Thibault (directeur, Responsabilité sociale et environnementale chez Nemaska Lithium).

Une filière de recyclage de piles à Shawinigan

SHAWINIGAN — Le Centre national en électrochimie et en technologies environnementales souhaite développer une filière régionale de recyclage de piles, une première au Québec. Pour y parvenir, les gouvernements fédéral et provincial injectent 3,882 millions $ sur un investissement total de 6,3 millions $, le plus important réalisé dans l’histoire de ce centre de recherche.

Un nombre assez impressionnant de politiciens et de dirigeants d’entreprises s’étaient déplacés pour cette importante annonce au Collège Shawinigan, mardi après-midi. Il s’agissait d’un moment particulièrement marquant pour Nancy Déziel, directrice générale du CNETE et André Buisson, président et chef de la direction de la Société Laurentide, qui prévoit faire une place à son centre de recherche du boulevard Royal pour créer une usine de recyclage de piles.

L’aide financière, entièrement versée sous forme de subventions, couvre deux grands volets, à savoir l’acquisition des expertises nécessaires au développement de la filière régionale de recyclage de piles et l’achat d’équipement de recherche. De nombreux autres partenaires publics et privés contribueront à une hauteur de 2,168 millions $, en espèces (484 000 $) et en nature (1 684 125 $), soit essentiellement avec des études, du temps ou du matériel. Des équipementiers de l’industrie devraient compléter le montage financier, avec une contribution de près de 300 000 $.

«Actuellement, les piles en fin de vie sont expédiées sur de longues distances et recyclées à l’extérieur de la province par des procédés principalement pyrométallurgiques, dont le niveau de pureté des composés sortants ne permet pas de leur donner une grande valeur», explique Mme Déziel. «Les procédés qui seront développés par le CNETE et ses collaborateurs visent des niveaux de pureté élevés, qui permettront de donner aux composés leur pleine valeur potentielle.»

La directrice générale du CNETE explique que ce projet circule depuis 2016. Il s’agit même d’une troisième tentative.

«Nous travaillons avec Nemaska Lithium et nous nous demandions qu’est-ce qu’on pourrait faire pour soutenir le développement de la filière de production de piles à Shawinigan. Nous avons l’ingrédient du lithium, nous avons des entreprises qui font des bornes de recharge, nous en avons dans l’électronique des transports, dans le composite... Nous avons tout ce qu’il faut pour cette filière! Les gens de Nemaska nous disaient que l’enjeu du recyclage n’était pas réglé et que ça ferait une source de stabilité d’approvisionnement supplémentaire pour leur usine.»

«Il n’y a pas beaucoup de projets de 6,3 millions $ en recherche», glisse Mme Déziel. «Le fait d’avoir mis tout le monde ensemble, d’avoir l’idée jusqu’au transfert en industrie, ont convaincu les décideurs d’investir.»

L’expertise doit être développée sur une période de cinq ans. Le projet est divisé en trois volets: le conditionnement mécanique pour chaque type de batterie, l’extraction et le raffinage des métaux et finalement, la purification des solutions. Le CNETE compte actuellement 73 employés et quatre devraient s’ajouter à la suite de cette nouvelle initiative, soit deux assistants de recherche et deux techniciens.

Un enjeu

François-Philippe Champagne, ministre de l’Infrastructure et des Collectivités et député de Saint-Maurice - Champlain, a procédé à l’annonce d’une aide financière totalisant 2,58 millions $ du gouvernement fédéral au nom de la ministre des Sciences et des Sports, Kirsty Duncan.

«Nous redéfinissons l’essence de l’économie mondiale», fait-il remarquer. «Nous sommes en train de résoudre un des enjeux les plus importants de la planète, celui de l’économie circulaire. L’économie verte, c’est l’économie de demain.»

«Le défi est de multiplier les ponts entre les milieux scientifiques, les universités, les cégeps et les entreprises, pour renforcer l’écosystème de la recherche et de l’innovation québécoise», renchérit Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation, qui a confirmé une participation de 1,3 million $ du gouvernement provincial. «Nos chercheurs doivent avoir un impact plus important sur l’avenir économique du Québec. Ce projet de maillage industriel est un exemple concret.»

Éric Milette, directeur général du Collège Shawinigan, s’attend à ressentir assez rapidement les retombées positives de ce projet sur cette institution d’enseignement supérieur.

«Ça nous permettra de spécialiser nos étudiants en chimie analytique», se réjouit-il. «Un tel appui financier positionne avantageusement le Collège Shawinigan et le CNETE en un leader canadien en recherche appliquée.»

Depuis une quinzaine d’années, la Société Laurentide s’intéresse au triage des piles. M. Buisson précise qu’en collaboration avec Appel à recycler, qui représente la majorité des fabricants en Amérique du Nord, un million de kilos de piles ont été acheminés dans des centres de récupération situés principalement aux Etats-Unis et en Colombie-Britannique.

Simon Thibault, directeur, Responsabilité sociale et environnementale chez Nemaska Lithium, considère que cette initiative s’inscrit parfaitement dans le plan d’affaires de l’entreprise.

«Nous avons un procédé innovant, mais à mon sens, ce n’est pas assez», fait-il remarquer. «On doit transformer cette innovation pour en faire un outil de développement économique et social. On fait face à une fenêtre d’opportunité unique: l’innovation sociale via le recyclage des piles.»