La maquette présentée par l’agence immobilière ne représente pas forcément ce que sera le futur développement, puisque le promoteur qui achètera le terrain aura le loisir de planifier le projet qu’il souhaite.

Un projet qui fait réagir

Trois-Rivières — La récente mise en vente du boisé des Estacades, un terrain boisé privé situé au nord du boulevard des Estacades, aux frontières des secteurs Cap-de-la-Madeleine et Saint-Louis-de-France, fait réagir dans le quartier. C’est que l’actuel propriétaire souhaite vendre son terrain à un éventuel promoteur qui pourrait y construire un important développement résidentiel, ce qui ne fait pas nécessairement le bonheur de tous.

Affiché il y a un peu plus d’une semaine sur le site immobilier Sotheby’s, le terrain de 3,2 millions de pieds carrés est en vente pour la somme de 2,5 M$. L’agent immobilier en charge de ce contrat, Diego Brunelle, indique que déjà, plusieurs promoteurs se sont montrés intéressés par ce terrain déjà zoné blanc et sur lequel il pourrait y avoir un développement résidentiel.

«On a déjà plusieurs promoteurs qui ont démontré de l’intérêt, des gens de Montréal, de Québec et aussi un promoteur local. Une personne a aussi démontré de l’intérêt pour y développer une résidence pour personnes âgées», indique M. Brunelle. Le courtier immobilier souligne que son client aimerait bien vendre à un promoteur qui voudra développer, mais conserve aussi le souci que tout se fasse dans les règles de l’art au niveau environnemental.

«C’est le genre de développement qui demanderait plusieurs études, tant sur la portance du sol que la protection des milieux humides. Ce n’est pas une vente qui peut se conclure en quelques jours car il y a plusieurs études à faire», signale-t-il, soulignant que le vendeur aimerait bien y voir se développer un projet de la même trempe que le quartier Urbanova de Terrebonne, un projet immobilier écoresponsable contemporain et axé sur la nature. La protection de 30% à 40% du milieu naturel pourrait être conservée. Une maquette a été publiée sur le site de Sotheby’s, maquette qui reflète seulement une idée potentielle et non un projet déjà sur la table étant donné que le promoteur qui achètera le terrain aura le loisir de développer le projet qu’il souhaite.

Réactions
Sur les réseaux sociaux mais également dans le secteur, les réactions sont vives. Hélène Malo, une résidente du quartier qui a accepté de nous parler estime qu’il est impératif de conserver cet espace vert et ce, même s’il appartient à un privé. «On va souvent marcher en famille là, et on y croise de nombreuses personnes. Quand nous avons acheté la maison, c’était en partie à cause de la proximité d’un espace vert. Il n’y a pratiquement plus d’espaces verts en ville, mis à part l’Île Saint-Quentin qui est payante. On ne pourrait pas revitaliser ce qui existe déjà plutôt que de développer encore», questionne celle qui se demande s’il y a véritablement un marché pour autant de nouvelles habitations.

Le boisé des Estacades est d’une superficie de 3,2 millions de pieds carrés.

«Ce n’est pas parce que ça appartient à un privé qu’on ne peut rien faire. La Ville ne pourrait-elle pas racheter le terrain? Modifier le zonage? Ce qui est sûr, c’est qu’on a des questions à se poser», ajoute-t-elle, faisant remarquer que le flot de circulation qu’apporterait un tel développement ne ferait que compliquer la circulation dans le secteur des rues Barkoff et Vachon, où la circulation est déjà très achalandée.

Le conseiller municipal de Saint-Louis-de-France, Michel Cormier, admet qu’il a été interpellé depuis les derniers jours, moment où la nouvelle de la mise en vente s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, soulevant plusieurs commentaires négatifs de citoyens soucieux de la conservation des espaces verts. «Les gens se sentent interpellés parce qu’ils avaient accès à la plage, aux sentiers. En fait, c’est un terrain privé où le propriétaire tolérait que les gens s’y promènent. Mais ça demeure un terrain privé alors à la Ville, on ne peut pas faire grand chose. Évidemment on va regarder à ce que le projet qu’on nous amènera respecte les règlements, notamment en ce qui concerne la protection des milieux humides», indique Michel Cormier.

D’ailleurs, pour parvenir à développer ce secteur, le futur promoteur devra aussi envisager la construction d’un ponceau qui enjambera le ruisseau Lachapelle, qui coule dans ce secteur, une opération qui demandera plusieurs autorisations du ministère de l’Environnement.

D’autres conseillers municipaux, dont Luc Tremblay et Pierre-Luc Fortin qui représentent tous deux des districts limitrophes au terrain concerné, ont également partagé la nouvelle sur les réseaux sociaux, demandant aux citoyens de leur faire parvenir leur avis sur la question.

À la Ville de Trois-Rivières, on rappelle qu’il est difficile de s’opposer à une vente d’un privé à un autre. «Nous avons un paquet de règlements qui sont liés à l’environnement, en ce qui concerne les milieux humides, les risques de glissements de terrain. Mais si un entrepreneur veut le développer et qu’il respecte toutes les normes du ministère de l’Environnement et de la réglementation municipale, on ne s’y opposera pas. On comprend que les gens peuvent avoir le réflexe du «pas dans ma cour», mais ce n’est malheureusement pas comme ça que ça marche. C’est un terrain privé qui est zoné en fonction qu’il y ait du développement dessus», constate Yvan Toutant, porte-parole au cabinet du maire de Trois-Rivières.

Développements
D’autres développements avaient déjà été envisagés sur ce terrain. En 2005-2006, un promoteur avait déposé un projet à la Ville de Trois-Rivières, projet qui avait soulevé une contestation populaire alors qu’une pétition de 2300 noms avait été déposée au conseil municipal pour s’y opposer. En 2011, l’entreprise Construction Mont-Sainte-Adèle voulait également y développer un projet de 75 M$, mais ce projet n’a jamais vu le jour.