Propriétaire de la maison, Steve Fraser a passé la journée de mercredi à vider le sous-sol des biens immergés dans l’eau.

Un bordel comme cadeau de départ

Shawinigan — Visiblement incapable de vivre plus longtemps dans une maison où l’eau s’infiltrait depuis un mois, une famille d’accueil du secteur Lac-à-la-Tortue a quitté précipitamment cette résidence de la rue de l’Hélice cette semaine, abandonnant derrière elle un bordel digne de ce nom. La dame, qui n’a pas laissé un très bon souvenir à un autre propriétaire du secteur Grand-Mère, s’est déjà trouvé un autre logement pour elle et les enfants qui lui ont été confiés par la Direction de la protection de la jeunesse, âgés de 16, 4 et 2 ans.

«J’ai été obligée de déménager d’urgence. J’ai eu jusqu’à six pouces d’eau dans mon sous-sol et mon propriétaire ne voulait rien faire», témoigne celle dont l’identité ne peut être révélée afin de protéger celle des enfants sous sa garde.

«On va finir de vider ça en fin de semaine», prévoit-elle. «Un conteneur a été loué. On va ramener ce qu’on aura à ramener.»

C’est tout ce que souhaite le propriétaire de la maison. Jeudi matin, Steve Fraser ponctuait son récit des dernières heures de quelques jurons, visiblement dépassé par la tâche de nettoyage qui l’attend. «Je suis assommé, découragé...», laisse-t-il tomber.

Selon lui, sa locataire lui a laissé, à la fin mars, un message assez vague, sans préciser clairement que l’eau s’infiltrait au sous-sol. Lorsqu’elle lui a laissé son chèque de loyer au début avril, il affirme que jamais ce problème ne lui a été mentionné.

«À un moment donné, ma fille, qui habite en face, me dit que selon elle, la dame avait sacré le camp», raconte-t-il. «J’ai essayé de la joindre et elle ne me rappelait pas. Samedi midi finalement, on se parle et je lui dis qu’elle doit vider la cave. Elle a vidé le garage, mais pas la cave. Mercredi, je retourne à la maison et je vois que la cave n’a pas été vidée. J’ai ramassé!»

M. Fraser sait que légalement, il ne pouvait pas disposer des biens de sa locataire comme il l’a fait, mais il en avait ras le bol. Il a débarrassé le sous-sol jusqu’à 22 h. Sa locataire s’est présentée en début de soirée avec des amis pour récupérer certains articles, mais il reste encore beaucoup de ménage à faire.

Steve Fraser était découragé de constater la négligence de sa locataire, reconnue comme famille d’accueil depuis quatre ans.

Au sous-sol, l’eau a causé des dommages et les débris de toutes sortes pullulent, dont des portes d’armoires arrachées.

À l’étage, on retrouve des pneus, des matelas et divers articles de maison pêle-mêle. Un mur a été enfoncé. Le réfrigérateur dégage une odeur pour le moins rebutante. Au deuxième, des jouets s’entremêlent avec des restes de nourriture, des excréments d’animaux et divers articles. Devant la maison, M. Fraser a empilé armoires, sac d’entraînement de boxe et poids pour haltères, sans oublier des matelas, des planches de bois et une souffleuse à neige. Bref, un fouillis inimaginable. Une couche souillée a même été aperçue sous le balcon.

«Il y a des enfants qui vivaient ici», déplore M. Fraser. «Je ne peux pas croire que la DPJ laisse des enfants à ce monde-là.»

La dame habitait l’endroit depuis avril 2018. Elle avait loué la maison avec une option d’achat, dont elle ne se prévaudra évidemment pas.

Auparavant, elle résidait dans un logement de la 5e Avenue, dans le secteur Grand-Mère. Le propriétaire de cet immeuble est toujours lié à elle par une entente afin qu’elle honore ses loyers impayés.

«Ce n’était pas extrêmement propre et elle était partie sans payer deux mois de loyer», raconte-t-il. «J’ai essayé de la joindre pendant plusieurs semaines, puis je me suis tanné. J’ai fait une demande à la Régie du logement et dès qu’elle l’a su, elle m’a répondu. On s’est entendu pour qu’elle me rembourse aux deux semaines. Ça va quand même bien, mais il lui reste encore pour près d’un an de paiements. Ça n’a pas été ma pire locataire, mais ça n’a pas été ma meilleure non plus!»

Travaux?

Difficile, pour le moment, de savoir ce qui a pu provoquer cette importante infiltration d’eau, une première depuis au moins une douzaine d’années, selon M. Fraser. Sa locataire croit que des travaux effectués sur la fosse septique, l’automne dernier, pourraient expliquer ce dégât printanier. Une hypothèse que le propriétaire balaie du revers de la main.

Selon lui, il faut plutôt regarder du côté des travaux effectués sur sa rue pour le passage des tuyaux d’égout. Il raconte qu’il existait auparavant un fossé qui favorisait l’écoulement des eaux au printemps. Mais ce fossé a été rempli lors des travaux et il n’est pas réapparu.

Rappelons que la fin du chantier était prévue l’automne dernier. Allen entrepreneur général devrait amorcer les travaux d’asphaltage le mois prochain, jusqu’en août.

Un suivi du CIUSSS - MCQ?

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec ne peut dévoiler si la dame responsable de la famille d’accueil qui a quitté une maison sens dessus dessous, à Shawinigan, avait fait l’objet d’interventions particulières au cours des derniers mois.

«Nous ne pouvons ni confirmer ni infirmer son identité», indique Guillaume Cliche, agent d’information. «Au plan des interventions, ça demeure aussi de l’information clinique au dossier des jeunes qui seraient référés à cette dame.»

De façon générale, M. Cliche explique que le CIUSSS -
MCQ suit de près les familles d’accueil et évalue le bien-être des enfants.

«Un suivi est assuré par des intervenants psychosociaux», précise-t-il. «Si des éléments nous portaient à croire que la sécurité et le développement des enfants seraient compromis, des actions seront entreprises. De l’accompagnement peut être offert pour corriger une situation, mais ça peut aller jusqu’à un retrait des jeunes d’une famille d’accueil.»

M. Cliche ajoute que des évaluations annuelles sont faites de chaque milieu. Un suivi régulier est aussi effectué auprès des jeunes.

«Si nous sommes témoins de quelque chose lors d’une visite ou si des voisins ou des proches nous dévoilent des éléments qui pourraient compromettre la sécurité de l’enfant, des interventions peuvent être faites.»