Zazou, un croisé schnauzer de trois ans, s’est fait mordre par un pitbull samedi soir. Sa famille le soigne, mais n’écarte pas la possibilité de devoir consulter un vétérinaire.

Un pitbull s’attaque à deux chiens

Le 17 février, vers 21 h, un pitbull a attaqué deux chiens de petite taille dans le quartier Saint-Laurent, à Jonquière. Michaël Godin promenait ses compagnons canins, comme à l’habitude, quand un chien est apparu de nulle part au coin des rues Saint-Clément et Saint-Dominique.

« Mes chiens étaient en laisse alors qu’un chien noir, court sur pattes et ressemblant à un pitbull, que je n’avais jamais vu dans ce coin-là, était en liberté. Il s’est élancé sur Kanelle, il l’a prise à la gorge et il s’est mis à la secouer violemment », se remémore Michaël. Lorsque la petite chienne de moins de dix livres, âgée de 15 ans, s’est retrouvée au sol, inerte, le chien s’en est pris à Zazou, un croisé schnauzer d’une quinzaine de livres.

« J’ai réussi à enlever Zazou de la gueule du pitbull pour le prendre dans mes bras et le protéger, mais je n’arrivais pas à prendre Kanelle. Le gars n’avait aucun contrôle sur son chien. Moi je tentais de me défendre en donnant des coups de bottes capées au chien, mais tout le monde dehors me criait que je n’étais pas correct de faire ça. Je suis parti à la course chez moi pour mettre Zazou en sécurité », poursuit Michaël.

Quand il est arrivé à son appartement avec un seul chien, sa conjointe, Samantha Gosselin, a senti la panique dans sa voix. « Kanelle est morte, elle s’est fait attaquer et j’ai été obligé de la laisser là-bas », tente d’expliquer Michaël qui est sous le choc. Voulant ressortir pour retourner chercher Kanelle, le couple dans la trentaine aperçoit le pitbull sur le seuil de leur porte. « J’ai pris ma carabine à plomb et j’ai tiré trois coups pour le faire fuir », stipule Michaël. Puis ils sont partis pour chercher Kanelle, mais elle n’était plus là. Ils ont fouillé le quartier toute la nuit.

C’est le lendemain matin qu’un homme les a appelés pour leur dire que Kanelle était dans son garage et qu’elle était très mal en point. « Heureusement qu’elle avait une médaille », soupire Samantha. Kanelle était sans doute inconsciente quand Michaël la croyait morte. À son réveil, elle était confuse et s’est enfuie par instinct de survie. Dimanche matin, la petite chienne affaiblie et ayant une sévère blessure au cou a été reconduite chez le vétérinaire.

« Avec du recul, quand je repense au comportement du chien qui a agressé Zazou et Kanelle, j’ai l’impression qu’il jouait », réfléchit Michaël qui a vu juste.

SPCA
Lors de cet incident, les policiers ont été appelés sur les lieux. Le propriétaire du pitbull a reçu une contravention et les policiers ont exigé que le chien soit envoyé à la SPCA, car le règlement stipule que le pitbull est interdit sur le territoire de Saguenay. Le chien est toujours gardé à la SPCA Saguenay en attendant la décision du propriétaire qui aura le droit de reprendre son chien, le faire euthanasier ou le laisser à la SPCA. Si ce chien est laissé à la SPCA, il sera remis en adoption dans un refuge qui dessert un secteur acceptant les chiens de type pitbull. Le refuge aura alors le mandat de trouver une famille apte à encadrer cet animal.

Blessures
Au moment d’écrire ces lignes, Kanelle, la petite chienne de 15 ans, était toujours hospitalisée chez le vétérinaire.

Les frais s’élèveront à plus de 1000 $. Quant à Zazou, il a une blessure sur le corps que sa famille surveille de près. « J’ai rasé le poil autour de la plaie et je lui ai mis un collier élisabéthain pour éviter qu’il se lèche. Je lui mets aussi une crème antibiotique pour empêcher l’infection », ajoute Samantha. Même s’il travaille, le couple, qui n’a pas les moyens de payer une telle somme, tente de trouver une solution.

« J’essaie de vendre ma motoneige pour pouvoir payer les frais vétérinaires », précise l’homme encore secoué par la tournure des événements.

La prédation fait plus de ravage que la rage

Présentement, au Québec, lorsqu’un chien mord une personne, un protocole a été établi pour simplement écarter la possibilité qu’il ait la rage. Si le chien attaque un autre animal, aucun encadrement n’est nécessaire.

Le chien qui a fait deux victimes canines à Jonquière a un comportement de prédation. Ce patron moteur est présent dans la génétique de plusieurs chiens. Au cours des dernières années, le comportement de prédation a fait davantage de victimes que la rage. On n’a qu’à se rappeler du cas de Vanessa, une fillette de sept ans attaquée et défigurée par un pitbull en 2015 dans un parc de Brossard. C’est aussi un comportement de prédation, en réaction à l’enfant qui courait, qui s’était déclenché dans ce processus d’attaque.

Saguenay interdit les chiens croisés pitbull sur son territoire, mais comme partout au Québec, elle n’a aucun protocole pour gérer les chiens dangereux.

Il est possible de prévenir les dégâts causés par le comportement de prédation d’un chien, par exemple, en lui laissant une muselière en permanence. Certains éducateurs canins diront qu’on peut aussi apprendre un comportement contraire à l’animal, mais la rechute est toujours possible. 

On pourrait en débattre longtemps, mais les spécialistes en comportement canin considèrent que la prédation n’est pas un comportement d’agressivité. 

La prédation est tout simplement un jeu qui mène à tuer. Quand le chien voit quelque chose bouger, il entre aussitôt dans cette séquence de comportements. Il fixe l’objet ou l’être vivant qui bouge, il court vers lui, il l’attrape et le secoue jusqu’à ce qu’il devienne immobile ou mort. 

Toutes les fois que le chien assouvit ce plaisir, il en redemande et devient de plus en plus habile pour faire une mise à la mort. 

Après qu’un chien agresseur ait infligé une morsure à un humain ou un animal, le propriétaire a le droit de reprendre son animal, le faire euthanasier ou le mettre en adoption. 

S’il le garde, le refuge pourra alors lui faire des recommandations, mais rien ne l’obligera à les suivre.