La pénurie de personnel frappe au Jeffery Hale, comme ailleurs dans le réseau, admet Annie Ouellet, agente d’information du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale.

Un mois sans avoir de bain au Jeffery Hale

Un groupe de préposées aux bénéficiaires du Jeffery Hale monte au créneau pour dénoncer le manque d’employés : des résidents âgés ne recevraient pas les soins requis, ne prendraient plus de bains.

Lundi, un pensionnaire de l’établissement de Québec est même descendu dans la rue, pancarte en main, pour manifester. Il voulait soutenir les travailleuses trop peu nombreuses pour suffire à la tâche.

«C’est pire que jamais», déplore Marie-Josée Lavoie, en entrevue avec Le Soleil. «Ce matin [lundi], on était 6 préposées au lieu de 16. […] J’étais toute seule sur l’étage; je me suis fait une entorse au dos. Je ne pouvais pas demander de l’aide, j’étais toute seule.»

Selon Mme Lavoie, chacun des quatre étages d’hébergement compte «environ 26 patients». Trop pour une ou deux préposées. «Il y a beaucoup de patients qui n’ont pas eu de bain depuis un mois. […] C’est les soins qui écopent dans un premier temps. Et c’est nous aussi, c’est notre santé physique, notre santé mentale. On ne se sent pas bien de ne pouvoir donner tous les soins.»

Sa collègue Line Lemieux affirme également qu’il n’y avait que six préposées en matinée lundi. «Sur mon étage, j’étais toute seule à partir de 10h jusqu’à midi pour 23 patients. […] On n’est même pas capables de les laver correctement.»

Maritza Moreira, préposée au Jeff depuis 15 ans, a aussi payé le prix de la pénurie, selon son récit. Le 8 septembre, elle a subi une entorse au dos. «On était juste trois préposées et j’étais en train de lever quelqu’un. […] J’aime mon travail, mais, sincèrement, on est au boutte du boutte. On fait les choses vite, vite. On ne donne pas la bonne qualité aux résidents.»

«Le monde, ça tombe comme des mouches», corrobore Kathryn Fortin, cosignataire d’une lettre sentie publiée dans la section Opinions du Soleil. «On ne sait plus quoi faire. Cet été, en pleine canicule, on a eu des deux-trois semaines pas de bains.»

«Ça va faire un an que c’est comme ça», renchérit Mélanie Joseph. «Il manque toujours des gens.» Elle aussi soutient s’être blessée au travail à cause de la surcharge.

«On est vraiment, vraiment fatiguées. On n’est plus capables», ajoute Hélène Bourget, 25 ans d’expérience. «On est supposé travailler à quatre sur l’étage, puis on travaille à deux. […] Il y a une limite.»

Absences imprévues

La direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS-CN) conteste les chiffres avancés sur le nombre d’employés présents lundi matin. Annie Ouellet, agente d’information aux relations avec les médias, parle de 10, pas de 6. 

Vrai cependant que beaucoup de préposées étaient absentes puisqu’il en faut 16. Mais du personnel de substitution a été appelé en renfort, avance-t-elle. Elle admet néanmoins que la pénurie frappe au Jeffery Hale, comme ailleurs dans le réseau.

«On est toujours en besoin de main-d’œuvre», note-t-elle. «Mais les vacances sont terminées, ça devrait assurer plus de stabilité.»

«C’est sûr qu’on souhaiterait avoir des équipes complètes.» Des absences imprévues forcent par contre l’administration à trouver rapidement des remplaçants, dit-elle.

Mme Ouellet convient qu’il faut parfois plus de temps que prévu pour s’occuper des résidents. Elle assure toutefois que «les soins et l’alimentation ont été assurés».