Trump ne semble pas inciter les voyageurs à bouder les États-Unis

MONTRÉAL - Alors que plus de 125 000 travailleurs de la construction s'apprêtent à déposer leurs outils pour deux semaines à l'occasion des vacances de la construction, les vacanciers ne semblent pas tourner le dos aux États-Unis en dépit des tensions entre Ottawa et Washington.

Que ce soit au Vermont, dans le Maine où dans la région de Virginia Beach - trois endroits prisés par les Québécois - les annulations de dernière minute justifiées par l'attitude ou les politiques du président américain Donald Trump relèvent plutôt de l'anecdotique.


«Nous avons appelé nos membres et partenaires la semaine dernière pour vérifier si cela était survenu et on ne peut pas dire qu'il va y avoir une tendance», a expliqué Jacinthe Paré, représentante pour le Québec au bureau du tourisme et des congrès de Virginia Beach, au cours d'une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.
C'est surtout le taux de change qui demeure le principal facteur qui influence les voyageurs, ont expliqué les intervenants consultés. Le huard se négocie actuellement aux alentours de 75 cents US.


La discorde entre Ottawa et Washington est très palpable depuis la fin du sommet du G7, alors que le président Trump avait taxé le premier ministre Justin Trudeau de «malhonnête» et de «faible» sur Twitter, tout en rejetant le communiqué final du G7 auquel il avait auparavant donné son sceau d'approbation.


De plus, en guise de représailles aux taxes douanières sur l'acier et l'aluminium canadien, le gouvernement Trudeau a imposé des milliards de dollars en tarifs de rétorsion sur un éventail de produits américains. Cela a même incité des consommateurs à vouloir boycotter des produits fabriqués aux États-Unis.

Mieux vaut en rire
Avant l'incident au sommet du G7, un sondage publié en mai par CAA-Québec indiquait qu'environ 13 pour cent des répondants prévoyaient passer leurs vacances au sud de la frontière, par rapport à 11 pour cent en 2017.
En juin, les données de Statistiques Canada indiquent que le nombre de Canadiens ayant franchi la frontière de retour des États-Unis a grimpé de 12,7 pour cent au mois de juin.
«Il y a peut-être eu deux ou trois annulations attribuables (aux critiques du président Trump), a expliqué Chantale Breault, qui travaille depuis environ 25 ans au camping Holiday Trav-l-Park, qui appartient au Québécois Phillippe Upton.


Selon elle, les voyageurs québécois sont responsables d'environ 85 pour cent de l'achalandage du site de plus de 800 places pendant les vacances de la construction. Le contexte politique actuel n'a pas provoqué d'importantes fluctuations.


«Nous avons quand même pris le temps de répondre aux gens qui avaient annulé pour les assurer que nous n'endossions pas ces critiques, a dit Mme Breault. Autrement, sur le terrain, je vous dirais que les Québécois en parlent davantage (de Trump) à la blague.»


D'après des données du département américain du Commerce, plus de 20 millions de Canadiens voyagent annuellement aux États-Unis et injectent près de 20 milliards $ US dans l'économie américaine.


À long terme?
Pour Allison Wallace, de l'agence Flight Center, qui compte 150 points de vente au pays, les destinations américaines demeurent toujours aussi populaires auprès des voyageurs d'ici, mais cela pourrait finir par changer.
«Cela étant dit, nous n'avons jamais vu une dispute commerciale d'une telle ampleur, alors cela peut changer, a-t-elle dit. Mais pour l'instant, les États-Unis continuent d'être prisés.»


Au Vermont, l'État a recensé 289 235 véhicules qui ont franchi la frontière entre avril et juin en provenance du Canada, ce qui constitue une augmentation de 6,4 pour cent par rapport à la même période en 2017.
Pour Wendy Knight, commissaire du département du Tourisme de cet État, la réaction plus émotive de certains par rapport aux critiques du président Trump le mois dernier ne s'est pas matérialisée sur le terrain.
«À l'exception d'une douzaine de personnes qui ont pris le temps de m'écrire pour dire qu'ils ne viendraient pas chez nous à cause du président, il n'y a pas d'effet notable sur le terrain», a-t-elle dit, au cours d'un entretien téléphonique.
Mme Knight a néanmoins souligné que son bureau s'assurait de mousser son message à l'effet que le Vermont était un endroit accueillant pour tenter de se distancer de la situation politique.


À Old Orchard, dans le Maine, Claire Beaulieu, propriétaire du Motel Kebek 2, où les Canadiens réservent environ 95 pour cent des chambres, affirme que l'achalandage est demeuré stable dans son établissement.
Tout près, Suzanne Beaulieu, qui exploite le motel Kebek 3, croit que c'est peut-être l'an prochain que des voyageurs pourraient décider d'aller ailleurs qu'aux États-Unis si la situation ne s'améliore pas.


«Une cliente m'a dit "tant que M. Trump (sera président), je ne crois pas revenir"», a-t-elle indiqué.
Toutefois, Chantale Breault, du Holiday Trav-l-Park, estime que peu importe le contexte politique, les Canadiens et les Québécois vont continuer à fréquenter les plages, ce qui devrait être suffisant pour s'assurer que l'achalandage demeure au rendez-vous.


- Avec des informations de l'Associated Press