Une barrière a été installée par le propriétaire du terrain.
Une barrière a été installée par le propriétaire du terrain.

Un citoyen facture 20 $ pour passer sur son terrain: mécontentement à Lac-Édouard

LA TUQUE — Depuis avril 2019, un individu menaçait de construire une barrière et de faire payer les automobilistes qui voulaient passer sur son terrain à Lac-Édouard. L’apparition de l’imposante clôture avait d’ailleurs semé l’émoi dans la petite municipalité située en Haute-Mauricie l’été dernier. Le propriétaire a finalement mis ses menaces à exécution il y a quelques jours. Les citoyens qui doivent emprunter cette route, qui mène à des terres publiques, doivent payer une facture de 20 $ pour leur passage. Une demande d’injonction devrait être entendue par le Tribunal à cet effet dans les prochains jours.

«C’est un peu incompréhensible […] Nos avocats sont en train de regarder ça. On est à la recherche de solutions. Ce sont des milliers de personnes qui passent là. J’ai évalué ça à 10 000 personnes qui peuvent être impactées», note le maire de Lac-Édouard, Larry Bernier.

«Il est chez lui, c’est vrai. C’est son terrain, mais est-ce qu’il a le droit d’enclaver les gens comme ça? Je ne suis pas certain», ajoute-t-il.

À partir de la rue Principale, en se dirigeant vers la Zec Kiskissink et la Seigneurie du Triton, il y a une route forestière. Le premier kilomètre, qui appartenait à une entreprise forestière, a été vendu à des intérêts privés il y a quelques années. C’est cet acheteur qui a installé la barrière.

Sur la clôture, le propriétaire adresse ce message aux utilisateurs du chemin Edmond. «Vu que l’aide demandée des différentes autorités n’arrive pas, veuillez prendre entente avec le propriétaire pour l’utilisation du chemin afin de terminer la réfection débutée depuis 3 ans.»

La députée de Laviolette-Saint-Maurice indique pour sa part que l’individu sera exproprié, mais que les procédures peuvent prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Les utilisateurs devront mettre la main dans leur poche en attendant. «Le 2 juillet, dans la Gazette officielle, il y a eu un avis d’expropriation concernant son bout de chemin», confirme la députée Marie-Louise Tardif.

«Ce qu’il veut, c’est que le gouvernement prenne ce bout de chemin à sa charge. Ce n’est pas possible […] Il est dans son droit actuellement, il est chez lui. Par contre, est-ce que c’est de l’harmonisation du territoire? Non», note-t-elle.

Le propriétaire sera contraint de céder une partie de sa propriété. Le gouvernement avait fait des offres à cet individu avant d’en arriver là, mais la députée souligne qu’il n’a pas démontré d’ouverture.

«Il est fermé. Il y a même des terrains ailleurs qui lui ont été offerts pour qu’il déménage. Il veut rester là et avoir pleine quiétude», indique Marie-Louise Tardif.

Selon cette dernière, les procédures d’expropriation seront bientôt enclenchées. Des plans devront être faits et plusieurs autorisations devront être obtenues.

«C’est une longue procédure. Je trouve ça dommage qu’on en soit venu à ça», avoue la députée.

Les automobilistes doivent payer 20 $ pour circuler sur le chemin.

À la Zec Kiskissink, les messages de mécontentement des clients déferlent sur les réseaux sociaux.

«Les gens sont très mécontents. Sur Facebook, ça ne dérougit pas. Ce n’est pas contre nous, c’est contre lui. Nos clients, ceux du Triton, mais il y a aussi les gens qui vont vers les autres lacs. […] Ce chemin-là, c’est nous et les gens du Triton qui l’entretenons depuis 30 ans», affirme Pierre Lefebvre, président de la Zec.

Les dirigeants de la Zec appellent au calme et demandent aux utilisateurs de faire preuve de patience et de courtoisie afin de ne pas envenimer la situation. Une demande d’injonction interlocutoire temporaire de dix jours sera présentée au Tribunal d’ici la fin de semaine.

«C’est inadmissible et on a des arguments pour justifier notre point», explique M. Lefebvre.

«C’est long le processus d’expropriation, ça peut prendre un an. Il y a dix étapes. La première c’est l’arpentage des lots pour voir où ils vont passer et évaluer la valeur du chemin. Ils sont rendus à l’étape des soumissions pour voir qui va charger le moins cher pour arpenter. C’est vraiment long. En attendant, on essaie d’avoir l’injonction interlocutoire», ajoute-t-il.

Les utilisateurs de cette portion de la route s’interrogent également sur la sécurité dans des situations d’urgence.

Le président de la Zec Kiskissink pense aussi que les frais reliés au passage de la barrière pourraient avoir des impacts négatifs pour certains commerces de Lac-Édouard.

Il n’a pas été possible de parler au propriétaire du terrain et de la barrière.

Le propriétaire de la barrière affiche ce message aux utilisateurs.