Le Zoo de Saint-Édouard aurait besoin d’être amélioré, selon le rapport de la vétérinaire présente lors de la perquisition du 21 mai.

Un zoo dans un état lamentable

SAINT-ÉDOUARD-DE-MASKINONGÉ — Animaux ayant besoin de soins et de suivis vétérinaires, absence d’accès à de l’eau propre, présence importante d’excréments, installations non sécuritaires, le rapport déposé par la vétérinaire Marion Desmarchelier concernant l’état du Zoo de Saint-Édouard affirme que les lieux sont dans un mauvais état et que la situation justifie la relocalisation des bêtes.

La docteure Desmarchelier était au Zoo de Saint-Édouard, le 21 mai, lors de la perquisition des lieux et de l’arrestation du propriétaire, Normand Trahan. Son rapport sur la situation durant cette journée et les jours suivants a été déposé mardi au greffe du palais de justice de Trois-Rivières en annexe d’une requête de la Couronne concernant les demandes de restitution des biens saisis de la part de M. Trahan.

Plus de 200 animaux composent le Zoo de Saint-Édouard. Selon le rapport de la docteure Desmarchelier, 170 animaux n’avaient pas accès à de l’eau non contaminée. Cette eau était contaminée par leurs selles, les selles d’autres animaux ou des carcasses en décomposition. Quelque 150 animaux n’avaient pas accès à de la nourriture de qualité minimale standard.

Selon le décompte, 158 bêtes étaient gardées dans des enclos qui n’assuraient pas leur sécurité physique. Dix-huit animaux n’avaient pas accès à de l’eau.

Deux léopards, un macaque japonais, un coyote, un ours noir, un pygargue à tête blanche et un tigre ont reçu ou reçoivent des traitements médicaux et 56 animaux font l’objet d’un suivi visuel régulier par les vétérinaires.

À la lecture du rapport de la vétérinaire qui est professeure adjointe en médecine du comportement animal au département de sciences cliniques de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, on apprend que les problèmes majeurs constatés lors de la première perquisition de la SPCA de Montréal, en octobre 2018 sont toujours présents en mai 2019. Des animaux sont gardés pendant des mois dans des enclos minuscules. Les animaux ont de la difficulté à se retourner et pataugent dans une accumulation de plusieurs mois de selles et d’urine. Ces enclos se trouvent dans des bâtiments sans ventilation.

«Par exemple, les deux opossums qui étaient dans une boîte de transport grillagée remplie au tiers par leurs excréments, sans eau ni nourriture et tremblant de froid, car détrempés par leur propre urine dans laquelle ils n’avaient d’autre choix que de se tenir», mentionne le rapport de la docteure Desmarchelier.

Certains types de moutons et de cerfs sont maigres ou très maigres. Une odeur très forte, probablement causée par de la diarrhée bactérienne ou virale, se dégage de l’enclos des loups qui ne sont pas vaccinés, selon le rapport.

Ce dernier rapporte la présence importante de vermine dans différentes installations. Des souris mortes sont dans de nombreux bols d’eau dans le bâtiment numéro 1 qui abrite un chameau installé dans un petit enclos garni de selles datant probablement de plusieurs semaines. La bête est sans eau, ni nourriture. Des alpagas ont des onglons longs et recourbés, ce qui peut être une source de douleur.

La docteure Marion Desmarchelier.

Le bâtiment numéro 2 offre un deuxième étage jugé insalubre et irrespirable, selon le rapport. Le bâtiment n’a aucune ventilation malgré qu’il abrite de nombreux oiseaux. Des selles et des plumes en grande quantité s’y trouvent, toujours selon le rapport.

Dans le bâtiment numéro 3, un zèbre a accès à de l’eau propre, mais il a la peau couverte d’urine et de selles. Il y a un zèbre de moins en mai comparativement à octobre. Des vaches Highland sont gardées dans un enclos qui sert aussi à entreposer du fumier.

Trois enclos contenant un tigre chacun ne seraient pas sécuritaires. Des macaques japonais risquent de contracter le tétanos à cause de l’état des grillages. Ils ne seraient pas vaccinés. Selon le rapport, «les macaques sont très fréquemment porteurs d’un virus mortel» pour l’être humain. Des babouins risquent aussi de contracter le tétanos pour les mêmes raisons que les macaques japonais.

Le rapport indique qu’un «jeune mouflon avec le cordon ombilical a été retrouvé dans le congélateur de nourriture». Selon le rapport, un nouveau-né mort-né peut l’être en raison de plusieurs maladies infectieuses et «utiliser ces animaux comme nourriture met à risque les animaux qui sont nourris avec».

C’est la raison pour laquelle Mario Desmarchelier estime qu’il y a une absence flagrante de soins de base et que tous les dangers pour la vie des animaux étaient encore présents en mai 2019.

Des installations à corriger

La docteure Desmarchelier estime qu’il est essentiel de transporter au plus vite tous ces individus dans des institutions pouvant les garder dans des conditions normales, non seulement pour une question de soins, mais aussi en raison de l’état des lieux qui seraient non sécuritaires.

Selon le rapport, les habitats des animaux dangereux ne permettent pas d’assurer la sécurité des personnes sur le site. Des éléments de grillage doivent être refaits. Les soudures de toute la structure intérieure des bâtiments sont jugées non sécuritaires. La porte du bâtiment logeant un tigre est une porte normale, ce qui ne serait pas fait pour un félin de grande taille. Des portes ne se bloquent pas dans les installations réservées aux ours et au cougar. Les babouins et les macaques peuvent lever les portes de leurs installations sans difficulté.

Plusieurs semaines sont nécessaires afin de corriger la situation et les travaux peuvent se faire uniquement en l’absence des animaux. Les enclos ont tous besoin d’être réaménagés et qu’on ne peut pas réaménager un enclos avec des animaux à l’intérieur. De plus, des sommes importantes doivent être investies afin d’aménager des bâtiments pour loger les animaux exotiques durant l’hiver.

«Les modifications discutées ici sont le strict minimum nécessaire pour assurer la sécurité publique. Elles ne seraient sans doute pas suffisantes pour répondre aux nouvelles normes du MFFP (ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs). Le rapport du MFFP tire les mêmes conclusions que moi au sujet de la nécessité de déménager les animaux pour pouvoir effectuer les travaux nécessaires pour avoir le strict minimum de sécurité requis pour le public et les employés s’occupant des animaux».

Des animaux ont quitté mardi le Zoo de Saint-Édouard.

Des animaux ont quitté

Des animaux ont quitté le Zoo de Saint-Édouard, mardi. Le nombre est inconnu, mais cette information a été confirmée par Me Michel Lebrun, l’avocat de Normand Trahan, qui ne voit rien d’accablant dans le rapport de la vétérinaire Desmarchelier.

«On a visité le zoo le samedi. Il est possible d’apporter des correctifs à des choses qui sont dans ce rapport.»