La Cour du Québec condamne un agent de sécurité de l’UQTR à verser 15 000 $ à une étudiante.

Un gardien de sécurité de l'université condamné

TROIS-RIVIÈRES — Un gardien de sécurité de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et son employeur ont été condamnés à verser 15 000 $ à une étudiante pour avoir refusé de lui ouvrir la porte d’un pavillon par une froide nuit de février, la contraignant à utiliser son véhicule en état d’ébriété.

Un jugement de la Cour du Québec rendu le 26 septembre dernier condamne Nathan Gauthier-Gosselin et son employeur Groupe de sécurité Garda à verser 15 000 $ à la jeune femme ainsi que les frais qu’elle a dû défrayer pour les procédures judiciaires, car l’agent de sécurité a démontré un «manque de discernement déconcertant». Dans sa poursuite civile, l’étudiante demandait 24 000 $.

Le 8 février 2015, Lauriane Fournier, alors étudiante à l’UQTR, est allée rejoindre des amis à l’UQTR pour une dégustation de vins et fromages. Elle se rend sur place avec son véhicule, mais sait qu’elle ne conduira pas pour rentrer. L’étudiante consomme alors de l’alcool.

Vêtue d’une robe de soirée, elle sait qu’elle n’aura pas à affronter le froid très longtemps. Vers 1 h 45, l’étudiante se rend à son véhicule à la demande d’une amie pour récupérer une clé qu’elle lui avait confiée. Elle ne porte alors que son manteau pour se protéger du froid. Lorsqu’elle revient au pavillon Ringuet, elle tente d’ouvrir la porte, mais celle-ci est barrée. La jeune femme tente alors de trouver une autre porte, mais sans succès. Ces gestes sont clairement visibles sur la vidéo captée par la caméra de surveillance, note le jugement.

«On peut voir qu’elle gèle vraiment, elle est aussi par sa physionomie désemparée», affirme le juge Éric Dufour dans son jugement.

Frigorifiée, Lauriane Fournier retourne alors à son véhicule, démarre le moteur et quitte les lieux. Elle est alors presque aussitôt interceptée par un autre agent de sécurité que Gauthier-Gosselin. Ce dernier avait pourtant vu la jeune femme qui tentait de retourner à l’intérieur du pavillon, mais ne voulait pas lui ouvrir la porte.

Les policiers sont ensuite appelés sur les lieux et la jeune femme échoue à un test d’alcoolémie et fait face à des accusations criminelles.

Lauriane Fournier a été acquitté des accusations de conduite avec les facultés affaiblies le 7 avril 2017, car le juge avait déterminé qu’elle avait été contrainte d’agir ainsi. Ces procédures judiciaires ont toutefois engendré un important stress chez la jeune femme en plus de lui coûter près de 10 000 $ en frais d’avocat.

L’étudiante a déposé une poursuite civile, car elle estime qu’elle a été piégée par les agents de sécurité. Ceux-ci savaient qu’elle venait de sortir du bâtiment et qu’elle souhaitait y retourner.

Si le tribunal a blanchi l’agent de sécurité qui a intercepté la jeune femme en voiture de patrouille lorsque celle-ci était en voiture, il n’a pas été tendre à l’endroit de Nathan Gauthier-Gosselin. Même s’il a vu que la jeune femme avait froid sur les caméras de surveillance, il ne lui a pas ouvert la porte sous prétexte qu’elle n’a pas utilisé la sonnette.

«L’application à la lettre de la directive qu’il invoque relève d’un rigorisme qui n’avait pas sa place. S’il avait fait preuve de jugement et de bon sens, Gauthier-Gosselin se serait précipité pour sortir la jeune femme de sa fâcheuse position où elle était, sans bottes d’hiver, sans tuque, sans gants, sans sacoche ni téléphone cellulaire par une nuit glaciale», a écrit le juge.

«Au lieu de ça, Nathan Gauthier-Gosselin laisse la jeune femme à sa misère et téléphone aux policiers municipaux pour la dénoncer.»

Le mauvais jugement de l’agent de sécurité est à l’origine de l’arrestation de l’étudiante pour conduite avec les facultés affaiblies.