Un ex-journaliste du Journal de Québec coupable d'agression sexuelle

Le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec, n’a accordé aucune crédibilité au témoignage du Trifluvien Anthony Toupin, qui a profité de l’état d’ébriété avancé de sa victime pour l’agresser sexuellement en août 2018.

Ex-journaliste sportif du Journal de Québec et ancien étudiant d’ATM, Toupin, dans le début vingtaine, a commis les gestes qui lui sont reprochés dans le cadre d’une soirée de début de session au Cégep de Jonquière. Celui qui serait maintenant chroniqueur radio a inséré ses doigts dans le vagin de la victime sans que celle-ci consente ou soit en mesure de le faire. 

Me Gitane Smith, en défense, a demandé la confection d’un rapport présentenciel, incluant un volet sexologique, ce que le juge voulait suggérer. La défense a déjà fait valoir qu’elle demandera une absolution inconditionnelle pour son client, ce à quoi la Couronne a répliqué qu’il ne devrait donc pas y avoir de suggestion commune. La décision quant à la peine sera rendue en février.

Dans une décision de 16 pages, le magistrat Hudon précise que les nombreuses versions contradictoires de l’accusé lors de ses discussions avec la victime, lors de son interrogatoire avec la police et lors de son témoignage au procès ont fait en sorte que sa défense de la croyance sincère au consentement n’a pas été retenue.

« Lors de son témoignage, le tribunal a vu et entendu deux personnes différentes. Lorsqu’interrogé par son avocate, il est solide, précis, n’a aucune hésitation, répond franchement, rapidement et avec assurance. En contre-interrogatoire, il s’écrase, se contredit, hésite, se reprend, cherche à s’expliquer. Le tribunal ne croit pas Anthony Toupin », indique le juge.

« Les nombreuses contradictions dans son témoignage, la preuve dans son ensemble, sa tendance à avoir réponse à tout et son attitude ne laissent place à aucun doute non plus. Dans ses versions, il dira que tantôt elle ne marche pas croche, tantôt elle marche croche, tantôt elle est saoule, tantôt elle ne l’est pas. »

Il a aussi demandé à la victime si elle allait bien, elle qui venait de lui écrire qu’elle n’était pas capable de marcher et qu’elle pleurait. Il a même dû l’étendre sur le lit, lui a donné de l’eau et une serviette.

Le tribunal a cru la version de la victime de cette agression sexuelle, qui affirme ne plus se souvenir de ce qui s’est passé et ne pouvait donc pas donner son consentement.

Le consentement et la défense de croyance sincère, mais erronée du consentement, ont été les principaux éléments analysés par le juge Hudon.

Si l’accusé a admis avoir inséré ses doigts dans le vagin sa jeune victime durant une à quatre minutes la nuit des événements, Me Marianne Girard, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), devait démontrer hors de tout doute raisonnable l’absence de consentement de la victime et de la connaissance de l’accusé de l’absence du consentement, de son insouciance ou de son aveuglement volontaire.

Or, le magistrat conclut que la poursuite a démontré que l’accusé n’a pas pris les moyens nécessaires pour s’assurer du consentement de la jeune fille.

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LES ÉVÉNEMENTS

La nuit du 24 août 2018, Anthony Toupin et l’étudiante de première année en Art et technologie des médias ont entrepris la soirée ensemble en consommant de la boisson alcoolisée. Ils se sont retrouvés dans un bar, ont fait une sortie à l’extérieur et ont croisé un individu louche sur la rue, qui est même tombé par-dessus la jeune fille.

La soirée s’est poursuivie dans un bar de la rue Saint-Dominique jusqu’à ce que Toupin reparte vers son appartement au petit matin. Il est parti seul, la victime étant demeurée au bar.

Mais 45 minutes plus tard, l’étudiante a appelé l’accusé. Elle avait revu l’homme bizarre au bar et il lui avait probablement mis quelque chose dans son verre. Elle ne se sentait pas bien, précisant avoir de la difficulté à marcher.

L’accusé lui a alors indiqué le chemin à prendre pour qu’elle le rejoigne à son appartement. Arrivée en pleurs, la jeune femme a été consolée par Toupin. Il l’a installée sur son lit, lui a apporté un verre d’eau et lui a donné une serviette. Quelques instants plus tard, voyant qu’elle allait mieux, Toupin a rapporté au tribunal avoir demandé à la jeune femme si elle voulait le masturber. Invitation rejetée. L’accusé a tout de même pris la décision de jouer avec son corps.

Plus tard, il s’est à nouveau essayé en demandant s’il pouvait faire ce qu’il avait fait quelques jours avant. Après avoir prétendument reçu un « go » de la victime, Toupin lui a inséré un doigt dans le vagin.

Au petit matin, la jeune fille s’est retrouvée sans soutien-gorge et uniquement en petite-culotte. Elle a demandé s’il s’était passé quelque chose et Toupin a dit non. Constatant chez elle qu’elle avait des saignements au vagin, elle a texté Toupin pour savoir ce qui s’était passé. Il a dit qu’il n’y avait rien eu, avant de dire qu’il s’était masturbé. Par la suite, devant l’insistance de la jeune femme, il a fini par avouer l’avoir « à peine doigté ».

Même s’il savait qu’elle avait probablement été droguée, Toupin a dit qu’il n’avait fait que flatter ses parties intimes avec un doigt et d’avoir fait des ronds avec sa main. Il a même ajouté au tribunal qu’elle avait joui, un élément qui n’avait jamais été mentionné auparavant.

Peu de temps avant le verdict final, le père de l’accusé est sorti de la salle du tribunal et s’est effondré au sol, visiblement sous le choc. Anthony Toupin semblait aussi très ébranlé.