André Gobeil, directeur général du Cégep de Chicoutimi
André Gobeil, directeur général du Cégep de Chicoutimi

Un «scénario désagréable» pour le CQFA et le Cégep de Chicoutimi

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Le programme exclusif de pilotage du Cégep de Chicoutimi est une fois de plus menacé alors que la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur du gouvernement caquiste, Danielle McCann, a autorisé le collège privé Mérici de Québec à dispenser la formation en Pilotage d’aéronefs.

Il s’agit d’une récidive pour le gouvernement du Québec à l’endroit du Cégep de Chicoutimi qui a fait depuis longtemps de son programme de pilotage un élément distinctif de son offre de formation. Québec va de plus à l’encontre de ses propres règles en matière d’éducation puisqu’il affaiblit d’une certaine façon l’une de ses cinq écoles nationales en délocalisant la formation dans des établissements privés.

Le collège qualifie cette situation de « scénario désagréable » qui rappelle les événements ayant mené à l’octroi d’une autorisation similaire au Collège Richelieu l’année dernière.

« La décision du ministère de l’Enseignement supérieur vient une fois de plus affaiblir le concept de programme exclusif de formation, mentionne dans un communiqué le directeur général du Cégep de Chicoutimi, André Gobeil. Permettre que des collèges privés situés dans des grands centres viennent directement concurrencer une École nationale fragilise l’enseignement supérieur en région », souligne M. Gobeil.

Au cours d’un entretien avec Le Quotidien, le directeur du cégep a insisté sur un autre enjeu qui découle de la décision gouvernementale d’accorder les permissions à deux collèges privés d’offrir la formation en pilotage. Il s’agit de la volonté de l’État de permettre à des institutions d’enseignement avec des assises régionales historiques de se démarquer sur la scène nationale avec des programmes comme l’École des pêches et de l’aquaculture du Québec en Gaspésie, Art et technologie des médias à Jonquière, la mécanique d’aviation à Saint-Hubert et l’Institut maritime du Québec à Rimouski.

André Gobeil a reçu la confirmation de l’octroi de la permission au collège Mérici (un collège privé subventionné), alors qu’il s’attendait à recevoir du ministère des nouvelles positives sur les besoins de l’école de pilotage en matière d’infrastructures. Le Cégep de Chicoutimi a déposé en 2017 au gouvernement un nouveau programme de pilotage qui permettrait de passer de 120 à 150 étudiants sur trois ans, avec une formation qui répond mieux à la nouvelle réalité de l’industrie de l’aviation. Cette refonte du programme, incluant les immobilisations, représente un investissement de 32 M$.

« Qu’est-ce qui fait qu’ATM a un rayonnement? Ce sont tous les journalistes qui ont fait leur formation à Jonquière. C’est la même chose pour les 500 personnes qui ont assisté à nos festivités du 50e anniversaire du CQFA, l’an dernier. Ces personnes ont tout de même apprécié leur formation puisqu’elles ont choisi de venir dans la région à partir des quatre coins du monde », reprend le directeur Gobeil.

L’exemple le plus évocateur sur les difficultés du cégep à améliorer ses infrastructures pour soutenir le développement de l’école de pilotage concerne les simulateurs de vol. Le gouvernement a autorisé l’achat de trois simulateurs destinés à la formation des pilotes. Le collège va se retrouver avec trois simulateurs à la fine pointe de la technologie alors qu’il n’a pas l’espace nécessaire pour les installer.

Le ministère rétorque que le Cégep de Chicoutimi, qui accueille dans ses locaux moins d’étudiants que ce qui est prévu au devis, a les espaces nécessaires. C’est le même problème en ce qui concerne les investissements requis dans les infrastructures pour accueillir les nouveaux aéronefs, lesquels seraient nécessaires à la mise en place du nouveau programme.

L’autre argument évoqué par le ministère pour justifier l’octroi des programmes à des collèges privés est le prix d’inscription, qui peut atteindre les 100 000 $. Le directeur du Cégep de Chicoutimi n’admet pas cet argument et est convaincu qu’il va se trouver des étudiants pour préférer payer le gros prix afin de ne pas avoir à s’installer temporairement en région pour réaliser un programme de trois ans.

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SYLVAIN GAUDREAULT DEMANDE À LA CAQ DE METTRE SES CULOTTES

Le député de Jonquière à l’Assemblée nationale Sylvain Gaudreault demande aux quatre députés caquistes de la région, dont la ministre Andrée Laforest, de faire preuve de courage et d’obtenir l’abolition de l’autorisation accordée au collège Mérici de Québec le droit d’offrir la formation de pilotage d’aéronefs qui relève du Centre québécois de formation aéronautique du Cégep de Chicoutimi.

Il s’agit, selon le député péquiste de Jonquière, du bris d’un contrat social intervenu il y a 50 ans dans le réseau de l’éducation et qui faisait en sorte que des collèges en région puissent offrir des programmes uniques. Le député de Jonquière a eu à défendre le programme d’ATM contre de genre de situation et entend bien protéger les acquis du Cégep de Chicoutimi.

«L’an dernier, le Cégep de Chicoutimi a fait face à la même situation avec le Collège Richelieu qui a obtenu la permission d’offre cette formation de niveau collégial. Les gens du cégep ont été bons joueurs et ont accepté de discuter et de présenter leur projet. Au lieu d’annoncer des investissements pour renforcer leur rôle d’école nationale de pilotage, on leur confirme qu’un nouveau joueur a obtenu l’autorisation d’offrir la formation», a déclaré au Quotidien le député de Jonquière.

Ce dernier a de la difficulté à concevoir que les députés caquistes de la région ne soient pas plus présents pour défendre des acquis aussi importants que l’une des cinq écoles nationales autorisées par le gouvernement du Québec. Sylvain Gaudreault estime qu’il faut que le gouvernement fasse marche arrière dans ce dossier et ferme la porte à ces tentatives des collèges privés qui veulent s’accaparer ces secteurs de formation de haut niveau.

Il rappelle par la même occasion au député caquiste François Tremblay que le Centre québécois de formation en aéronautique constitue le cœur de l’aéroport civil de Saint-Honoré et qu’aux dernières nouvelles, Saint-Honoré fait partie du comté de Dubuc. Il demande donc au député de jouer son véritable rôle, qui est de défendre les intérêts de son comté, nonobstant la décision de son gouvernement.