Une «année à oublier» pour les industriels

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
Plusieurs industriels voudront oublier l’année qui vient de s’écouler. Après la grève au Canadien National (CN), les barrages sur les voies ferrées et la crise de la COVID-19, voilà que les États-Unis annoncent de nouveaux tarifs douaniers sur l’aluminium canadien. «La cerise sur le gâteau».

«Il serait peut-être temps que le gouvernement fédéral riposte», s’indigne Pierre Dolbec, président de la corporation des parcs industriels de Québec (CPIQ), en entrevue avec Le Soleil.  

À peine quelques jours après la signature du décret par Donald Trump pour prélever des droits de 10% sur les importations d’aluminium primaire canadien, M. Dolbec n’en revient toujours pas.  

«Ce n’est pas la première fois que notre secteur d’activités passe des crises de surtaxe, rappelle-t-il. Mais pour cette année, c’est vraiment la cerise sur le gâteau.»  

La décision de l’administration Trump d’imposer des droits douaniers aux importations canadiennes d’aluminium n’a guère été mieux reçue du côté de l’Association de l'aluminium du Canada (AAC). Elle s’est dite «très déçue» des États-Unis, surtout après l'entrée en vigueur récente du nouvel accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM).  

De son côté, AluQuébec confirme que «l’imposition d’un tarif sur l’aluminium ajoute une couche d’incertitude à un environnement d’affaires déjà affecté par la crise.» 

Dans une déclaration transmise par courriel au Soleil, Rio Tinto mentionne travailler «avec [ses] clients américains pour minimiser tout impact négatif sur l'approvisionnement intégré en aluminium en Amérique du Nord.»  

Coups durs  

Mais il n’y a pas que les producteurs d’aluminium qui sont en difficulté, aux dires de Pierre Dolbec de la CPIQ. Outre la guerre commerciale, il réfère au Port de Montréal qui entendait entamer une grève générale illimitée dès lundi. Une mesure qui pourrait nuire «fortement» aux exportateurs». La suspension des opérations sur les rails du CN en raison de la grève de 2019 n’a pas non plus aidé les industriels à prospérer, estime-t-il. Il enchaîne; il y a eu les barrages ferroviaires en début d’année 2020, tout juste avant que la crise sanitaire éclate, puis les gouvernements ont mis en place «des mesures comme la PCU qui vont tuer les entreprises».  

«Le gouvernement fédéral dort au gaz, tandis que nos entreprises tiennent l’économie à bout de bras», déplore-t-il.  


« Ce n’est pas la première fois que notre secteur d’activités passe des crises de surtaxe. Mais pour cette année, c’est vraiment la cerise sur le gâteau. »
Pierre Dolbec, président de la corporation des parcs industriels de Québec (CPIQ)

M. Dolbec n’a pas de bons mots pour décrire la situation que vit une partie des quelque 68 000 travailleurs industriels qu’il représente au sein de 25 parcs de la région.  

«Est-ce qu’on pourrait juste avoir la paix? questionne-t-il. C’est aberrant, je ne comprends même pas que ces entrepreneurs-là parviennent à rester en affaires.» 

Impacts «imprévisibles» 

Malgré tout, il demeure périlleux de prédire l’impact de la nouvelle surtaxe sur les entreprises sises dans la région de Québec. 

«Si le Canada réagit rapidement, il ne devrait pas y avoir trop d’impacts chez nous, soutient-il. Mais s’il ne réagit pas, notre secteur industriel pourrait en effet être touché.» Et dans certaines régions plus qu’ailleurs. En Beauce notamment, M. Dolbec craint que l’économie «moins diversifiée» qu’à Québec subisse davantage les contrecoups économiques des voisins du sud. La polyvalence de l’économie de Québec pourrait jouer en la faveur de la région et ainsi la protéger des aléas des décisions du gouvernement américain, croit-il.   

La vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, a d’ailleurs promis de riposter aux tarifs américains imposés sur l’aluminium dans 30 jours. Les mesures de représailles atteindront 3,6G$.    

Rappelons que près de 90% de l’aluminium canadien est produit au Québec (2,8 millions de tonnes en 2017) et que le secteur emploie 30 000 travailleurs dans la province.  

La surtaxe de 10% sur l’aluminium devrait entrer en vigueur le 16 août prochain.