Hydro-Québec a de nouveau frôlé la catastrophe au chantier de La Romaine 4 quand cette pierre géante s’est immobilisée juste derrière une camionnette occupée par deux travailleurs.

Une catastrophe évitée de peu au chantier de La Romaine

Le 75e anniversaire d’Hydro-Québec est passé à deux cheveux d’être assombri par un autre accident grave au chantier du complexe de La Romaine. Une pierre géante s’est détachée d’un talus et s’est immobilisée à quelques pouces d’une camionnette occupée par deux travailleurs. Selon les informations obtenues, la société d’État avait pourtant été avisée de cette situation dangereuse.

Ce sont des travailleurs de la construction en colère contre Hydro-Québec « et son lourd bilan en matière de santé et sécurité sur les chantiers de La Romaine » qui ont informé Le Quotidien de cette situation. Les travailleurs ont encore frais à la mémoire l’accident qui a coûté la vie à l’opérateur de pelle mécanique Luc Arpin qui a été écrasé dans la cabine de la pelle qu’il opérait par l’effondrement d’une paroi de pierres.

La FTQ Construction, qui représente les opérateurs d’équipement lourd sur le chantier, a confirmé au Quotidien l’événement de la pierre survenu le 3 avril.

« Les travailleurs ont immobilisé leur camionnette à un feu de sécurité pour attendre avant de passer. La pierre a déboulé la pente et s’est immobilisée quelques pouces derrière eux. Ils ont eu la peur de leur vie. Il y avait eu des recommandations pour le creusage d’une tranchée au bas du talus afin d’arrêter les pierres en cas d’éboulis et, finalement, Hydro-Québec a refusé et a érigé un mur de soutènement en contreplaqué. La pierre a passé à travers du mur et s’est immobilisée derrière les travailleurs », a raconté au Quotidien une source fiable.

Ce seraient des travaux réalisés avec une pelle mécanique par l’entreprise EBC Construction dans le haut du talus qui ont provoqué l’éboulis de la pierre géante. « Tout le monde a dit que c’était dangereux de faire des travaux à cet endroit, mais personne n’a allumé et la suite des choses a donné raison aux travailleurs », reprend la même source.

Malgré l’incident, Hydro-Québec considérait que les travailleurs pouvaient continuer à circuler sur cette route le lendemain matin.

La nouvelle s’est propagée comme une traînée de poudre sur le chantier. Pour démontrer leur insatisfaction, les travailleurs ont systématiquement marqué en rouge les bulletins de tâches qu’ils doivent remplir sur une base quotidienne. Devant cette protestation généralisée, Hydro-Québec a décidé de suspendre le chantier afin d’évaluer les différents problèmes.

Autre événement

« Il faut dire que l’événement de la pierre est comme la goutte qui a fait déborder le vase. Il y avait de nombreux problèmes sur le chantier alors que les sites de travaux étaient recouverts de glace. Les travailleurs se plaignaient, mais rien ne se faisait. L’autre incident, encore plus sérieux que ceux provoqués par les problèmes de météo, est survenu lors d’une coulée de béton et a aussi provoqué beaucoup de frustration », poursuit une autre source du Quotidien.

Des travailleurs affectés à des opérations de bétonnage réalisé par Cegerco sur l’un des sites seraient demeurés en poste pendant 22 heures. Ils sont montés dans l’autobus de chantier pour retourner au campement. Mais sur le chemin du retour, les policiers de la route d’Hydro-Québec ont donné une contravention au conducteur de l’autobus qui faisait partie de l’équipe ayant travaillé pendant 22 heures.

« Une coulée de béton est une opération qui comporte des risques en permanence. Un travailleur qui est debout pendant aussi longtemps en arrive à éprouver les mêmes problèmes qu’une personne avec les facultés affaiblies. Certains s’effondraient de fatigue. On donne une contravention pour quelques kilomètres de trop sur la route du chantier et on laisse un travailleur debout pendant 22 heures », insiste notre interlocuteur pour illustrer « le manque de logique dans la gestion de la santé et sécurité » sur le chantier.

L’incident de la pierre aurait été assez grave pour qu’Hydro-Québec procède au remplacement du chef de chantier pour le site de La Romaine 4, qui est le grand patron sur les sites. Des travailleurs ont indiqué au Quotidien qu’il y avait aussi un problème avec le grand responsable de la santé et sécurité du chantier qui a été recruté chez Rio Tinto. Selon les informations fournies, ce dernier sera toutefois maintenu en poste malgré les événements des dernières semaines.

De plus, Hydro-Québec aurait décidé d’ouvrir une nouvelle route d’accès pour permettre aux travailleurs d’éviter de circuler dans le secteur à risque.

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LA DIRECTION DU CHANTIER N'A PAS ÉTÉ AVISÉE DU RISQUE

La direction du chantier de La Romaine 4 n’a jamais été avisée qu’il y avait un risque élevé sur la route d’accès à des sites de travaux qui a été le théâtre de l’éboulis d’une roche géante qui a failli écraser deux travailleurs dans une camionnette, le 3 avril dernier.

Le porte-parole d’Hydro-Québec pour ce dossier, Francis Labbé, assure qu’aucune communication officielle n’a été faite en ce sens de la part des travailleurs ou représentants d’entrepreneurs qui devaient emprunter cette route. « Ça ne veut pas dire que des personnes n’ont pas fait état de cette situation sur le chantier. Mais nous pouvons assurer que la direction de chantier n’a pas été avisée officiellement. »

L’événement de l’éboulis est le plus important à survenir à La Romaine depuis qu’Hydro-Québec a adopté le virage sur la gestion de la santé et sécurité. Selon ce que la société d’État relève de cet événement, la camionnette et ses deux occupants n’auraient normalement pas dû se retrouver à cet endroit pendant qu’il y avait des travaux d’excavation dans le haut du talus bordant la route.

« Il faut savoir pourquoi la camionnette s’est retrouvée à cet endroit puisqu’il y a des mesures lorsque nous effectuons des travaux de cette nature », reprend le porte-parole d’Hydro-Québec.

Dès que l’événement s’est produit, Hydro-Québec a dépêché sur les lieux les spécialistes pour évaluer la situation. Ils ont établi qu’il n’y avait plus de risques dans le secteur après l’éboulis de la pierre géante. Malgré cette conclusion, la société d’État a entrepris des travaux correctifs pour sécuriser le secteur et rassurer les travailleurs.

Tout au long de l’entrevue qu’il accordait au Quotidien, le porte-parole d’Hydro-Québec a répété qu’aucun échéancier ne justifiait de mettre en péril la santé et la sécurité des travailleurs. Toutefois, il signale qu’il est impossible d’arriver à un niveau garanti de risque 0 sur un tel chantier et qu’il fallait gérer les risques avec les meilleures politiques.

Hydro-Québec croit que la réaction des travailleurs après l’éboulis de la pierre géante aurait pu être accentuée par le fait que les conditions météorologiques étaient difficiles. Il a donc fallu un certain temps aux professionnels pour se rendre sur le site. Depuis, la société d’État ne ménage pas les efforts pour bien comprendre l’événement et prendre les mesures appropriées.

« Il n’y a aucun échéancier qui justifie de mettre en péril la sécurité des travailleurs », reprend Francis Labbé. Hydro-Québec comprend qu’il puisse exister un sentiment de méfiance de la part des travailleurs en raison de l’historique des quatre accidents mortels survenus depuis le début des travaux du complexe hydroélectrique.

Selon ce que Le Quotidien a pu reconstituer comme histoire, l’événement du 3 avril a constitué la goutte qui a fait déborder le vase pour les travailleurs. Il y avait eu quelques jours plus tôt une coulée de béton où les travailleurs ont œuvré pendant 22 heures. Hydro-Québec n’a pas été en mesure de répondre à cet événement.

Dans les mesures adoptées pour assurer une reprise des activités bien structurée et surtout éviter que des événements comme celui de la roche géante se reproduisent, la direction de La Romaine a été confiée au gérant de chantier qui cumule la fonction de chef de chantier. Celui qui occupait cette fonction au moment de l’événement est toujours associé au projet et n’aurait pas été « tassé », suivant les commentaires formulés par le porte-parole d’Hydro-Québec.

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UNE ENQUÊTE PUBLIQUE DEMANDÉE

La FTQ a demandé, après le quatrième accident mortel à La Romaine, la tenue d’une enquête publique afin de faire le point sur les problèmes de santé et sécurité au travail sur ce chantier. Le gouvernement du Québec n’a jamais donné suite à cette demande. Hydro-Québec avait décidé de procéder à l’embauche d’une firme spécialisée pour évaluer ses pratiques en matière de santé et sécurité afin d’apporter des correctifs.