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Isabelle Neveu est la demi-soeur par alliance de François Asselin et la fille de Gilles Giasson.
Isabelle Neveu est la demi-soeur par alliance de François Asselin et la fille de Gilles Giasson.

Un témoignage émotif pour la fille de la victime et demi-soeur de François Asselin

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
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Avant même de commencer son témoignage au deuxième jour du procès de François Asselin, Isabelle Neveu était mal à l’aise et visiblement très émotive dans la salle d’audiences. Non sans raison puisqu’elle s’est retrouvée en mai 2018 au coeur d’un drame familial atroce, étant la demi-soeur par alliance du prévenu et la fille de l’une des victimes, Gilles Giasson.

Même si le suspect avait été arrêté pour le meurtre de son père commis le 8 mai 2018 à Trois-Rivières et d’un collègue de travail le 17 mai 2018 à Sherbrooke, elle a accepté d’avoir des contacts par téléphone avec lui à partir de la prison où il se trouvait. «Je pensais pouvoir aider François malgré tout», a-t-elle raconté.

C’est ainsi que dans le cadre des cinq conversations téléphoniques qu’ils ont eues, il lui a dit notamment que c’était un complot, qu’il était lui aussi une victime et qu’il n’avait pas eu le choix. «Je lui ai répondu: «Voir si quelqu’un t’as mis un «gun» sur la tête pour que tu tues ton père et le décapite. Voyons donc!» Ça m’a fâchée», a-t-elle raconté.

Son demi-frère a aussi allégué que Gilles Giasson et François Lefebvre se seraient livré à des abus sexuels sur des enfants mais elle ne l’a pas cru. Elle a cependant pris soin de vérifier auprès de l’un des enfants en question et il a juré que c’était faux. Elle a aussi demandé au suspect pourquoi il avait tué François Lefebvre, ce à quoi il aurait répondu être sur l’ecstasy, le pot et la bière, sans toutefois donner plus de détails parce qu’il était sous écoute.

Dans le cadre du contre-interrogatoire de Me Roland Roy à la défense, elle a par ailleurs admis que certains des propos de François Asselin au téléphone n’avaient ni queue ni tête. Elle a aussi reconnu que son demi-frère avait été affecté par deux suicides dans leur famille et qu’il avait fait un séjour en psychiatrie.

Par ailleurs, elle se rappelle avoir rencontré par hasard son demi-frère le 9 mai 2018 à Trois-Rivières. À ce moment, elle ignorait tout du drame qui était survenu la veille, c’est-à-dire que son père avait été assassiné. Elle lui a justement demandé des nouvelles de ce dernier, ce à quoi il a répondu qu’il allait bien et qu’il était parti trotter. Selon elle, il était probablement sous l’effet du pot mais sans plus. Elle l’a qualifié de fumeur régulier et constant. Il lui avait alors proposé de faire un barbecue avec les enfants.

C’est le 18 mai qu’elle a appris que François Asselin avait été arrêté pour le meurtre de son collègue de travail, François Lefebvre, à Sherbrooke. Elle a alors eu le réflexe de se rendre à son domicile sur la rue Sainte-Cécile pour annoncer à son père la nouvelle de l’arrestation. Notons que les deux hommes habitaient ensemble. Or, la porte est demeurée close. Les recherches qu’elle a faites pour le retracer n’ont rien donné. Des mesures ont été entreprises pour entrer malgré tout dans le logement. Elle y a constaté la présence de marques rougeâtres sur le plancher et une poutre. Elle aussi vu que le vélo de son père se trouvait dans le logement. Inquiète, elle a donc fait appel la police. Elle a aussi constaté que ce dernier n’avait pas pris ses médicaments depuis le 9 mai.

Plus tôt dans la journée, c’est la soeur de Gilles Giasson qui a été invitée à témoigner. Âgée de 74 ans, Réjeanne Giasson a expliqué qu’elle s’occupait de son frère en raison de ses problèmes aux reins. Il avait dû recevoir des traitements de dialyse, suivis d’une greffe des reins. Elle l’a d’ailleurs conduite régulièrement à l’hôpital et chez son médecin.

Réjeanne Giasson est la soeur de la victime, Gilles Giasson.

Le dernier contact qu’elle a eu avec lui est le 8 mai 2018, jour de son décès. Elle se rappelle très bien l’avoir emmené chez son médecin. Constatant qu’il avait des marques sur les bras et les jambes, au point de croire qu’il pouvait se faire battre, elle a fait part de ses doutes au médecin. Il l’aurait rassurée en lui disant qu’il prenait beaucoup de médicaments et qu’il avait la peau mince, ce qui pouvait expliquer la présence de marques. Ce même jour, son frère lui aurait demandé de lui prêter de l’argent, ce qu’elle avait trouvé très surprenant de sa part.

Le 16 mai, elle est retournée chez lui pour aller le chercher en vue d’un autre rendez-vous médical mais personne n’a répondu à la porte. Comme son vélo n’était pas attaché à l’arbre, elle a cru qu’il était parti faire une balade. Elle l’a cherché un peu partout dans le secteur mais en vain. «J’ai trouvé ça bizarre car ce n’était pas dans ses habitudes de manquer un rendez-vous», a-t-elle précisé.

Le 18 mai, elle a appris que son neveu François Asselin avait été arrêté pour le meurtre de Sherbrooke. Comme elle était toujours sans nouvelles de son frère Gilles, elle a cru que ce dernier était justement parti à Sherbrooke. Selon elle, le père et le fils étaient proches l’un de l’autre.

Dans la théorie de cause de la poursuite, présentée ce mardi par Me Benoît Larouche,il entend faire la preuve au jury (désormais composé de 13 personnes), que François Asselin aurait tué son père le 8 mai 2018 dans leur logement. Il se serait ensuite rendu au port de Trois-Rivières où il aurait tenté de s’enfuir à bord d’un bateau mais sans succès. Il serait donc revenu chez lui afin de démembrer et décapiter son père et disposer ses restes dans quatre sacs à vidanges. Le 11 mai, les sacs ont été récupérés par le camion-benne lors de la collecte hebdomadaire des ordures et transportés au site d’enfouissement de Saint-Étienne-des-Grès. Des restes avaient été retrouvés les 22 et 24 mai.

En ce qui concerne le meurtre de Sherbrooke, la Couronne veut faire la preuve qu’il aurait tué et poignardé son collègue de travail François Lefebvre dans une chambre d’hôtel le 17 mai, qu’il aurait ensuite placé le corps dans une boîte de carton pour transporter celle-ci dans un entrepôt.

Dans cette affaire, le principal enjeu porte sur l’état mental de l’accusé et ses intentions lors des meurtres, à savoir s’il était capable de faire la différence entre le bien et le mal. L’accusé a d’ailleurs reconnu les actes illégitimes, soit d’avoir tué son père Gilles Giasson et son collègue François Lefebvre. Il évoque cependant des troubles mentaux le rendant incapable de comprendre la portée des gestes perpétrés.