Patrick Bérubé est celui qui s’occupe de restaurer les ossements des baleines. Il tient dans ces mains une côte.

Trois nouveaux géants exposés à Tadoussac

Le Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM) de Tadoussac accueillera d’ici un an trois nouveaux squelettes de baleine, dont celui d’une rare baleine noire de près de 14 mètres de long qui deviendra le joyau de la plus grande collection de ce genre en Amérique du Nord.

Le Progrès a pu assister, en début de semaine, au travail de restauration accompli depuis maintenant près de dix ans sur les restes de trois grands cétacés qui ont probablement visité le fleuve Saint-Laurent et l’embouchure du Saguenay de leur vivant, et qui ont sans doute été observés par des milliers de touristes au fil des années.

L’imposant squelette d’une baleine noire de près de 14 mètres de long sera bientôt exposé à Tadoussac.

Outre l’immense baleine noire, morte en 2015, les experts du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) – qui chapeaute le centre d’interprétation – travaillent à recréer deux autres géants.

Le plus récent est un rorqual à bosses de neuf mètres repêché en 2017, tandis que l’autre, un rorqual commun trouvé mort en 2008 aux Bergeronnes, attend depuis une décennie d’être exposé.

La dépouille du rorqual à bosses de 14 tonnes a été repêchée en 2017, puis transportée par camion jusqu’à Sacré-Coeur, sur la Côte-Nord.

«Quand on récupère une baleine, il faut avoir le budget pour la transporter. Ça peut coûter entre 15 000$ et 20 000$ pour aller chercher une baleine. On parle de grosse machinerie. On est vraiment au pays des géants», estime le directeur général du GREMM, Patrice Corbeil.

Comme l’explique ce dernier, le processus pour transformer la dépouille d’une baleine de plus de 30 tonnes en squelette prêt à être exposé en est un de très longue haleine.

Long processus

La baleine noire récupérée en 2015 a d’abord dû être tirée par bateau, au large de Percé, en Gaspésie, jusqu’aux côtes avant d’être apportée par camion jusqu’à Sacré-Coeur sur la Côte-Nord, là où les squelettes de baleine sont encore soigneusement nettoyés.

Entre-temps, la dépouille est passée par un dépotoir, seul endroit où une carcasse de cette taille peut être dépecée. Cette étape nécessite le travail d’une vingtaine de bénévoles, qui doivent charcuter la chair de l’animal mort pour en retirer ses ossements en moins d’une journée, question d’éviter que la vermine et les mouches endommagent trop la carcasse.

Une fois les os retirés, ils sont séchés, puis transportés dans l’atelier de travail où ils sont lavés, blanchis, puis replacés en ordre pour reconstituer le squelette de la baleine.

15 espèces

Le GREMM compte déjà une douzaine d’espèces de baleines dans ses murs. Avec l’ajout de ces trois espèces, les squelettes de presque toutes les baleines qui fréquentent les eaux du fleuve Saint-Laurent seront représentés à Tadoussac d’ici 2020.

«On va vraiment avoir une collection unique au Canada de baleines qui viennent du Saint-Laurent. La seule espèce d’importance qui manque désormais au musée sera l’orque. Si on en trouve un échoué, c’est sûr qu’on va aller le chercher», mentionne M. Corbeil.

Le directeur du CIMM estime avoir investi près de 250 000$ au cours des dernières années pour restituer ses trois pièces maîtresses, mais il manque toujours 100 000$ pour compléter l’assemblage et le montage des structures à l’intérieur des murs du centre de Tadoussac.

Campagne de financement

Une campagne de financement sera lancée au cours des prochains mois afin de trouver le reste du financement. La campagne Croyez-vous aux géants? sera lancée au printemps.

Les donateurs privés qui souhaitent prendre part à l’aventure pourront se procurer des plaques personnalisées qui seront apposées au sol lors de l’aménagement du site d’accueil des nouvelles baleines au cours de l’été prochain.

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BILODEAU CANADAVA VA REFAIRE LA MÂCHOIRE

Le Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM) fera affaire avec l’entreprise Bilodeau Canada du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour compléter l’assemblage des larges fanons de la mâchoire d’une baleine noire, une première pour un cétacé de cette taille en Amérique du Nord. 

Chez Bilodeau Canada, la taxidermie et la confection de vêtements et accessoires à base de fourrures d’animaux fait partie de quotidien, mais refaire la mâchoire d’une baleine qui pesait 34 tonnes de son vivant, c’est un défi auquel l’entreprise s’est étonnamment déjà frottée dans le passé.

«C’est un projet un peu fou parmi des centaines que des gens nous ont proposé au cours des dernières années. Ils nous arrivent avec des projets et ne savent pas comment s’y prendre», indique Mario Bilodeau, le fondateur de l’entreprise située à Normandin. 

«On a déjà fait des reproductions de squelettes de rorqual commun de 32 pieds de long qui sont exposés à l’auberge Saint-Gabriel dans le Vieux-Montréal et un autre qui se trouve à l’aéroport de Montréal», raconte l’entrepreneur, dont les créations sont reconnues à l’international.

Défi de taille

La mâchoire colossale de la baleine noire compte environ 400 fanons de chaque côté de la bouche. Ces fanons sont en quelque sorte les dents de l’animal. Contrairement aux baleines de la famille des rorquals, les baleines noires n’ont pas la capacité d’engouffrer de grosses quantités de nourriture et expulsent plutôt de l’eau par le devant de leurs gigantesques bouches pour filtrer la nourriture à travers ses fanons.

Le mandat de Bilodeau Canada consistera à remettre chaque fanon de la baleine sur une reconstitution de la mâchoire supérieure de l’animal. Le contrat d’une valeur d’environ 20 000$ sera fait à Normandin, et le travail devrait commencer la semaine prochaine.

Parmi les projets inusités qui ont été réalisés par l’entreprise jeannoise, Mario Bilodeau note qu’il a déjà eu le mandat de recréer des narvals, aussi appelés licornes des mers en raison de leur unique défense qui mesure jusqu’à trois mètres de long.

La mâchoire reconstituée de la baleine noire devrait être livrée au cours des prochaines semaines au CIMM. 

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UNE BALEINE BOIRE BIEN CONNUE

La baleine noire restaurée par le CIMM portait le nom de Piper et était connue du New England Aquarium depuis 1993. Elle pesait 34,6 tonnes et mesurait 13,9 mètres. Avant de mourir en 2015, elle a subi au moins deux collisions avec des bateaux et elle a donné naissance à trois reprises, en 2006, en 2009 et en 2013. Avant 2015, elle n’avait jamais été vue dans les eaux du Saint-Laurent. Aujourd’hui, on compte moins de 500 baleines noires de l’Atlantique Nord au monde.